Haïti, terre universitaire

La violence du tremblement de terre qui a dévasté Haïti et l'ampleur de la souffrance occasionnée continuent d'ébranler le monde entier. Un nouveau chapitre s'ouvre, l'après-urgence, une période cruciale dans la foulée de toute catastrophe pour l'humanité. L'élan des secouristes fait peu à peu place à celui des bâtisseurs; au réflexe courageux qui vaut à plusieurs vies d'avoir été sauvées succède progressivement la vision d'une reconstruction.

Pour Haïti, l'après-urgence va commencer. Si les premiers secours sont un sprint, l'après-urgence est un marathon. Complexe, moins suivie par l'opinion internationale, cette phase cache de nombreux périls. Avec l'aide des pays amis, Haïti peut réussir son relèvement. Au même titre que la santé, l'une des clés fondamentales de cette réussite est l'enseignement supérieur.

C'est pourquoi il revient à l'Agence universitaire de la Francophonie (AUF), un réseau de 728 établissements dont huit universités haïtiennes sont membres, de participer activement à la restructuration du réseau universitaire du pays. Pour l'heure, l'Agence déploie tous ses efforts dans le but d'aider ses étudiants qui sont sur place; certains seront sous peu transférés à l'Université des Antilles et à l'Université de Guyane. Consciente du rôle fédérateur qu'elle pourrait jouer au cours des prochains mois et années, l'AUF réfléchit intensément aux défis que recèle l'avenir; elle tiendra à l'Université de Montréal en mai des assises internationales afin de regrouper les forces et de déployer un plan d'action.

Élite bien formée

Les infrastructures sont détruites ou lourdement endommagées; il nous faut, de concert, réédifier la présence universitaire. Nous avons, collectivement, une obligation de résultat. Le comité qui prépare les assises n'écarte aucune possibilité, examine un ensemble de moyens, dont des bourses d'études, des chaires, des missions et des sessions de formation. Avant tout, il importe de savoir ce que les représentants haïtiens veulent pour leur pays.

Nous désirons tous, pour Haïti, une élite haïtienne bien formée, en phase avec la réalité de terrain et déterminée à demeurer au pays pour oeuvrer à son essor. Tout le défi de l'AUF sera de coordonner la formation de formateurs haïtiens dans les domaines les plus sensibles. Des expériences du passé ont montré le succès probant que peuvent avoir des équipes mixtes constituées de formateurs d'universités étrangères et de professeurs haïtiens. Après avoir arrêté les priorités avec les autorités nationales, l'AUF aura la responsabilité de repérer les meilleurs éléments au sein des corps étudiant et professoral haïtiens et les invitera à s'engager formellement à travailler au pays pour de nombreuses années. Ceux-ci pourront à leur tour former des professionnels attachés au développement d'Haïti.

S'engager sur la voie de la reconstruction universitaire demande de la prudence et du réalisme. Il s'agit d'un travail de longue haleine durant lequel les universités devront trouver les manières d'évoluer en complémentarité dynamique avec l'appui constant d'un État stabilisé.

Idées porteuses

Un peuple éduqué vit en santé, vit plus longtemps, et, bien sûr, dispose de davantage de moyens. Les moyens de vivre mieux, les moyens de mieux se protéger contre les catastrophes naturelles, les moyens d'échanger librement avec le monde entier, entre autres. L'éducation est la clé, le catalyseur de ces indices de développement. Dans l'immense majorité des cas, les pays qui éduquent leurs citoyens croissent plus vite que ceux qui négligent de le faire ou y échouent. Haïti, grand producteur de culture, terre natale de grands universitaires, ne peut glisser et rester à demeure dans la deuxième catégorie.

L'Université d'État d'Haïti est en ruines, l'École normale supérieure est effondrée; partout les gravats recouvrent le dispositif de transmission de connaissances. À tous les établissements universitaires du monde qui ont le français en partage, à l'AUF qui les réunit, échoit la responsabilité d'impulser, avec le concours d'Haïti, la remise à niveau d'un système d'enseignement supérieur.

Les assises internationales qui se tiendront à l'Université de Montréal en mai doivent s'avérer le tremplin, le moment charnière où se concrétiseront les idées porteuses nées du sentiment de solidarité que chacun ressent pour Haïti. La Francophonie universitaire doit répondre avec vigueur aux défis de l'après-urgence et inscrire un plan d'action complet et concret à l'intérieur du programme général issu des conférences des pays donateurs.

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Mireille Mathieu - Vice-rectrice aux relations internationales de l'Université de Montréal et vice-rectrice désignée à la vie associative et au développement de l'Agence universitaire de la Francophonie (AUF)
1 commentaire
  • Huguel - Inscrit 25 février 2010 10 h 51

    Haiti, terre universitaire

    J'ai trouvé bien intéressant cet article. J,aimerais pourtant ajouter mon petit grain de sel. Depuis , déjà dix ans, j'enseigne dans une petite faculté d'éducation au Cap-Haïtien (Haiti bien sûr!)...La faculté d'éducation Régina Assumpta (FERA). J'y enseigne bénévolement quelques semaines par année. Cette faculté est associée à l'Université de Sherbrooke, elle forme des enseignants. Beaucoup d'enseignants en Haïti n'ont pas les compétences pédagogiques susceptibles d'assurer un enseignement de qualité. Je suis bien d'accord à ce que des étudiants haïtiens puissent aller se former à l'extérieur du pays (surtout après le séisme qui a détruit plusieurs institutions universitaires de Port-au-Prince) mais, il me semblerait logique de fournir aux autres institutions universitaires d'Haïti (dont celles du Cap-Haïtien) les moyens de recevoir ces étudiants et de leur permettre de poursuivre leurs études. Le champs d'action de cette faculté pourrait peut-être être élargi. Il y a des cours de base qui peuvent servir dans plusieurs disciplines. Cette faculté pourrait sans doute contribuer à la reconstruction de son pays.
    Francine Sabourin, Gaspé