À la défense de Kahnawake

Tout Québécois francophone soucieux de préserver son identité culturelle et celle de sa nation devrait comprendre instinctivement le geste fait récemment par le Conseil mohawk de Kahnawake d'exiger que les personnes qui ne sont pas membres de la communauté mohawk quittent le territoire de la réserve. C'est un geste de défense identitaire tout à fait analogue à celui que le Québec a fait en adoptant la Charte de la langue française.

Depuis 400 ans, les Mohawks ont réussi à préserver leur société distincte malgré toute la pression sociale, économique et culturelle à laquelle ils ont été soumis au Québec, au Canada et aux États-Unis. Ils ont presque perdu leur langue et ont perdu une large partie de leur capacité de se gouverner eux-mêmes. Ils ont perdu la plus grande part du territoire que le roi de France avait réservé à leur intention sur la rive sud près de Montréal. Il ne leur reste, comme rempart principal de leur identité collective, qu'un petit territoire à l'entrée sud du pont Mercier. Ils tiennent à le défendre, comme ils l'ont toujours fait, comme la prunelle de leurs yeux. Qui pourrait les blâmer?


Sécurité identitaire

Nous sommes près de six millions de Québécois francophones. Et nous craignons pour notre sécurité identitaire, comme l'a constaté la commission Bouchard-Taylor. Ils ne sont que huit mille Mohawks à Kahnawake. Comment pourraient-ils permettre que, par mariage ou cohabitation, de plus en plus de non-Mohawks viennent s'établir sur leur territoire? Quand on connaît les relations de plus en plus étroites et fréquentes entre les personnes dans nos sociétés contemporaines, combien d'années, pensez-vous, cela prendrait-il avant que le caractère mohawk du territoire ne s'atténue et ne vienne même à disparaître?

Je connais bien les Mohawks de Kahnawake. En 1999, j'ai participé à la négociation de dix ententes qui sont le fondement des relations que le Québec entretient avec eux et, présentement, je participe à la révision de ces ententes. J'apprécie énormément leur fierté nationale et leur désir d'assurer la continuation de leur communauté millénaire.

Je sais de manière certaine qu'ils n'entretiennent aucun mépris à l'égard de leurs voisins non mohawks et qu'ils veulent développer avec eux des relations fondées sur la compréhension et le respect mutuel. À nous de les comprendre et de les aider dans cette tâche difficile. La présence parmi nous d'une communauté mohawk vibrante et dynamique est une richesse pour le Québec.

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Louis Bernard - Ex-candidat à la direction du Parti québécois et secrétaire général du Conseil exécutif sous René Lévesque
12 commentaires
  • Michel Chayer - Inscrit 9 février 2010 03 h 18

    Niaiseries radiophoniques

    Enfin, des commentaires sensés à l’égard des Mohawks.

    J’arrête souvent faire le plein à la réserve. Ce sont des gens sympathiques, dont la société était organisée bien avant la venue des Blancs. Ils n’ont jamais voulu s’en faire imposer, et ils ont raisons de défendre leur territoire ainsi que leur identité.

    Il y belle lurette que je pense moi-même que les Québécois devraient prendre exemple de la détermination des Mohawks, au lieu de stupidement les dénigrer en ânonnant les niaiseries radiophoniques des modeleurs d’opinions à la mode.

  • Tube - Inscrit 9 février 2010 06 h 27

    Le simple bon sens

    J'adhère de tout coeur aux propos de M. Bernard. Nous avons la « garde partagée » du territoire avec les peuples autochtones. Nous devons bâtir notre relation à partir de ce que nous avons en commun avec eux tout en respectant ce qui nous différencie.
    Nous avons besoin d'eux et ils ont besoin de nous. Les accusations de racisme et d'intolérance ne mènent à rien. Nous vivons avec eux, même si notre relation est encore déséquilibrée. Une chose est certaine: quand nous leur manquons de respect, nous nous abaissons.

  • Catherine Paquet - Abonnée 9 février 2010 06 h 45

    Vive un Québec autonome, à l'image des réserves de Kanhawake, dans un Canada uni.

    Je reconnais le bien fondé du respect de M. Bernard pour la culture des peuples autochtones et pour celle des Mohawks en particulier. Ce que je comprends moins bien cependant c'est qu'il ne songe pas à s'inquiéter de la possibilité bien réelle que ces peuples ne se sentent nullement impliqués dans une éventuelle décision des Québécois pour se séparer du Canada. Ils revendiqueraient sans doute leur autonomie culturelle et territoriale, de la même façon que les Québécois l'auraient fait.

    J'ai la conviction que la souveraineté des autochtones sur leur territoire ne les lierait à aucun résultat d'un éventuel référendum sur la souveraineté du Québec. Ils pourraient très bien décider qu'ils veulent continuer d'exercer cette
    souveraineté à l'intérieur du Canada. Situation qui leur convient bien
    maintenant. On assiterait alors à un morcellement du territoire du Québec.

    Il y a 11 nations autochtones à l'intérieur du Québec, et autant
    ailleurs au Canada. Et le statut des "réserves" et territoires autochones
    relève du gouvernement canadien. On pourrait assister alors à un
    morcellement du territoire québécois. Je prétends que ceci est une crainte
    légitime, et qu'un appui inconditionnel à l'affermissement de cette
    autonomie sur des territoires précis conduirait à cette impossibilité de
    prévoir les choix ultimes que feraient ces populations si jamais les
    Québécois décidaient de se séparer du Canada. C'est pourquoi je mettrais
    M. Bernard en garde contre un travail soutenu en faveur d'une autonomie de plus en plus complète de chacun des territoires autochtones.

    Ces autochtones, à l'instar des Québécois, auxquels on ne parle plus du Canada, mais uniquement du Québec, en viendraient peut-être à concevoir leur allégeance, leur identité et leur avenir à l'intérieur de leur culture et de leur territoire.

    On devrait plutôt envisager des alternatives. Mais c'est un autre débat.

  • Jean-Marie Bélisle - Inscrit 9 février 2010 08 h 17

    Ben voyons donc

    J'en sais malheureusement trop peu sur la demande du conseil de bande, mais le texte de M Bernard laisse un drôle de goût dans la bouche. Est-ce que nous devons ériger des barrières pour préverver des identités culturelles ? Je ne suis vraiment pas certains que l'intolérence des autres soit une voie d'avenir pour n'importe quelle culture. Trouvez autre chose SVP

  • Fernand Turbide - Inscrit 9 février 2010 10 h 36

    La pureté de la race...


    "Bullshit", c'était aussi le rêve de ce fou furrieux de Hitler;la race pure, un grand blond de 6 pieds 2 aux yeux bleus, lui le ti-cul complexé. Tant qu'a y être on pourrait ériger des frontières et exiger un passeport pour laisser entrer les Mohawks en terre Canadienne et Québécoise. Totalement farfelu et passéiste comme vision; une société doit reposer sur le respect de l'individu quelque soit son origine, sa couleur, son orientation sexuelle et son métissage.Rien de plus beau pour moi que la résultante d'une union entre blanc et gens de couleur.Il faut abolir autant que possible les frontières; en créer d'autre c'est aller a contre-courant de l'évolution normale d'une société.

    Fernand Turbide