Des Jeux olympiques à Québec en 2022? - Des atouts à mettre en avant

Le débat est lancé depuis plusieurs mois quant à l'opportunité pour Québec de poser de nouveau sa candidature pour l'obtention de Jeux olympiques d'hiver de 2022. Cette possibilité interpelle l'ensemble de la population du Québec, compte tenu notamment de l'impact financier qu'une candidature gagnante aurait sur les finances publiques.

Comme on le sait, Québec a déjà présenté en 1995 un dossier valable de candidature pour avoir le privilège d'organiser les Jeux olympiques de 2002. Elle n'a obtenu toutefois que 7 votes, alors que la ville suisse de Sion (14 votes), Östersung (14) en Suède et Salt Lake City (54) aux États-Unis, qui a remporté la mise dès le premier tour de scrutin, ont fait nettement mieux. Comment peut-on expliquer ce résultat décevant? Quelles ont été les forces et les lacunes de Québec? Comment Québec devrait-elle s'y prendre la prochaine fois, pour gagner les Jeux de 2022 et faire face aux défis qui se présenteront?

Voici quelques éléments de réponse. D'abord, on ne doit pas parler de défaite pour Québec, mais plutôt d'une victoire éclatante de Salt Lake City. Cette ville possédait déjà la plupart des infrastructures de compétition, en plus d'avoir présenté un dossier de candidature jugé impeccable par la Commission d'évaluation du CIO. Il va sans dire que Salt Lake City avait appris de ses tentatives précédentes (infructueuses) pour l'obtention des Jeux de 1972, 1976 et surtout ceux de 1998 où elle s'était fait coiffer au fil (46 contre 42 voix) par Nagano. Cette défaite crève-coeur s'expliquait par le fait qu'Atlanta, une autre ville américaine, avait obtenu quelques années auparavant les Jeux olympiques d'été 1996. Pour les gens de Salt Lake City et pour bien d'autres personnes, les membres du CIO «leur en devaient une», pour reprendre une expression bien québécoise.

Des points sombres

D'autres points, bien que moins significatifs que le premier, ont été mis en avant pour expliquer la triste performance de Québec et doivent être pris sérieusement en compte pour toute autre candidature éventuelle. Le premier a trait à la montagne pour la descente masculine. Le Massif de Charlevoix, qui avait été choisi pour tenir la décente masculine, n'avait pas le dénivelé nécessaire pour accueillir cette prestigieuse course. Il était impératif de rehausser cette montagne d'environ 100 mètres pour pouvoir obtenir l'homologation officielle de la Fédération internationale de ski (FIS). Cette lacune, «ne pas avoir de montagne», a été souvent utilisée par les adversaires de Québec.

À l'époque (été 1995), le Québec traversait une période référendaire où les Québécois devaient se prononcer en octobre de la même année sur leur avenir constitutionnel. Comme les Jeux olympiques auraient pu être octroyés à une ville (Québec) dont l'appartenance à un pays (Canada) aurait pu être modifiée, l'instabilité politique appréhendée, malgré toutes les garanties financières et autres mises sur la table, plaçait Québec dans une position inconfortable par rapport aux autres villes jugées plus «sûres».

La collaboration avec le mouvement olympique canadien était bonne, mais n'avait pas toute la profondeur requise en vue de créer des liens étroits de solidarité devant mener à une candidature gagnante. Par ailleurs, l'attitude critique de l'ex-mairesse de Sainte-Foy, feu madame Andrée Boucher, en regard des coûts des Jeux olympiques et de l'entretien dispendieux des équipements après les Jeux, avait ébranlé quelque peu le soutien de la population de la région de Québec à l'égard de la candidature de la ville de Québec.

Atouts indéniables

Enfin, la direction tricéphale de la Société des Jeux d'hiver Québec 2002 (société faisant la promotion de la candidature de Québec de 1993 à 1995) n'avait rien pour projeter l'image d'une organisation cohérente auprès du mouvement olympique international. Cette société, composée de personnes dévouées et compétentes, aurait eu avantage à s'éloigner d'un leadership éclaté entre ses trois principaux dirigeants.

Cela dit, Québec pouvait compter sur des atouts indéniables. Le dossier de la candidature de Québec a été jugé de très bonne qualité par la Commission d'évaluation du CIO. Le document d'appui à la candidature, document colossal à préparer et à rédiger, décrivant entre autres choses les sites de compétition, a été confectionné en grande partie par des bénévoles de haut calibre. À cet égard, la Société Québec 2002 pouvait compter sur quelques centaines de bénévoles, dont une solide équipe de démarcheurs à l'international, lesquels ont apporté une contribution remarquable à toutes les étapes du cheminement de la candidature. Le maire de Québec, Jean-Paul L'Allier, grâce à ses dons de communicateur, a su faire une promotion inégalée des charmes de sa ville.

Conditions favorables

Québec a-t-elle des chances d'être l'heureuse élue pour les Jeux olympiques de 2022? Tout à fait, dans la mesure où les conditions favorables sont réunies: un leadership fort où les rôles complémentaires du président de la Société de promotion de la candidature de Québec (à créer) et celui du maire sont bien définis; un financement des coûts bien ficelé entre les gouvernements du Québec, du Canada et la Ville de Québec; un appui très significatif de la population; des équipements modernes déjà en service, dont une montagne pour la descente masculine; une situation politique stable; la tenue entre-temps d'autres événements mondiaux en sport d'hiver, et enfin une très grande complicité avec le mouvement olympique canadien.

Par contre, le défi le plus significatif pour Québec sera de présenter un dossier de candidature où les coûts prévus devront se rapprocher le plus possible des coûts réels. Si Québec obtenait les Jeux olympiques de 2022, tout dépassement éventuel de coûts serait jugé sévèrement par la population du Québec. Les médias ne manqueront pas de jeter l'opprobre sur une candidature qui aurait minimisé les coûts pour obtenir l'adhésion populaire.

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Charles-Robert Dionne - Diplomate à la retraite et vice-président aux affaires internationales de la Société des jeux d'hiver Québec 2002 (1994-1995)
4 commentaires
  • jacques noel - Inscrit 1 mars 2010 09 h 11

    OUBLIEZ LES JEUX À QUÉBEC

    Salt Lake city a volé les Jeux de 2002 en achetant des délégués africains. Québec n'avait aucune chance.

    Le scandale, c'est 2010. A l'automne 1998, dans les couloirs d'hotel de Toronto, la gang de Vancouver a volé les Jeux à Québec en jouant la carte de la séparation. C'est la nuit des longs couteaux, version sportive. Pour ajouter à l'insulte et à l'humiliation, Sheila Copps a attendu après l'élection de Québec pour donner le résultat. Pauvre Monsieur L'allier.

    Québec rêve à 2022. Québec a tout pour avoir les Jeux (on n'a qu'à faire la descente en Gaspésie) mais n'a aucune chance de les avoir. Vancouver bloque tout.

    Rogge l'a bien dit: le Canada a été chanceux d'avoir les Jeux seulement 22 ans après Calgary. Next time, ca va être plus long

    Les Américains, dont la télé fait vivre les Jeux, ont attentu 22 ans entre Lake Placid et Salt.Lake. Les Français, pesants au CIO, ont attendu 24 ans entre Grenoble et Alberville (et peut-être 26 entre Albertville et Annecy 2018?); les Japonais 26 ans entre Sapporo et Nagano; les Italiens 50 ans entre Cortina et Turin! Alors Québec ne peut pas penser aux Jeux avant 2034, MI-NI-MUM, pour le 500e de l'arrivée de JC. S'imaginer que les Jeux vont revenir une troisième fois au Canada en 34-38 ans parce que la Ville est un must olympique, c'est rêver en couleurs, c'est leurer les gens, c'est une perte de temps.

    Le Canada des Rocheuses nous bloque. La seule chance de Québec serait de faire une demande en dehors du Canada. Mais c'est impossible à moins de faire l'indépendance du Québec; là, la pilule empoisonnée de Vancouver se distillerait instantanément. Mais comme le PQ ne parle plus d'indépendance depuis 15 ans et que de toute façon il n'a jamais rien compris à l'importance du sport dans l'histoire de notre peuple, aussi bien enterrer les JO à Québec.

  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 1 mars 2010 10 h 11

    La grenouille et le boeuf

    Les pays concurrents n'ont qu'à bien se tenir, devant la solidité financière du Québec, qui pourra se payer ce qu'il y a de mieux, en commençant par construire une montagne ainsi qu'une autoroute jusque dans Charlesvoix, sur le bord du fleuve et de manière écologique. Avec l'aide de Steven GuilbeaulMais par prudence, je suggère 2054 au lieu de 2022, quand nous n'aurons plus besoin des paiements de péréquation du fédéral, en raison de notre économie tellement saine et frugale,....

  • Alain Deloin - Inscrit 1 mars 2010 16 h 15

    @M. Jacques Noel - Au moins on est sur d'une chose...


    "Le Canada des Rocheuses nous bloque".

    Le Canada des Rocheuses bloque aussi l'Ontario, qui n'aura jamais les jeux. Pas de jeux a Toronto ou a Ottawa, c'est toujours ca de gagne. Et le Manitoba, c'est vrai, on n'entend jamais le Manitoba....

    Il me semble que les Appalaches ont culmine du temps de la pangee... En ce temps la France et l'Afrique francophone etaient connectees au Quebec. On imagine la puissance d'une telle entite francophone en Amerique du Nord. Et on aurait les jeux a Quebec.

    "La seule chance de Québec serait de faire une demande en dehors du Canada. Mais c'est impossible à moins de faire l'indépendance du Québec"

    Oui on avait compris. Au moins vous ne perdez jamais le (grand) nord vous. C'est agreablement previsible.

    Cordialement.

  • jacques noel - Inscrit 1 mars 2010 19 h 31

    @deloin

    Si vous aviez voyagé un peu dans ce pays, vous seriez que l'Ontario n'a ni la neige ni les montagnes pour avoir des JO d'hiver (ils viennent skier au Mont Ste-Anne et battre notre Kevin sur Grande Allée)

    Toronto a bien essayé d'avoir les Jeux d'Été, mais la compétition est trop vive pour la World Class city. Alors ils vont se contenter des Jeux des Latinos en 2015. Pis nous, on a va faire comme à Vancouver: payer avec nos taxes pour quelque chose qu'on nous empêche d,avoir.