Appel pour des Casques rouges à l'ONU

L’ONU doit assumer sa «responsabilité de protéger» et garantir le droit au secours à toutes les populations du monde, estime le président haïtien, René Préval.
Photo: Agence France-Presse (photo) Nicholas Kamm L’ONU doit assumer sa «responsabilité de protéger» et garantir le droit au secours à toutes les populations du monde, estime le président haïtien, René Préval.

Depuis plus d'un mois, Haïti est plongé dans le chaos et la désolation. Les premiers bilans font état de plus de 200 000 morts et 300 000 blessés. Des centaines de milliers de rescapés sont installés dans des camps de fortune qui risquent d'occuper durablement le paysage. Et pourtant, saluons l'élan de solidarité de la communauté internationale qui s'est mobilisée, dès les premières heures de la catastrophe, pour aider Haïti. Des équipes de secours ont été dépêchées par centaines. Pas moins de 74 avions sont arrivés en 24 heures. Résultat, l'aéroport de la capitale a été immédiatement engorgé et des ONG sont restées bloquées des jours durant au sol pendant que les survivants périssaient encore sous les décombres.

L'explication est simple: Haïti n'était pas prêt à accueillir cette affluence de bonnes volontés! Américains, Européens, Chinois... ont fait preuve d'une générosité sans précédent. Porte-avions, hôpitaux de campagne, rations alimentaires, tentes, hélicoptères... ont été acheminés des quatre coins de la planète. Mais par manque d'organisation et de coordination, nous avons perdu du temps et de trop nombreuses vies humaines.

Force de réaction

Ce qu'il aurait fallu dans l'urgence, c'est un état-major humanitaire qui aurait déterminé les besoins et réalisé un état des lieux des ressources disponibles. Ce qui aurait pu changer la donne, c'est une force de réaction rapide qui aurait préconisé un schéma directeur d'intervention et coordonné les actions des équipes opérationnelles.

Haïti aura été la catastrophe de trop et il n'aura pas fallu beaucoup de temps pour comprendre que nous n'avons pas retenu les leçons du tsunami. La communauté humanitaire n'est plus assez forte pour relever seule les défis imposés par la nature déchaînée. Nous n'avons pas besoin d'un acteur supplémentaire: les ONG et les agences intergouvernementales accomplissent déjà un travail considérable.

Encore moins d'une nouvelle philosophie. Il n'y en a qu'une qui vaille: sauver des vies. Le monde humanitaire a besoin de préparation, d'encadrement, de coordination, de régulation, de structuration, de veille... Il lui faut une «intelligence humanitaire» pour anticiper et unifier son action. Nous sommes parfaitement capables d'inventer un humanitaire efficace et durable, un humanitaire qui sache optimiser les fonds alloués et surmonter l'écueil du gaspillage.

Frères humanitaires

De Port-au-Prince, sur le théâtre de la plus grande désorganisation humanitaire de ces dernières années, nous avons proposé une solution. Celle des Casques rouges, les frères humanitaires des Casques bleus, qui, sous les auspices de l'ONU, auraient la légitimité de remplir cette mission. Ban Ki-moon, le secrétaire général des Nations unies, a ouvert la voie en nommant Bill Clinton coordonnateur de l'aide internationale en Haïti. Hélas, cette décision est intervenue trois semaines après le tremblement de terre. Mais gageons qu'une véritable volonté de coordination présidera au bon ordre des opérations de reconstruction.

L'ONU doit assumer sa «responsabilité de protéger» et garantir le droit au secours à toutes les populations du monde. Ne nous étonnons pas que les Casques bleus ne parviennent pas à organiser la distribution alimentaire. Ce sont des forces de maintien de la paix et non des secouristes. Des militaires, et non des humanitaires! L'ONU doit se doter d'une force 100 % humanitaire pour organiser et coordonner les secours. Il ne s'agit ni de lever une armée ni de remplacer les ONG. Mais plutôt de réunir un groupe d'experts composé de logisticiens, de médecins, d'ingénieurs, de pompiers... à même de définir une stratégie globale pour gérer une crise dans l'urgence et réguler l'aide proposée par la communauté internationale. Le jour 1, et pas plus tard!

C'est en responsabilité que nous lançons, à l'ensemble des chefs d'État, un appel au consensus. C'est par solidarité qu'ils doivent veiller à ce que l'histoire ne se répète plus. Pas un point de la planète n'est à l'abri d'une prochaine catastrophe. La question de la coordination des secours se posera indéfiniment tant que nous n'aurons pas pris les décisions qui s'imposent. Mais la prochaine fois, on ne nous le pardonnera pas. À la veille de la conférence internationale pour la reconstruction d'Haïti, nous formulons le voeu que des Casques rouges soient créés à l'ONU.

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René Préval - Président de la République d'Haïti

Nicole Guedj - Ancienne ministre française et présidente de la Fondation Casques rouges
4 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 18 février 2010 07 h 53

    Une caserne multinationale de pompiers.

    Dites-mois, comment une caserne de sauveteurs, stationnés on ne sait où, en réserve pendant les quelques années qui séparent généralement les catastrophes les unes des autres, comment ses sapeurs pompiers sans frontières, auraient pu faire fonctionner l'aéroport de Port-au-Prince plus rapidement que l'ont fait les experts américains.

    Quelque soit la couleur des casques, sous l'égide de l'ONU, il s'écoule généralement des semaines sinon des mois entre la décision de déployer un contingent et l'arrivée de la première personne sur les lieux.

    On peut comprendre que le Président Préval ne refuse aucune idée qui puisse un jour aider son pays, mais celle-là ne me paraît pas nécessairement d'urgente application.

  • Gaiagernaire - Inscrit 18 février 2010 13 h 17

    Des coqs pour Haïti

    Depuis combien d'années y-a-t-il de tremblements de terre en Haïti ?
    Chères cigales, c'était à vous de préparer un plan d'intervention comme l'ont fait les fourmies dans nos villes québécoises. Même l'élite de ce pays passe son temps à danser puis vient quémander le tremblement de terre venu. Cela prend un front de boeuf pour implicitement blâmer l'ONU de ne secourir assez rapidement les cigales. Ceci explique cela.

  • Catherine Paquet - Abonnée 18 février 2010 20 h 40

    Qui a l'outrecuidanse de soutenir que tout aurait du aller mieux?

    Combien de personnes ont l'expérience d'un temblement de terre en Haïti qui leur permette de dire que leur théorie aurait fonctionné mieux que ce qui s'est passé en réalité?

    Je soutiens que les secours sont arrivés à Haïti, dans le minimum de temps avec un maximum de résultats, compte tenu de l'état de destruction et de désolation qui prévalait sur cette partie de l'ile. Je n'accorde pas beaucoup de crédibilité à ces gérants d'estrades qui, en toute tranquilité, dans leurs salons, prétendent avoir inventé des méthodes d'intervention plus efficaces que celles qui ont été appliquées en toute urgence.

    Ceux qui connaissent ce genre de défis ont l'habitude de dire "The proof of the pudding is in the eating". On reconnait la qualité du gâteau quand on y a goûté.

    C'est pourquoi, il faut se méfier des méthodes miracles échafaudées dans l'abstrait. Le mérite de ceux qui ont travaillé sur le terrain, c'est d'abord et surtout d'avoir décidé d'aller sur le terrain et de donner le meilleur coup de main que leur expertise leur permettait de donner. Combien de beaux et grands projets de coordination devant produire des résultats mirobolants sont demeurés dans les cartons et les tirroirs, d'où ils n'auraient pas du sortir.

  • Gaiagernaire - Inscrit 23 février 2010 16 h 50

    Des excuses pour Haïti

    Je constate mon ignorance et mes préjugés suite à la lecture d'un article historique écrit par Carlos Wesley dans Nuevo Federalista, intitulé " Haïti is no natural disaster " cité à l'adresse http://larouchepac.com/node/13647 en date du 23 février 2010. J'ai fait preuve d'un manque de compassion par mon commentaire intitulé " Des coqs pour Haïti " le 18 février 2010.