Culture d'accueil et cultures immigrées - Insufflons un peu d'âme au débat

Culture d'accueil et cultures immigrées
Photo: Illustration: Christian Tiffet Culture d'accueil et cultures immigrées

Il n'y a pas si longtemps, dans un texte paru dans ce journal, je proposais de remplacer la notion d'accommodement par celle de compromis, lorsque les situations s'y prêtent, pour que les Québécois d'ascendance canadienne-française reconnaissent les efforts d'adaptation faits par les immigrants et n'aient plus l'impression que les accommodements se font toujours à leurs dépens. Dans ce même esprit victimiste, on a laissé entendre, ici même récemment, que la majorité francophone pourrait devoir renoncer à soi-même en accueillant les immigrants.

En plus des problèmes de définition que soulève le «soi-même» d'un point de vue historique et culturel, l'hypothèse qu'un pays d'immigration puisse renoncer à quoi que ce soit de fondamental au profit des immigrants, relève, au mieux, d'une ignorance élémentaire du phénomène migratoire et, au pire, d'une crainte que seuls peuvent nourrir les tenants d'une vision assimilationniste.

Intégration

Le Québec est une société parmi les plus riches de la planète (reconnue comme nation) qui possède une langue officielle, une culture dominante et des lois qui déterminent les règles du vivre-ensemble telles qu'elles sont voulues par la majorité. Les immigrants s'y établissent individuellement ou par petits groupes familiaux. Sauf pour les réfugiés politiques et les immigrants rejoignant leurs familles, ils sont choisis en fonction de nos besoins d'ordre démographique, économique et culturel. D'où la forte proportion de francophones et un bon nombre d'immigrants investisseurs.

Un immigrant qui quitte son pays pour des raisons politiques ou économiques, n'a aucun intérêt à reproduire ici ce qui ne lui convenait pas. Le voudrait-il qu'il n'y arriverait pas, ne serait-ce que pour des considérations démographiques. La très grande majorité des immigrants (malgré l'importance que l'on accorde à quelques cas atypiques) ne demande qu'à s'intégrer économiquement, socialement et culturellement (dans cet ordre), se doutant qu'au bout de ce processus long et diversifié, il ne sera plus le même qu'à son arrivée et sa culture d'origine se sera transmuée en culture immigrée.

Car parler de culture grecque, vietnamienne, portugaise, italienne, etc., au Québec, ce serait utiliser le vocabulaire de ceux qui proposent une conception non dynamique de la culture ou adhérer à une vision intégriste du soi-même. Comme tous les autres citoyens, l'immigrant est un être en évolution constante et capable d'adaptation. À moins qu'il ne subisse une ségrégation absolue, il sera transformé par la culture d'accueil et en retour exercera une certaine influence sur celle-ci. Mais dans cet échange, si harmonieux soit-il, la culture immigrée est vouée à l'étiolement progressif vu les faibles moyens dont elle dispose par rapport à la culture dominante.

Interculturalisme

La culture immigrée est une culture de transition qui, à défaut de pouvoir survivre comme telle, pourra, dans une situation d'échange interculturel véritable, féconder la culture québécoise et ainsi s'y perpétuer. L'immigrant devient alors un porteur de culture aux multiples composantes lesquelles constituent un amalgame en perpétuel changement dû, non seulement à l'interaction entre les valeurs d'origine et celles du pays d'accueil, mais aussi à l'évolution de celui-ci. Comme tout autre citoyen, il vit des contradictions et des déchirements propres à tout être humain appelé à faire des choix dans une société parcourue par de multiples valeurs et courants idéologiques dépassant ainsi largement le cadre étriqué de l'ethnicité.

Le Québec a adopté l'interculturalisme comme stratégie devant mener à l'intégration des immigrants, se démarquant ainsi du multiculturalisme canadien. Dans ce contexte, aucune des cultures immigrées ne constitue une culture ghettoïsée évoluant dans une mosaïque dont les composantes seraient juxtaposées les unes aux autres. Dans une optique interculturelle, la culture immigrée est considérée comme une expression culturelle métissée au contact de la culture majoritaire. L'interculturalisme est fondé sur la conviction que, dans une société démocratique et tolérante comme la nôtre, dès lors qu'on respecte les éléments essentiels de la culture d'accueil et que l'on ne remet pas en question les règles fondamentales de la société, il y a place pour les cultures immigrées avec tout ce que cela implique d'échanges, d'emprunts et de contaminations.

Nous reconnaître en eux

À l'avenir, si l'on veut éviter les dérapages dus à la démagogie des uns et à la frilosité des autres, il faudra bien reconnaître ce que la majorité des immigrants sacrifient en quittant leur pays et l'importance des accommodements que la nouvelle situation leur impose. Du jour au lendemain, ils sont plongés dans l'inconnu, désorientés et ne pouvant communiquer. Combien de fois aussi avons-nous pris un taxi conduit par un ingénieur égyptien ou roumain? Et l'infirmier de la clinique privée n'était-il pas chirurgien dans un pays lointain?

Nous est-il déjà arrivé d'avoir une femme de ménage détenant un diplôme universitaire ou, exceptionnellement, comme la mère de Kim Thuy dont le magnifique roman Ru est le plus bel hommage qui soit à la fois au Québec et à des parents ayant tout sacrifié pour leurs enfants? Un livre rare où le beau se confond avec le vrai. Il ne faudrait pas que quelques burqas ou hidjabs nous détournent de ce qu'il y a de plus émouvant et admirable chez l'humain.

Insufflons un peu d'âme dans ce débat et reconnaissons qu'au-delà des élaborations théoriques et des considérations politiques, il y a des hommes et des femmes qui ne nous demandent qu'à nous reconnaître en eux. Car, que nous venions du bassin méditerranéen, des Antilles, de l'Extrême-Orient, ou que nous soyons les descendants des premiers colons français, ne ressentons-nous pas tous la même perplexité devant l'opacité du monde? Ne devons-nous pas, pour pouvoir vivre ensemble, transcender nos mémoires blessées?

Étant en outre régis par les mêmes lois et baignant dans le même univers kafkaïen, ne sommes-nous pas appelés à nous solidariser afin de préserver paradoxalement le droit à la différence dans une destinée commune? Les grandes oeuvres littéraires le prouvent de manière éclatante: sans exception, elles mettent à nu un noyau de désirs et d'angoisses, de rêves et de doutes enfouis en chacune de nos singularités.

C'est parce que ces similitudes fondamentales existent qu'il est possible d'accepter les différences de chacun.

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Marco Micone - Écrivain
16 commentaires
  • Johanne St-Amour - Inscrite 23 février 2010 07 h 31

    "Changer les mots ne changent pas les maux"

    Changer le mot accommodement pour compromis ne changent absolument rien à la situation. Changer les mots ne changent pas les maux! C'est plutôt une très belle façon de camoufler les débats actuels. Malheureusement le débat actuel sur les accommodements religieux et la laïcité est en train de dévier sur l'immigration. Le débat concerne des valeurs et des principes établies dans la société québécoise et que nous voulons préserver. Le débat se fait aussi face à la montée du conservatisme religieux partout en Occident.

    Par ailleurs, dans la société actuelle, tout le monde, tout le temps, doit faire des compromis pas uniquement les immigrants. Un COMPROMIS est demandé, en autres, de ne pas afficher de signes religieux ostentatoires dans l'espace public, de respecter le fait que nous vivons dans une société où les hommes et les femmes ont les mêmes droits. La plupart des intellectuels qui écrivent dans ces pages escamotent, à escient (?) ces principes.

  • France Marcotte - Inscrite 23 février 2010 09 h 18

    Faire parti de la solution plus que du problème

    Moi j'aime quand on parle de l'immigrant à partir de son point de vue d'immigrant (c'est encore mieux quand il parle en son nom mais...). L'immigrant n'est pas un être passif qui attend qu'on décide de son sort (intégré, accommodé, assimilé?). Il est actif et peut expliquer lui-même les problèmes qu'il rencontre, quelles sont ses valeurs, ce à quoi il aspire, comment il se transforme en Québécois tout en restant singulier. On découvre, comme dans ce texte, qu'on a souvent plus de ressemblances que de différences.

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 23 février 2010 10 h 40

    Les différences

    Les Québécois ont le droit de conserver leur identité francophone et de culture chrétienne. Ils ont le droit d’être ainsi différents, comme tous les autres pays ou nations qui ont des langues et des cultures qui leur sont propres.

    L’insistance de groupes communautaristes qui veulent continuer à vivre au Québec comme dans leur pays d’origine et qui ont de la difficulté à accepter une meilleure intégration nous montre que l’inquiétude de la majorité francophone du Québec est fondée. Il est normal que cette majorité francophone veuille garder son identité. C’est aussi la situation dans plusieurs pays, pourtant beaucoup moins vulnérables que le Québec, où l’on sent une inquiétude face à la dilution de l’identité nationale suite à l’afflux d’immigrants plus ou moins intégrés. Ainsi, au Canada anglais on commence à insister plus sur l’identité canadienne que sur le multiculturalisme (triste héritage de Pierre Trudeau).

    Au Québec en particulier, îlot francophone dans une mer anglophone, il faudrait mettre plus d’accent sur l’identité québécoise et sur l’intégration des immigrants que sur les communautés culturelles. Il est grand temps de revoir l’à-propos des politiques de multiculturalisme et de communautés culturelles.

    Un grand principe : « Immigrer dans un pays est un privilège, pas un droit. » Et ce privilège doit se mériter. Dans le cas du Québec, ce privilège se mérite par l’engagement de la part de l’immigrant d’apprendre la langue officielle qui est le français s’il ne la connaît pas suffisamment. Et la citoyenneté québécoise ne devrait être accordée qu’aux immigrants qui connaissent suffisamment la langue française, politique analogue à celle qui est appliquée dans de nombreux pays.

    C’est à l’immigrant qu’il appartient de faire l’effort de s’intégrer à la majorité francophone et de respecter notre mode de vie et nos coutumes. Malgré ce que certains peuvent dire, les Québécois ont été très accueillants, même trop accueillants diront d’autres. Mais notre bonnasserie commence à nous jouer de vilains tours, la moitié des immigrants s’intégrant plutôt à la minorité anglophone.

  • SusanK - Inscrit 23 février 2010 11 h 24

    Votre texte est INSULTANT

    M. MICONE,

    Avez-vous écouté les débats de la Commission Ding et Dong - Bouchar et Taylor? Je ne crois pas sinon vous ne feriez pas passer les immigrants comme des victimes. Nombreux furent les immigrants de tous pays qui se sont présentés pour défendre les québécois et les remercier de leur aide et excellent accueil pour les soutenir dans leur nouvelle vie.

    M. Cicone, vous faîtes comme les philosophes et compagnie i.e. vous victimiser tous les immigrants au détriment des québécois. Les québécois veulent des immigrants et sont prêts à tout faire pour les aider, ceci est un fait. Mais pas à n'importe quel prix.

    On dirait que vous (et les autres penseurs) êtes incapable de comprendre la vraie nature du débat. C'est incroyable.

    Les québécois et la majorité des nouveaux immigrés l'ont compris: l'imposition du religieux de certains dans la vie de tous. C'est le seul débat en cours. Alors, de grâce, lâchez cette victimisation des immigrants car elle est non-existante en plus de votre dénigrement des québécois.

    Si vous pouviez consacrer autant d'efforts pour vous renseigner au sujet de l'islamisation en cours en Eurabie, tous s'en porteraient mieux, à moins que vous soyez d'accord avec l'islamisation du Québec.

  • Nelson - Inscrit 23 février 2010 11 h 29

    COMPROMIS AVEC CE QU"EST INACEPTABLE ???????????

    Des couteaux dans les écoles secondaires, cacher la face et son identité dans les espaces publiques, inegalité hommes-femmes, discours et comportements homophobes, enlever le clitoris des femmes, SONT DES COMPORTEMENTS INACEPTABLESSSSSSSSSS !!!!!!!! Il est imposible demander a de gens normeaux accepter ce que n"est pas normal !!! imposible des accomodements raisonables avec ce qu"est irrasonable, inaceptable. IL FAUT SORTIR LES RÉLIGIONS ET LES ÉGLISES DE LA CONSTITUTION CANADIENNE ET L"ESPACE PUBLIQUE, PARCE QUE SE PLACENT VOLONTAIREMENTTTTTTTTT DANS L"ILEGALITÉ.!!! Message aux croyants, Dieu n"existe pas, il est juste un mot récente chez les humains et disparaitra avec le Soleil et la Terre, en 5 milliards d"années. ARRETEZ DONC DE CROIRE, ADAPTEZ VOUS AUX VALEURS LIBERTAIRES DE LA MODERNITÉ, ET RESPECTEZ LES LOIS DU PAYS D"ACCUEIL !!!!!!!!! (NOTE, JE M"ATTAQUE AUX COMPORTEMENTS INACEPTABLES, NON AUX PAUVRES GENS CROYANTS)
    NELSON