Entreprises d'économie sociale en aide domestique - Le besoin d'engagements véritables

Tout juste avant Noël, il a été largement question d'une manœuvre odieuse de la part de la ministre déléguée aux Services sociaux, Mme Lise Thériault, qui avait annoncé, en octobre, un «investissement» de 3,5 millions de dollars dans un programme de soutien à la clientèle des entreprises d'économie sociale en aide domestique, qui s'est transformé, au mois de décembre, en un «réaménagement budgétaire à l'intérieur du programme».

Au-delà de ce cadeau de Noël empoisonné que la ministre lègue à des milliers d'aînés démunis, des personnes en perte d'autonomie, des personnes vulnérables en général, des milliers de travailleuses dévouées et sous-payées et des entreprises à but non lucratif, il y a des enjeux de société fondamentaux que nous avons perdus de vue. Les entreprises d'économie sociale en aide domestique (EÉSAD) jouent-elles, oui ou non, un rôle de premier plan dans notre choix d'offrir aux plus vulnérables de demeurer dignement le plus longtemps chez eux? Pouvons-nous nous passer aujourd'hui de ces 6000 emplois répartis sur l'ensemble du territoire du Québec qui permettent à nos aînés et à leurs familles de continuer à vivre dans leur collectivité, plutôt que d'être condamnés à se déplacer dans les grands centres?

Bouts de chandelle

Nous pouvons bien reprendre le débat sur la base des chiffres, et le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) fera valoir son interprétation d'«investissements continus». La réalité est que ce secteur d'activité, choisi par le gouvernement pour être un partenaire dans l'offre de services essentiels il y a 12 ans, vit depuis lors une situation d'économies de bouts de chandelle.

Au fil des ans, le gouvernement n'a répondu qu'en tentant de remplir les nids-de-poule qui se sont présentés un à un, souvent en devant refaire le travail l'année suivante. Dans les faits, le principal programme de soutien à la clientèle n'a même pas un réel titulaire au gouvernement, étant tout simplement rattaché à des crédits débloqués par le Conseil du trésor chaque année, dévolus au MSSS et administrés par les entreprises.

Là, nous touchons au fond des choses, puisque la vision à long terme tant nécessaire pour concevoir un partenariat durable et viable avec les EÉSAD ne relève finalement de la responsabilité de personne au gouvernement. Mme Thériault a dit en décembre qu'elle n'était pas dans la «business» de soutenir des entreprises, mais plutôt de venir en aide à la clientèle. Elle ne semble pas avoir compris que le tiroir de la clientèle et celui des entreprises font partie du même meuble. Dégarnir l'un pour garnir l'autre ne règle rien.

Manque d'intérêt

Si les entreprises ne sont pas viables, c'est la clientèle qui écope, avec des hausses de tarifs que les EÉSAD ne veulent pas imposer, sauf qu'elles n'ont plus d'autre choix. En l'absence de conditions de travail décentes et concurrentielles avec le marché noir, c'est la clientèle qui en fait aussi les frais. Si les plus démunis et les plus vulnérables de notre société n'arrivent plus à se payer les services, ce sont donc l'État et la société en général qui sont largement perdants, et pas uniquement d'un point de vue financier.

Donc, si Mme Thériault ne s'intéresse pas aux enjeux généraux auxquels font face les EÉSAD, qui au gouvernement s'y intéresse? Les EÉSAD ont bien senti que toutes leurs démarches déployées depuis des mois pour sensibiliser la ministre à leurs besoins ont abouti à de faux millions insuffisants et à une promesse brisée de n'avoir gravi qu'une première marche. Elles doivent maintenant en appeler au premier ministre afin qu'il intervienne. D'autant plus que les EÉSAD répondent à un ensemble de défis soulevés présentement par le gouvernement, soit le défi de réduire la pression sur les services publics liés à la courbe démographique, le défi de l'occupation du territoire, le défi de la lutte contre l'évasion fiscale et le défi de la création d'emplois. Pouvons-nous, comme société, nous permettre de mettre en péril les résultats de cette mobilisation citoyenne exemplaire et son approche entrepreneuriale solidaire?

La demande actuelle des EÉSAD en vue d'obtenir 15 millions de dollars pour le programme d'aide à la clientèle trouve son sens uniquement dans une volonté de rattraper l'augmentation du coût de la vie depuis 12 ans. Il est impératif que cette somme se retrouve dans le budget du gouvernement en mars 2010. Beaucoup de travail restera à faire ensuite pour assurer l'offre de services de qualité, des conditions de travail décentes et des entreprises partenaires viables. L'engagement du gouvernement actuel de faire de chez soi le premier choix en dépend en grande partie.

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Nancy Neamtan - Présidente-directrice générale du Chantier de l'économie sociale