Stratégie québécoise de la recherche et de l'innovation - En recherche, qui n'avance pas recule

Il est nécessaire de soutenir le développement de la science dans tous les domaines: technologies industrielles, santé, économie sociale, de même que dans le vaste secteur des sciences sociales et humaines, et celui des arts et des lettres.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Il est nécessaire de soutenir le développement de la science dans tous les domaines: technologies industrielles, santé, économie sociale, de même que dans le vaste secteur des sciences sociales et humaines, et celui des arts et des lettres.

Le ministre des Finances du Québec, Raymond Bachand, déposera dans quelques semaines le budget de son gouvernement pour l'exercice financier qui débutera le 1er avril 2010.


Un élément clé de ce budget sera le financement de la Stratégie québécoise de la recherche et de l'innovation (SQRI), laquelle a fait l'objet d'une vaste consultation pendant plusieurs mois. Il s'agira cette fois d'une mise à jour de la stratégie énoncée il y a trois ans, en conformité avec la Politique québécoise de la science et de la technologie.

L'actualisation de la SQRI est capitale pour l'avenir de la société québécoise dans son ensemble, car elle témoignera des priorités et des grandes orientations que le gouvernement du Québec aura décidé de se donner pour appuyer l'innovation, la recherche, l'enseignement supérieur et la promotion des carrières. Ces quatre éléments constituent, à n'en pas douter, les plus importants vecteurs de développement économique, social, culturel et démocratique de notre société.

Alors que plusieurs pays émergents, dont la Chine, l'Inde et le Brésil, ont maintenant accès aux mêmes technologies que les pays développés, que les marchés des capitaux leur sont ouverts et qu'ils consacrent de plus en plus d'efforts à la recherche et à l'innovation technologique, un fait est devenu évident: c'est le savoir qui, au bout du compte, nous permettra de rester dans le peloton de tête des pays les plus prospères.


L'innovation ailleurs

Heureusement, nous ne sommes pas dépourvus de talents, car nous pouvons compter sur un réseau universitaire et collégial de premier ordre ainsi que sur un important bassin de chercheurs, qui travaillent à la fois dans le secteur privé et dans les réseaux publics de recherche et de diffusion.

Naturellement, nous ne sommes pas les seuls à miser sur le savoir pour assurer notre avenir. Aux États-Unis, le président Barack Obama a promis d'accroître les budgets gouvernementaux consacrés à la science de façon à porter à 3 % du produit intérieur brut (PIB) américain, l'effort total de recherche et développement (R-D). Pour sa part, la Suède a déjà fait savoir qu'elle investira au cours des quatre prochaines années 1,5 milliard d'euros de plus pour soutenir la recherche et l'innovation. L'Union européenne, dans le cadre de la Stratégie de Lisbonne annoncée en 2000, proposait à ses États membres de porter à 3 % de leur PIB leurs investissements en R-D.

Au Canada, où le budget Flaherty de février 2009 a gelé les contributions du gouvernement fédéral aux chercheuses et aux chercheurs, on craint un manque d'ambition et une certaine indifférence quant à l'apport de la science, de la recherche et de l'innovation au développement de notre économie et à la prospérité de notre société.


Des budgets conséquents

La consultation qu'a menée le gouvernement du Québec en vue d'actualiser sa stratégie de recherche et d'innovation envoie un signal encourageant, mais encore faut-il que les budgets suivent. Or, compte tenu de la structure industrielle de notre économie, qui repose surtout sur de petites et moyennes entreprises (PME) aux moyens limités, ou encore, sur des organisations coopératives ou collectives, l'apport de financement gouvernemental à l'effort global de R-D de même qu'à la culture de l'innovation est absolument fondamental.

Nous ne saurions trop insister sur le besoin de contribuer aussi bien à la recherche fondamentale qu'à la recherche appliquée et aux modalités de transfert des connaissances. Il est nécessaire de soutenir le développement de la science dans tous les domaines: technologies industrielles, santé, économie sociale, de même que dans le vaste secteur des sciences sociales et humaines, et celui des arts et des lettres. Ainsi, l'ensemble des composantes de notre société bénéficiera des travaux de nos chercheuses et chercheurs, dont nous pourrons également assurer la relève.

Enfin, nous souhaitons aussi que le gouvernement se donne des orientations à long terme, qui soient appuyées par des planifications budgétaires s'étendant sur plusieurs années afin que les recherches puissent faire sentir leur impact dans le temps.

Voilà pourquoi nous demandons au gouvernement du Québec d'appuyer financièrement une stratégie ambitieuse, qui soutiendra la créativité, la performance et l'indépendance de toutes les chercheuses et de tous les chercheurs québécois. Nous éviterons ainsi de sacrifier notre avenir collectif sur l'autel des seules contraintes économiques et budgétaires du moment.

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Pierre Noreau - Président de l'Association francophone pour le savoir (Acfas)

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Appuient ce texte: Léopold Beaulieu, Nancy Fournier, Luc Desautels, Nancy Neamtan, Cécile Sabourin, Nathalie Beaudry, Max Roy, Marguerite Mendell, François P. Granger, Hervé Fischer, Sabin Boily.