Programme nucléaire iranien: le grand jeu perse

Deux Iraniens dansent devant une affiche arborant le symbole de l’atome et celui du pays, pendant les cérémonies soulignant l’évolution du programme nucléaire de l’Iran, à Téhéran.
Photo: Agence France-Presse (photo) Behrouz Mehri Deux Iraniens dansent devant une affiche arborant le symbole de l’atome et celui du pays, pendant les cérémonies soulignant l’évolution du programme nucléaire de l’Iran, à Téhéran.

La partie de bras de fer que se livrent l'Occident et Téhéran à propos de la poursuite du programme nucléaire iranien a connu un nouvel épisode le dimanche 7 février alors que le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, a annoncé que son pays allait procéder à l'enrichissement de son uranium à un niveau supérieur. Cette annonce survient peu après que l'Iran a été formellement condamné par le conseil des 35 gouverneurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) pour avoir dissimulé une installation nucléaire à Fordo, à 20 km de la ville de Qom, en contravention avec les engagements iraniens en matière de prolifération nucléaire.

En annonçant avoir l'intention d'accélérer son programme d'enrichissement de l'uranium, Téhéran confirme qu'il entend se faire reconnaître de facto le «droit» de développer la technologie nucléaire. Toutefois, l'indocilité de l'Iran, appuyée par le refus de Pékin de soutenir une nouvelle série de sanctions à son endroit, ne peut qu'irriter les grandes puissances occidentales membres du groupe des 5+ — les cinq membres du Conseil de sécurité plus l'Allemagne — et réduit d'autant les chances que les partis en arrivent à une solution partagée.


Le noeud gordien

D'emblée, le problème repose sur l'ambition présumée de l'Iran de se doter de l'arme atomique sous le couvert d'un programme nucléaire civil; ambition qui contrevient notamment au traité de non-prolifération nucléaire auquel l'Iran a adhéré en 1968. À cela s'ajoute le refus systématique de l'Iran de se plier aux résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU l'exhortant à interrompre ses activités délicates.

Les soupçons des Occidentaux quant à la finalité du programme nucléaire iranien ont été confirmés après la divulgation de preuves démontrant que l'Iran a poursuivi pendant plus de 15 ans, de 1987 à 2003, des activités nucléaires en violation avec ses engagements auprès de l'AIEA.

Ce sont toutefois les récentes révélations portant sur l'existence du site de Fordo par le trio Obama-Brown-Sarkozy qui ont alimenté le doute quant aux véritables objectifs poursuivis par l'Iran. Les experts internationaux s'entendent ainsi pour dire que l'état des recherches iraniennes en matière nucléaire permettrait à l'Iran de se doter de son premier engin atomique d'ici la fin de l'année 2010.


Le péril iranien

Les implications de la mise sur pied d'un programme atomique par l'Iran sont multiples, la première étant de bouleverser l'équilibre du Moyen-Orient. En effet, l'intervention américaine en Irak et en Afghanistan a positionné le golfe Arabo-Persique au centre des enjeux stratégiques régionaux.

La mise au point de la technologie nucléaire militaire permet en outre à Téhéran de revendiquer un rôle de leader régional. Son influence se traduit par un appui logistique et matériel au Hezbollah libanais, au Hamas palestinien ainsi qu'aux insurgés chiites du Yémen et d'Arabie saoudite. De plus, en soutenant les milices irakiennes opposées à la présence américaine, l'Iran fait valoir son potentiel déstabilisateur dans la région.

Le programme iranien représente en outre une menace directe pour la sécurité de plusieurs États moyen-orientaux. À cet égard, Israël s'oppose ouvertement aux prétentions iraniennes et menace de recourir à des bombardements préventifs sur les sites névralgiques du programme nucléaire iranien. Les États-Unis ont d'ailleurs annoncé qu'ils ne s'opposeraient pas à une initiative militaire israélienne, le vice-président américain, Joe Biden, arguant que son pays ne pouvait interférer avec la volonté légitime et souveraine d'un État de défendre son territoire, et ce, en conformité avec la charte des Nations unies en la matière.

Une action militaire contre l'Iran pourrait toutefois être lourde de conséquences pour les troupes de l'OTAN et les troupes canadiennes stationnées en Afghanistan. En effet, elle pourrait se traduire par une recrudescence des affrontements avec des factions soutenues par Téhéran. Cette menace est accentuée par la mise au point d'un vaste programme balistique par l'Iran qui prévoit le déploiement de missiles à courte et moyenne portée susceptibles d'atteindre Tel-Aviv et les capitales européennes.

De plus, l'acquisition de l'arme nucléaire par l'Iran fait planer le risque d'une course aux armements dans la région. D'importants acteurs régionaux, dont l'Arabie saoudite, l'Égypte et la Turquie, seront appelés à s'interroger sur leurs choix stratégiques relativement à l'acquisition de l'arme nucléaire et à l'achat d'armements traditionnels supplémentaires. Ils devront en outre revoir et éventuellement renforcer leurs alliances avec les pays membres de l'OTAN pour profiter d'une dissuasion élargie.


La stratégie du «confinement»

Pour faire face au péril iranien, le camp des grandes puissances occidentales — États-Unis, France, Grande-Bretagne, Allemagne — a adopté une stratégie visant à obtenir la collaboration de l'Iran ou à le faire plier sous le poids de leurs exigences. L'épreuve de force avec Téhéran prévoit d'abord l'application de sanctions que la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton a qualifiées de «paralysantes» pour le régime issu de la révolution islamique.

Ces sanctions sont accompagnées d'une politique d'endiguement des capacités nucléaires iraniennes en dressant le maximum d'obstacles techniques au développement de l'arme atomique. La politique de dissuasion prévoit en dernier recours l'usage de la force pour faire plier Téhéran par des bombardements ciblés ou par une intervention militaire à grande échelle.

En somme, la poursuite du programme nucléaire a comme double objectif de faire avancer les intérêts iraniens et de consolider le pouvoir d'un régime en perte de légitimité auprès de son opinion publique. Toutefois, en ayant fait de la question nucléaire un enjeu de souveraineté nationale, le régime a lié sa survie sur le plan intérieur à la réussite de son programme nucléaire.

Ainsi, la stratégie iranienne, qui prend la forme d'une fuite en avant, est jusqu'à un certain point l'aveu par Téhéran de sa crainte de voir sa sécurité mise à mal par les grandes puissances occidentales. Les essais balistiques et l'instrumentalisation politique de son programme nucléaire constituent la base d'un argumentaire fondé sur la persistance du rapport de force avec l'Occident qui ne peut qu'isoler durablement l'Iran de la communauté internationale.

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Philippe C. Martine - Étudiant à la maîtrise en administration internationale à l'ENAP
1 commentaire
  • Richard Gendron - Inscrit 10 février 2010 14 h 41

    Ridicule et dangereux

    Lorsque l'Irak de Saddam Hussein a attaqué le Koweit en 1990, les États-Unis ont dénoncé l'attaque. Mais si Israel (qui possède l'arme nucléaire) attaque l'Iran (qui ne la possède pas, ou pas encore), le VP américain Joe Biden trouverait cela normal car Israel est un état souverain (et l'Irak, c'était quoi?). Israel, cest bien connu (selon Biden et Cie), attaque toujours "pour se défendre" (sic).
    Israel n'a pas signé le traité de non-prolifération nucléaire, et continue de pratiquer à l'égard des Palestiniens une politique d'Apartheid. Tant que Washington, Londres et Paris (entre autres) ne se décideront pas à appliquer des sanctions ENVERS ISRAEL, le Moyen-Orient sera une poudrière. Attaquer l'Iran, alors que la situation en Irak et en Afghanistan est déjà catastrophique, ce serait de la folie pure ! Si l'Iran se dote de l'arme nucléaire, ce sera à cause de la politique guerrière des deux présidents Bush qui n'ont apporté à la région que guerre et instabilité. Obama, Sarkozy et Cie doivent se réveiller et comprendre que le principal problème, c'est Israel !!!