Un excellent projet, mais un mauvais mandat d'étude

Un exemple d’usine de recyclage de déchets organiques au Japon
Photo: Agence Reuters Yukiro Nakao Un exemple d’usine de recyclage de déchets organiques au Japon
Il n'y a rien à reprocher à l'étude de faisabilité de la firme de consultants Collectivités écologiques du Bas-Saint-Laurent; le problème, c'est que ce n'est pas la bonne étude.

Elle ne compare pas les bons types de projets. On n'y considère que la valorisation des déchets organiques, et non la production de biocarburant également, qui faisait partie intégrante du projet finalement sélectionné. Du coup, cela invalide cette étude parce que l'on compare un projet qui inclut valorisation des déchets et production énergétique avec d'autres projets qui n'ont que de la valorisation de déchets. Pourtant, cette valorisation des déchets organiques à des fins de production de bioénergie s'inscrit tout à fait dans l'un des objectifs du projet de politique de gestion des matières résiduelles du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP).

Le projet sélectionné est un modèle qui illustre parfaitement la vision du MDDEP: de propriété publique, il permet de détourner les matières putrescibles en produisant à la fois du fertilisant de haute qualité et du biométhane. On peut penser que le MDDEP va se servir du projet de Rivière-du-Loup pour faire la promotion de son programme de biométhanisation auprès d'autres municipalités ou MRC québécoises.

Si l'étude de faisabilité doit être rejetée, c'est qu'elle n'a pas reçu le bon mandat: celle-ci aurait dû comparer diverses propositions incluant à la fois la gestion des déchets, la production de biocarburants et la propriété publique. Par exemple, l'étude aurait pu comparer des projets de production d'éthanol et de biodiesel issus de matières résiduelles et de boues usées, d'où le projet de biométhanisation serait sans doute sorti gagnant.


Paramètres significatifs

En comparant des projets semblables à celui du projet sélectionné, les paramètres de l'étude de faisabilité auraient pu inclure des questions de développement durable plus significatives et plus inclusives. À titre d'exemple, parmi les questions à caractère économique, on aurait pu évaluer les coûts liés à la conversion vers le biogaz des véhicules convertis au biogaz/gaz naturel. Cependant, on aurait alors calculé aussi les économies réalisées par le remplacement du diesel/essence par le biogaz/gaz naturel et les crédits d'émissions de GES.

En ce qui concerne le caractère social des projets, y compris la production de biocarburants, on aurait pu évaluer l'impact combiné sur les communautés locales d'un projet de propriété publique. Il aurait alors fallu tenir compte de l'impact des projets comparés sur la gestion des matières résiduelles et sur la production d'un carburant alternatif moins nocif pour la santé et l'environnement.

Bien entendu, toute la question de la gestion locale de la production et de l'utilisation de l'énergie ainsi que l'amélioration des relations rurales/urbaines auraient pu être considérées également. Ce sont des bénéfices inhérents à ce type de projet. Il est à noter que de tels critères non économiques sont de plus en plus utilisés dans les appels d'offres gouvernementaux, dont l'éolien.

En matière d'environnement, les données auraient dû inclure également deux éléments: la diminution totale des émissions de GES liées au transport local des matières résiduelles et la diminution de la quantité de combustibles fossiles qui n'ont pas à être transportés pour utilisation dans les véhicules au biogaz.


Le défi d'innover

La MRC et la ville de Rivière-du-Loup ne peuvent être blâmées d'avoir choisi un autre projet que celui proposé par l'étude. Cette décision d'aller à l'encontre des résultats d'une étude dont ils avaient défini le mandat est normale et de bon augure. Dans un contexte où il s'agit d'un premier projet de biogaz comme biocarburant au Québec et que celui-ci s'inscrit véritablement dans une optique de développement durable, il faut pouvoir changer d'idée.

La mise en valeur du biogaz comme biocarburant n'est pas chose facile, et ce, parce qu'il est peu connu. On le confond régulièrement avec l'éthanol, et peu de gens savent qu'il est utilisé en transport depuis plusieurs années dans plusieurs pays européens; son marché est particulièrement développé en Suède. La bonne nouvelle, c'est que l'on peut constater qu'à travers de telles expériences, le Québec cherche à faire émerger des projets qui améliorent la qualité de vie de ses communautés.

En même temps, nous nous familiarisons progressivement avec des processus innovateurs qui sont issus d'une vision plus globale qui, espérons-le, pourra régler plusieurs problèmes à la fois. En innovation, le principe de base est le «droit à l'erreur»; il faut également avoir la volonté de sortir d'une vision «en silo» pour favoriser des projets plus visionnaires.

En choisissant de subventionner ce projet de biométhanisation, c'est exactement ce qu'ont fait tous les paliers de gouvernement (Canada, Québec, MRC, ville), et en collaboration avec l'entreprise privée.

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Kim Cornelissen - Consultante en développement régional et international

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1 commentaire
  • Baron Isabelle - Inscrite 1 février 2010 08 h 32

    Biogaz et bio-éthanol... Bravo!!

    Voilà un bel exemple de santé administrative. La clarté d'esprit démontré en choisissant d'aller de l'avant avec un tel projet est très encourageante pour l'avenir. La biométhanisation est une façon très courante en Europe de tirer profit de déchets organiques qui autrement contribuerais à l'émanation de méthane. Concernant les déchets municipaux d'autres sortes, l'entreprise Québécoise Énerkem à élaborer un processus pour produire du bio-éthanol de façon rentable. Des solutions d'avenir à notre porté.

    Bravo encore pour votre clairvoyance!!