Manifeste pour un Québec pluraliste - Un texte tendancieux

Le Manifeste pour un Québec pluraliste publié dans la page Idées du Devoir du mercredi 3 février 2010 est un manifeste tendancieux, d'abord parce que son argumentaire débute par un constat gratuit selon lequel le débat actuel sur l'identité aurait pris un virage dangereux, une affirmation qui ne repose sur rien de précis, et aussi parce qu'il prétend avec condescendance que la «vision ouverte et pluraliste de la société québécoise» serait battue en brèche actuellement par deux courants en rupture avec les grandes orientations du Québec moderne.

À savoir une vision «nationaliste conservatrice» et une «vision stricte de la laïcité». Deux approches que les auteurs disqualifient en partant et qui se caractériseraient, selon eux, par la même intransigeance et la même fermeture à l'égard des minorités. Des affirmations que rien ne permet d'étayer. Est-il besoin, pour faire avancer ce débat sur l'identité, de ratatiner toujours le nationalisme québécois en le qualifiant d'intolérant, de figé, de retardataire, d'identitaire, ou de conservateur?

Des valeurs fondamentales

Par ailleurs, si les nationalistes ont pris position comme ils l'ont fait dans ce dossier de l'identité, c'est dans le but de renforcer des valeurs communes arrachées de haute lutte et devenues pour la majorité de la population des valeurs non négociables. Ce sont la démocratie, la laïcité, l'égalité entre les hommes et les femmes, et le français langue commune. Des valeurs qui ne sont pas abstraites, mais bien concrètes pour plusieurs citoyens du Québec.

Lors des audiences publiques de la commission Bouchard-Taylor, un exercice d'expression démocratique, de rapprochement et de tolérance rarement vu, à cette échelle, dans d'autres pays, les gens sont venus nombreux témoigner de leur volonté de conserver à tout prix ces valeurs communes. Cela ne s'est pas fait par une opération du Saint-Esprit ni par une «symbiose mystique», mais par un exercice public qui a eu pour avantage de faire ressortir clairement les véritables valeurs de la majorité québécoise. Le gros bon sens de la population est tout aussi utile et valable, en démocratie, que l'opinion des juristes, des politiciens et des intellectuels de tous acabits.

Une laïcité à renforcer

S'ensuit, dans ce texte, une définition de ce pluralisme rédempteur qui favoriserait les rapports interculturels et approfondirait les valeurs démocratiques, des principes dont se réclament également les tenants des deux approches ci-dessus décriées, parce que personne n'est contre la vertu. Cependant, il est clair pour nous que la protection de la «liberté de conscience et sa libre expression, de même que l'égalité des citoyens» sont des objectifs primordiaux qui ne peuvent être atteints que par l'élaboration d'une charte québécoise de la laïcité, une opinion que ne partagent pas les auteurs de ce texte.

Cette charte permettrait de confirmer le caractère laïque des services publics et pas forcément de la sphère publique, sur laquelle il n'y a guère de consensus actuellement. Et lorsque l'on parle de laïcité, il ne s'agit pas pour nous de laïcité «ouverte», qui n'est qu'un concept vide de sens, mais de laïcité tout court. Un État est laïc ou clérical et ne saurait être les deux à la fois.

Le contexte social et politique actuel fait en sorte qu'il faut éviter que les valeurs religieuses en viennent un jour à primer les autres. Une crainte justifiée par le constat que, depuis ces dernières années, les chartes canadienne et québécoise des droits et libertés n'ont pu empêcher, entre autres choses, la discrimination à l'égard des femmes en faisant primer la liberté de religion sur leur droit à l'égalité. Une charte de la laïcité pourrait pallier la faiblesse du cadre juridique actuel et enverrait un message clair à ceux qui viendraient s'installer au Québec, ainsi qu'à ceux qui seraient tentés d'instrumentaliser les tribunaux pour faire avancer leur projet politique extrémiste.

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Micheline Bail, Geneviève Corfa et Guilda Kattan - Montréal
25 commentaires
  • nonauracisme - Inscrit 8 février 2010 00 h 54

    Cinq cents signataires contre trois: je crois que vous etes perdant.

    Le mouvement pluraliste apporte des idees tandis que vous apportez le meme spin"egalite hommes femmes, langue francaise, laicite." La france a cette recette, l integration a ete un success.

  • charlemagne - Inscrit 8 février 2010 08 h 13

    Le QUEBEC vieille souche Française

    Bonjour les Canadiens bonjour le Québec ici la France qui vous regarde et vous aime
    Vous avez raisoon sur la laïcité et égalité entre les femmes et les Hommes ce n'est pas le cas dans toutes les religions,aussi faut il se battre pour cette laïcité qui a abattu les ROIS et REINES despotiques
    Vive la République laïque
    merci
    POUPEL Charles Edouard un WIKING

  • Lise Boivin - Abonnée 8 février 2010 08 h 24

    Merci à mesdames Bail, Corfa et Kattan

    Il fallait répliquer à ce Manifeste et il le faudra encore. Ils se sont mis à cinq cents professeurs d'université pour faire le poids, c'est comme utiliser une bombe atomique pour écraser une mouche. Or, vos arguments font le poids, malheureusement, ils n'y répondront pas autrement qu'en caricaturant. En lisant nonauracisme (premier commentaire), vous avez un bon exemple de leur attitude en moins «intellectuelle».
    Bernard La Rivière, phD théologie

  • Paul Lafrance - Inscrit 8 février 2010 08 h 49

    Pluralisme

    Nous ne sommes pas contre une société plualiste, nous sommes contre une tour de Babel. Les immigrants sont bien acceuillis au Québec, tout ce qu'on leur demande, c'est de respecter notre langue et notre culture. Pour ce faire, ils doivent s'intégrer et non pas se gettoïser. Qu'ils côtoient leur parenté établie au Québec, ça va, mais se réfugier dans leur famille élargie ne peut pas favoriser leur intégration. Il faut donc que les immigrants acceptent de s'installer dans ds villes ciblées en dehors des grands centres pour mieux y arriver. Ce qui ne semble pas être un problème dans le reste du Canada (ROC) en est un our le Québec en raison du combat continuel que nous devons livrer pour conserver notre langue et notre culture en tout temps menacées. Ce n'es pas parce que nou voulons nous replier sur nous-mêmes, c'est une question de survie.

  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 8 février 2010 09 h 17

    Anti-intellectualisme

    Et voilà, les intellectuels universitaires qui connaissent la question se prononcent finalement en publiant le manifeste pour un Québec pluraliste, alors qu'ils ont été singulièrement absents lors des débats entourant la Commission Bouchard-Taylor. Les commissaires le leur reprochèrent d'ailleurs dans leur rapport final. L'existence d'un courant nationaliste conservateur se confirme ici à la lecture du texte publié ici. Ses représentants utilisent comme arme de combat l'épithète de "tendancieux". J'aimerais qu'on me définisse la différence entre une tendance et un courant.
    En tant que lecteur attentif et athée, je considère que le manifeste pour un Québec pluraliste est équilibré, et fondé. Ses auteurs nous invitent somme toute à délaisser le recours aux chartes des droits, qu'on utilise à toutes les sauces, en particulier nos leaders politiques qui se cachent derrière et s'épargnent ainsi le risque de décider. Après tout gouverner c'est choisir. Ce n'est donc pas ce qu'ils cherchent.
    À ce sujet, je recommande hautement la lecture de l'article intitulé "Quand les droits de l'homme deviennent une politique" du philosophe Marcel Gauchet dans "La démocratie contre elle-même, Tel Gallimard, 2002". Mais il s'agit ici encore de l'un de ces intellectuels, qui n'ont pas très bonne presse au Québec. On les traite généralement de professeurs Tournesol dans les médias. Mais si on est nationaliste et en amour avec son patrimoine, cela nous autorise à déclarer tendancieux toute idée moyennement complexe.