La liberté d'expression menacée

Monsieur le Premier Ministre Stephen Harper,

La Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH) et son organisation membre au Canada, la Ligue des droits et libertés, souhaitent par la présente exprimer leur vive et profonde inquiétude quant aux récents événements et à la crise qui sévit actuellement au sein de l'organisation Droits et Démocratie.

Plusieurs médias ont fait état de commentaires et de décisions prises par les membres du conseil d'administration de Droits et Démocratie portant atteinte à la réputation d'organisations non gouvernementales comme Al Haq et B'Tselem, organisations membres de la FIDH dans les territoires palestiniens occupés et en Israël. L'un des principaux enjeux, qui est aussi source de controverse, est l'octroi de fonds par Droits et Démocratie à ces organismes considérés par certains membres du conseil d'administration comme «douteux». De plus, les allégations qualifiant ces organisations ou leurs membres de «terroristes» sont très préoccupantes.

Reconnaissance

Al Haq et B'Tselem jouissent d'une reconnaissance internationale pour leur travail de défense des droits de la personne en Israël et dans les territoires palestiniens occupés.

Leurs dirigeants, parmi lesquels Shawan Jabarin, directeur général d'Al Haq, avocat réputé et ardent défenseur des droits de la personne directement visé par des remarques diffamatoires, sont reconnus pour l'excellence, le sérieux et l'objectivité avec lesquels ils mènent leur travail de documentation des violations commises par les différents acteurs présents dans les territoires palestiniens.

Leur mission est de protéger les droits de tous les individus, sans discrimination aucune.

Al Haq, B'Tselem, ainsi que le Palestinian Centre for Human Rights (PCHR), l'Association for Civil Rights in Israel (ACRI), le Public Committee Against Torture in Israel (PCATI) et Adalah sont membres de la FIDH depuis plusieurs années et la FIDH garantit leur grand professionnalisme.

Soutien réitéré

Au moment même où débutait cette affaire au Canada, la FIDH, en collaboration avec ces organisations membres à Tel-Aviv, Jérusalem, Haïfa et Ramallah, effectuait une mission en Israël et dans les territoires palestiniens sur la mise en oeuvre des recommandations du rapport Goldstone. La FIDH a constaté une fois de plus à quel point le travail réalisé par Al Haq et B'Tselem était sérieux, professionnel et rigoureux.

La FIDH et son organisation membre au Québec, la Ligue des droits et libertés, souhaitent réitérer publiquement leur soutien à Al Haq et B'Tselem.

Par ailleurs, la FIDH et la Ligue des droits et libertés insistent auprès des autorités gouvernementales canadiennes pour que soit assurée l'indépendance de Droits et Démocratie afin que cette organisation puisse poursuivre sa mission en dehors de toute ingérence politique, ce qui n'est manifestement pas le cas actuellement.

*****

Souhayr Belhassen et Dominique Peschard - Respectivement présidente de la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme et président de la Ligue des droits et libertés

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2 commentaires
  • michel lebel - Inscrit 4 février 2010 09 h 29

    La primauté des droits et libertés

    Le gouvernement conservateur actuel est bien idéologiquement campé. Ce qui est tout à fait légitime, mais peut poser problème lorsqu'il traite avec un organisme chargé de défendre les droits de la personne au plan international. Mais de fait, pour un tel organisme, la seule "idéologie" qui doit primer, c'est celle de la défense universelle des droits de l 'Homme. Primer chez le personnel et le conseil d'administration, comme dans tous les secteurs d'activité de l'organisme. Droits et démocratie doit toujours veiller scrupuleusement sur cete primauté.

    Michel Lebel
    Ancien professeur des droits et libertés de la personne

  • Gebe Tremblay - Inscrit 4 février 2010 10 h 05

    L'occident fasciste

    Quand on est rendu à devoir défendre la liberté et les droits des organismes chargés de défendre les libertés et droits des personnes, c'est que les personnes n'ont plus cette liberté ni ces droits en occident.

    La preuve est toutes ces personnes emprisonnées actuellement en occident pour délit d'opinion et dont aucun organisme de défense des droits internationaux ne prennent la défense.