Pas de quoi célébrer sur le mont Royal

En mars 2005, le gouvernement du Québec a posé un geste exceptionnel en décrétant le mont Royal «arrondissement historique et naturel». Le décret repose sur le principe qu'il faut protéger pour les générations futures le caractère naturel et les composantes historiques de la montagne. Ce statut unique et sans précédent a été complété récemment par un plan de protection adopté par la Ville de Montréal.

Ces mesures ont donné aux Montréalais l'espoir d'une protection définitive de la montagne après des années de lutte et des décennies de négligence des pouvoirs publics. Les développements des derniers mois nous font craindre que cette protection «annoncée» ne soit toujours pas au rendez-vous. L'exemple du projet de développement résidentiel présentement à l'étude sur le site de l'ancien Séminaire de philosophie des Sulpiciens sur le chemin de la Côte-des-Neiges est des plus inquiétants pour l'avenir de la montagne.

Le site de l'ancien Séminaire de philosophie est le premier des nombreux domaines institutionnels de l'arrondissement qui est mis en vente depuis l'adoption en avril 2009 du plan de protection par la Ville de Montréal. Actuellement zoné institutionnel, le site a été vendu par les prêtres de Saint-Sulpice à un promoteur qui a investi 46 millions de dollars à risque et sans garantie pour un projet résidentiel de 300 unités d'habitation et de plus de 600 places de stationnement.

Il a été présenté aux élus et aux citoyens comme un projet qui allait permettre un investissement privé de centaines de millions de dollars dans l'économie montréalaise. Ce projet s'ajoute à tous les autres «beaux projets emballants» qui ont grugé la montagne au cours des années avec l'assentiment des pouvoirs publics. Le mont Royal est la signature de Montréal, la fierté des Montréalais et, pourtant, de génération en génération, on le laisse rétrécir comme peau de chagrin.


Propriétés institutionnelles

De nombreux autres projets risquent de suivre le projet de construction sur le site du Séminaire de philosophie. C'est plus de 50 % du territoire de la montagne qui est occupé par les grandes propriétés institutionnelles. C'est donc dire à quel point elles définissent le caractère de ce paysage patrimonial. Qu'adviendra-t-il des sites des hôpitaux Royal Victoria et Shriners après leur déménagement à la cour Glen? Quels seront les choix faits par l'Université de Montréal, l'Université McGill ou les grands cimetières pour satisfaire leurs besoins d'expansion? En fait, le dossier de l'ancien Séminaire de philosophie constitue le test de vérité et d'efficacité du régime de protection sans précédent qui vient d'être mis en place.

Dans un territoire ainsi protégé, le fardeau de la preuve ne doit plus reposer sur les défenseurs du patrimoine et de la montagne. Des principes et des règles claires doivent s'appliquer pour tous selon des processus d'analyse et d'évaluation transparents au service des valeurs patrimoniales. Après tant d'années de promesses, les Montréalais s'attendent à autre chose qu'une protection au goût de compromis qui réponde davantage à des objectifs administratifs ou fiscaux qu'à une véritable mission de protection et de mise en valeur de ce patrimoine qui distingue Montréal. Un récent sondage a démontré que 97 % des Montréalais sont d'accord pour limiter de façon très stricte toute nouvelle construction sur le mont Royal; c'est sans contredit un appui populaire massif dont jouissent le gouvernement et la Ville pour appliquer des mesures de protection fermes et efficaces.

Le temps est venu pour que Montréal soit dotée d'un modèle de développement dont la vision se fonde sur un respect indéfectible de ses lieux identitaires et démontre la créativité nécessaire pour leur assurer un avenir dont tous profiteront. En ce sens, nous vous demandons d'exercer cette responsabilité avec fermeté et d'exiger que tous les projets, comme celui de reconvertir le site de l'ancien Séminaire de philosophie, soient non plus des exemples à éviter mais des modèles de solution, tant pour le mont Royal que pour Montréal et l'ensemble du Québec. Votre décision s'inscrira dans l'histoire et marquera le 5e anniversaire du décret de l'arrondissement historique et naturel en donnant le ton pour l'avenir. Espérons alors que nous serons tous de la fête.

***

Ont signé ce texte: Phyllis Lambert (directeur fondateur et président du conseil des fiduciaires du CCA), Marcel Côté (associé fondateur du Groupe SECOR), Peter A. Howlett (président des Amis de la montagne), Dinu Bumbaru (directeur des politiques à Héritage Montréal) et Robert Alain (directeur général de la Fondation EJLB).
1 commentaire
  • Charlottebise - Inscrite 22 février 2010 17 h 25

    Pas de quoi célébrer sur le mont Royal -Un autre projet immobilier sur les flancs du mont Royal

    .Excellent article qui encore une fois sonne l'alarme en direction des promoteurs immobiliers qui veulent construire sur le mont Royal ou sur ses flancs. Comment font-ils ? Ils achètent un bâtiment institutionnel comme le
    Séminaire de philosophie vendu par les Sulpiciens. Le promoteur qui l'a acheté veut y construire 300 condos. Une petite recherche par "Mot clé" dans le journal Le Devoir indique qu'il y a déjà plus d'un an qu'on sonne l'alarme concernant la vente du Séminaire de Philosophie. Le Gouvernement du Québec sera-t-il obligé d'acheter tous les immeubles institutionnels déjà installés sur le flanc du mont Royal pour protéger ce site supposément protégé par un Plan, une Chartre récemment adopté par la Ville de Montréal ???