Éthique et culture religieuse - Un outil de citoyenneté

Plusieurs détracteurs du cours Éthique et culture religieuse (ECR) profitent actuellement de la confusion entourant les débats sur l'identité nationale, la laïcité, les accommodements raisonnables et les manifestations religieuses dans l'espace public pour mener la charge contre ce nouveau cours. Pour le Centre justice et foi, qui réfléchit depuis longtemps à la place de la religion et des enjeux de sens à l'école, cela est déplorable.

Les questions soulevées présentement au Québec sur les fondements et le cadre de notre vivre-ensemble sont exigeantes et complexes. Il est donc crucial d'outiller les nouvelles générations pour ces défis qui ne pourront d'ailleurs que s'accentuer. Les jeunes Québécois ont besoin de développer une compréhension des phénomènes religieux qui — qu'on le veuille ou non — seront au coeur des enjeux sociopolitiques du XXIe siècle. Ce qui implique, bien sûr, de pouvoir aussi critiquer et remettre en question certaines manifestations du religieux.

Les jeunes ont également besoin d'expérimenter la pratique du dialogue civique et de l'interrogation éthique dans une société où plus personne ne peut se soustraire au pluralisme des visions du monde et des valeurs. Ce qui implique, entre autres, de dépasser la dichotomie croyants/non-croyants pour se situer d'abord comme des citoyens capables de s'enrichir mutuellement dans la recherche du bien commun. C'est pourquoi la récente introduction dans toutes nos écoles de ce programme ECR est une avancée fondamentale et nécessaire. Dans ce contexte, il nous apparaît aussi démagogique que malhonnête de brandir l'épouvantail du «multiculturalisme à la Trudeau» pour dénigrer ce cours.

Que proposent les détracteurs du cours ECR?

- Revenir à l'ancienne formule? Il faut tout de même se rappeler que l'enseignement confessionnel à l'école a été un échec pédagogique. Les jeunes qui l'ont reçu n'ont pratiquement rien assimilé de notre patrimoine religieux. Et de nombreux professeurs enseignaient alors un contenu auquel ils n'adhéraient pas. Socialement et politiquement, cette voie n'est plus praticable. Et pour les croyants, elle n'est même plus souhaitable puisque le défi de la prise en charge de l'éducation de la foi par les paroisses s'est avéré finalement fort positif.

- Abolir purement et simplement ce cours? Ce serait opter pour une «laïcité scolaire d'incompétence», car la mission d'instruction et de socialisation de l'école québécoise ne saurait se réaliser dans l'ignorance du fait religieux, pas plus que dans la méconnaissance des remises en question de ce dernier par la pensée séculière. Par quel moyen, si ce n'est par le biais du cours ECR, les élèves pourront-ils se familiariser sérieusement et développer peu à peu une intelligence critique des religions qui marquent l'histoire, la culture et le présent de nos sociétés? [...]

- Enseigner toutes les religions ou offrir un régime d'exemption au cours ECR? Voilà justement ce qui serait une option typique du «multiculturalisme» tant décrié au Québec! À l'opposé de cette logique de la mosaïque où chacun s'enferme dans son identité, le cours ECR rassemble plutôt les élèves au sein d'une même activité d'apprentissage. Il contribue ainsi de deux façons à la cohésion sociale. D'abord, en permettant à l'ensemble des jeunes de développer une véritable connaissance du patrimoine religieux québécois qui fait partie, avec ses ombres et ses lumières, de l'identité et de la culture nationales. Ensuite, en favorisant chez ces élèves issus de tous les horizons l'habitude du dialogue éthique et civique.

Vigilance et correctifs

Bien sûr, le cours ECR n'est pas parfait. Il amorce à peine sa deuxième année de mise en oeuvre. Il faut donc lui donner la chance de faire ses preuves tout en demeurant vigilant et en exigeant déjà les correctifs qui s'imposent.

Il va sans dire, par exemple, que la formation des maîtres demeure un défi de taille et que l'effort consenti jusqu'à maintenant pour parfaire cette dernière doit se poursuivre et s'approfondir. La posture pédagogique exigée par ce cours est très complexe: il s'agit, en classe, d'aborder avec respect, ouverture et gradualité la diversité du fait religieux et de la réflexion éthique, sans tomber pour autant dans le prosélytisme, la complaisance ou le relativisme.

À cet égard, il faut mettre en place des structures d'accompagnement et de soutien des maîtres beaucoup plus solides. Par ailleurs, le matériel pédagogique mis à la disposition des professeurs et des élèves semble encore insuffisant et de qualité inégale. Un examen rigoureux et une amélioration des ressources s'imposent en ce domaine. Enfin, certaines inquiétudes ont pu être soulevées quant au respect de la place prépondérante qui devait être accordée, dans le volet «culture religieuse» de ce cours, à la connaissance des traditions fondatrices que sont d'abord le christianisme, puis le judaïsme et les spiritualités autochtones. Il faut veiller davantage au respect de cette orientation fondamentale du programme.

Malgré des limites qui peuvent être corrigées, le cours ECR demeure un outil essentiel pour former les citoyens de demain. Au lieu de l'instrumentaliser au profit d'autres débats et de lui faire ainsi un mauvais procès, demandons-nous plutôt comment contribuer à son amélioration et à la réussite de son implantation.

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Élisabeth Garant - Directrice du Centre justice et foi

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24 commentaires
  • Pierre Zwngli - Inscrit 3 février 2010 00 h 59

    Enfin !

    Enfin un groupe non gouvernemental et qui ne reçoit pas de subside qui est en faveur du programme ECR.

    Les jésuites du Centre justice et foi... Pas sûr que ce soit rassurant.

    Pas tous les jésuites, notez, ceux de Loyola sont contre l'implantation obligatoire de ce cours gouvernemental...

  • René Girard - Inscrit 3 février 2010 01 h 11

    Les défis vont s'accentuer

    Qui se surprendra d'une telle prise de position par un organisme catholique comme le Centre justice et foi? Car même s'il n'affiche pas une approche radicale comme le ferait un monsieur Ouellet, empourpré cardinaliste qui souhaiterait le retour de l'enseignement catholique mur à mur, ainsi que le comité des parents catholiques, même s'il ne le dit pas aussi clairement et effrontément, le Centre justice et foi se porte à la défense du supposé patrimoine religieux qui n'est autre qu'une partie de l'histoire seulement, celle d'une hégémonie religieuse dont, malheureusement, nous avons pas encore fini de nous débarrasser. Autrement dit, on n'a pas fini la job commencé dans les années '60 qui était de sortir la religion de nos écoles. On a déconfessionnalisé pour mieux réintroduire. Et on a construit un mythe. Celui-ci s'arrime aux valeurs nationalistes qui ont fait les belles heures du fasciste Lionel-Groulx. Mais ça on va le taire. Et surtout ne parlons pas du dieu vengeur, du dieu partial, de l'Église catholique qui s'enrichit en racontant des histoires à dormir debout. Ben non! Couvrons plutôt les horreurs du Livre pour dire que les québécois vivent dans un jardin d'Éden. La Parousie c'est pour bientôt. Le Messie revient bientôt ne vous en faites pas, croyez-y c'est tout proche. Ça fait deux mille ans que la religion catholique raconte les mêmes espérances inutiles et complètement nocives pour les enfants.

    Le patrimoine religieux est un mythe qui favorise une méconnaissance des paroles, des discours, des faits et gestes nombreux de nombreux libres penseurs éclairés à d'autres lumières que l'étroite et obscure éducation catholique, qui ont dénoncé l'hégémonie d'une religion catholique qui occupait toute la place, en cela qu'elle favorisait une éducation axée sur une morale aliénante dont nous avons commencé à sortir à partir des années '60. Mais à voir la façon dont les nostalgiques religieux s'acharnent à vouloir faire revivre cet 'âge d'or' de l'ignorance par la mise en place d'un cours qui ne dit pas la vérité sur notre passé à travers la construction d'un mythe, il y a lieu de s'inquiéter.

    La religion divise, il suffit de le constater dès maintenant pour en avoir la preuve. La laïcité ouverte [aux religions] est l'élément perturbateur qui permet ce retour du religieux dont les véritables laïques ne veulent pas. Qu'on enseigne la place de la religion dans un cours d'histoire qui sait faire la part des choses et qui montre vraiment ce qu'est la religion, un cours qui dit la vérité sur les horreurs commises par la religion et qu'elle commet encore aujourd'hui dans les pays où elle peut exercer un pouvoir politique, comme en Amérique latine, en Haïti, en Afrique. Et pas seulement la religion catholique mais aussi les autres religions comme on le constate de nos jours dans les théocraties islamistes.

    Je vous donne raison sur une chose, lorsque vous dites que les défis vont s'accentuer pour les nouvelles générations. Avec un tel cours c'est certain. Et la confusion sera encore plus grande

    Je persiste à dire que ce cours est inutile et n'apporte rien de bon à nos enfants. Surtout qu'on les oblige à suivre un tel cours c'est une aberration, un outrage à l'humanité.

  • nonauracisme - Inscrit 3 février 2010 01 h 16

    Le vivre en commun et en unite demande la connaissance de l autre.

    Comment voulez vous qu on vivent ensemble au quebec si on ne connait pas le parcours et la culture des autres.Une petite connaissance des religions be tuera pas personnes, au contraire les enfants auront un esprit critique plus ouvert.

  • michel lebel - Inscrit 3 février 2010 06 h 00

    Un cours "excessif"

    Je me demande toujours pouquoi ce cours est donné dans toutes les années du primaire et du secondaire. Ça me paraît nettement excessif. Il me semble qu'un cours au primaire(à la fin) et un autre au secondaire(vers la fin) serait suffisant. Autrement je crains les redites et un désintérêt général. Bref trop c'est trop!

  • Isabelle Gélinas - Inscrite 3 février 2010 06 h 59

    Que sont nos enfants,des cobayes?

    Lorsque je lis sur ce fameux cours, je sursaute toujours lorsque ses promoteurs y vont d'un «Bien sûr, le cours ECR n'est pas parfait. Il amorce à peine sa deuxième année de mise en oeuvre. Il faut donc lui donner la chance de faire ses preuves tout en demeurant vigilant et en exigeant déjà les correctifs qui s'imposent.»

    Mais alors, les enfants et les adolescents qui suivent ce cours depuis deux ans, que sont-ils donc? Des cobayes?

    On n'accepterait pas que des sociétés automobiles vendent des prototypes n'ayant pas fait leurs preuves aux consommateurs. Entre-temps, nous laissons nos enfants suivre un cours dont ni le matériel, ni la formation des maîtres, ni le contenu général ne sont au point. Quel respect pour notre jeunesse, vraiment!