De Copenhague à Sept-Îles - Le Québec, terre d'avenir pour le nucléaire

Le charbon, le gaz et le nucléaire seront à l’ordre du jour au moins pour les trois prochaines décennies, avec les risques que cela comporte. Et, parmi ces trois sources d’énergie, seul le nucléaire ne produit quasiment pas de CO2.
Photo: Agence Reuters Ints Kalnins Le charbon, le gaz et le nucléaire seront à l’ordre du jour au moins pour les trois prochaines décennies, avec les risques que cela comporte. Et, parmi ces trois sources d’énergie, seul le nucléaire ne produit quasiment pas de CO2.

L'information offre parfois des télescopages saisissants. Ainsi, on a pu disposer en même temps des images de la Conférence sur les changements climatiques tenue à Copenhague et de celles des citoyens de la ville de Sept-Îles à propos d'un projet d'exploration de l'uranium. Ces deux enjeux peuvent paraître de nature différente, entre la gouvernance climatique de la planète et celle, plus locale, des ressources minières du Québec. Mais ils sont fortement interreliés et illustrent les difficultés d'une réconciliation entre le mondial et le local.

Le défi de Copenhague est bien connu. La planète connaît un réchauffement climatique très sensible depuis le début du XIXe siècle. Au meilleur de notre connaissance scientifique, ce réchauffement est corrélé avec l'essor économique issu de la Révolution industrielle et avec la croissance des besoins énergétiques. Les activités de production et de transformation, les transports, les besoins de chauffage et de climatisation et, depuis peu, les nouvelles technologies exigent des quantités d'énergie de plus en plus importantes.

Et non seulement les besoins par personne augmentent en moyenne, mais le nombre de personnes lui-même est en forte augmentation, jusqu'à neuf milliards d'habitants dans quarante ans. La demande est là, aujourd'hui, chez nous, plus forte encore chez nos voisins et partenaires. Pour illustrer cette fantastique demande d'énergie dans le monde, on aura besoin de produire l'équivalent de 30 Baie-James par an pour combler les besoins du monde dans la prochaine décennie.


Agir sur la production

Comment répondre aux défis de l'énergie? Il n'y a que deux méthodes: en produire plus, en consommer moins. Les Canadiens et les Québécois consomment deux fois plus d'énergie par habitant qu'un Européen, sept fois plus qu'un Brésilien, vingt fois plus qu'un Marocain. Nous devrons absolument agir sur notre consommation, en particulier en choisissant des démarches écoénergétiques plus collectives, notamment pour le transport. C'est possible, puisque plusieurs pays européens ont réduit leur consommation d'énergie de manière significative après l'augmentation des prix du pétrole en 1973.

Il y a place à beaucoup de progrès en Amérique du Nord et dans les autres pays développés. Mais cela ne suffira pas pour répondre à la soif énergétique du monde. Il faut donc se pencher vers une augmentation de la production. Toutes les prévisions convergent vers le fait que l'humanité aura besoin de toutes les sources d'énergie renouvelables (hydraulique, éolien, géothermique, photovoltaïque) et non renouvelables (combustibles fossiles, énergie nucléaire) pour répondre aux besoins.

On peut toujours croire à l'émergence d'une civilisation stationnaire, sans progrès, ou rêver seulement à une mutation vers une humanité autosuffisante en énergie, gardant ses ressources fossiles pour les futures générations. Mais cela exigerait des changements technologiques et sociaux qui prennent des décennies... Le charbon, le gaz et le nucléaire seront donc à l'ordre du jour au moins pour les trois prochaines décennies, avec les risques que cela comporte. Et, parmi ces trois sources d'énergie, seul le nucléaire ne produit quasiment pas de CO2.


Le défi de Sept-Îles

Cela nous amène au défi de Sept-Îles. On peut avoir de la sympathie pour un mouvement collectif s'appropriant des enjeux de développement local et visant à protéger la santé publique. A-t-on vraiment besoin d'une exploration de l'uranium à quelques dizaines de kilomètres de la ville? Le Québec, avec ses ressources hydroélectriques abondantes, a-t-il besoin d'une industrie nucléaire allant de la production d'uranium à des réacteurs nucléaires producteurs d'électricité?

La réponse est forcément complexe et doit prendre en compte quelques faits têtus. Le premier est géologique et concerne la disponibilité de l'uranium sur les continents: nous vivons sur un vieux socle rocheux, formé il y a plus de trois milliards d'années, qui a accumulé l'uranium. Les cartes du ministère des Ressources naturelles et de la Faune du Québec le montrent clairement: il y a de l'uranium plein les ruisseaux de la Côte-Nord, du Moyen Nord et même du Grand Nord. Ce métal était là avant nous, et nous vivons avec lui comme nous vivons aujourd'hui avec la neige et le froid.

Le second fait têtu est de nature plus politique. L'uranium est une substance stratégique, un produit que personne ne souhaite voir entre n'importe quelle main. C'est pourquoi les mines d'uranium n'ont été ouvertes que dans des pays développés (Canada, Australie), ou au milieu de déserts peu accessibles (Namibie, Niger, Kazakhstan).

De plus, il faut avoir un savoir-faire technique très avancé pour concentrer la partie énergétique, l'isotope 235, qui ne représente que 0,7 % de l'uranium total. C'est donc une activité de pays développés, de pays qui ont les moyens d'assurer une gestion sécuritaire du combustible nucléaire. Les Soviétiques ont montré qu'ils n'en ont pas toujours été capables; à l'inverse, les Français et les Japonais ont pleinement démontré la faisabilité du nucléaire depuis plus de 40 ans.

Le Québec fera donc face à de nombreux questionnements dans les années qui viennent. Pourrait-il, par exemple, refuser de s'intéresser à ses ressources en uranium, fermer la centrale de Gentilly et perdre ses compétences en physique nucléaire? Devrait-on en faire un sanctuaire dénucléarisé et laisser les autres, en particulier nos voisins du Sud, se débrouiller avec leurs besoins énergétiques? Laisser le nucléaire à quelque dictature médiévale?

Ou, à l'inverse, prolonger la politique d'indépendance énergétique du Québec, basée sur l'hydroélectricité, par une politique de valorisation de nos ressources géologiques en uranium et l'utilisation de nos savoir-faire?

Ce débat, majeur, ne fait que commencer.

Dans un monde aux frontières de plus en plus poreuses, chaque pays a le devoir de contribuer à la résolution des problèmes mondiaux, avec ses compétences, ses valeurs positives et ses ressources naturelles. Comme d'autres provinces du Canada, le Québec dispose d'un potentiel élevé en uranium, d'une stabilité politique et d'une population éduquée. La combinaison de ces trois paramètres en fait une terre d'avenir pour le nucléaire, un pays qui pourrait contribuer, quand le moment sera venu, à la satisfaction des besoins énergétiques de notre planète.

Nous pouvons le craindre ou le souhaiter. Mais il importe aujourd'hui de bien en comprendre tous les éléments, d'en analyser les risques et les bénéfices, à l'échelle locale et mondiale, et de se prononcer sereinement.

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Michel Jébrak - Professeur, département des sciences de la Terre et de l'atmosphère, Université du Québec à Montréal
9 commentaires
  • jean-remy Marceau - Inscrit 29 décembre 2009 11 h 40

    monsieur le PROFESSEUR

    Bonjour le probleme planétaire dans votre tete est : La planète connaît un réchauffement climatique très sensible depuis le début du XIXe siècle .
    Oui Certe mais il ne faut pas regler un probleme avec un autre ! Le nucléaire???Asser ridicule comme sollution ! Les centralles ne savent meme pas comment se débarasser de leur carotte usagé . Les fameux déchet nucléaire , ils les enfouies dans des piscines et les laisse décharger leur radiation dans l'air vous aller me dire non la solution dans la piscine est la meilleur facon pour diminuer le plus possible les émanation de radiation , Oui mais ce n'est pas suffisant ! Le nucléaire Créé des déchet comme tous ceux qui croit que c'est une solution ! Vous n'avez pas pensez a des VRAIS sollution écologique bande de pathétique personnage comme les éoliennes ou l'énergie solaire . Tous des solution sans déchet et qui ne créé PAS de probleme ! voici une autre de vos citation: le nucléaire ne produit quasiment pas de CO2.
    La sollution n'est pas de créé AUCUN co2 ?? solution : solaire , éolienne !
    C'est du monde comme VOUS qui vas mener la planete a sa fin !

  • Raphaël Labrosse - Inscrit 29 décembre 2009 14 h 03

    Enfin!

    Bravo! Il y a longtemps déjà que j'appuie cette idée: le nucléaire, une partie de la solution en besoin d'énergie. Et en plus, cet article est écrit en français, c'est-à-dire de façon claire, très loin du style vaseux qu'emploient souvent les défenseurs de son interdiction. Il est temps qu'un cesse de répéter des slogans publicitaires pour « sauver la planète ». La terre se transforme depuis des milliards d'années et elle s'en moque éperdument de nos minables efforts.

  • Philippe Landry - Inscrit 29 décembre 2009 14 h 08

    Un mauvaise stratégie d'affaire

    Premièrement, il est ridicule qu' Hydro-Québec mise sur la filiale nucléaire à Gentilly et au Nouveau Brunswick car d'un point de vue strictement financier, nous perdons énormément d'argent pour produire de l'électricité nucléaire dont le coup est bien supérieur aux prix de l'électricité d'origine hydraulique. En fait, si je ne m'abuse, la décision de développer le nucléaire au Québec est commandée par le gouvernement fédéral et constitue une contribution Québécoise à l'effort de guerre canadien (à vérifier)

    Deuxièmement, l'exploitation de nos ressources d'uranium est tout aussi insensée au point de vue affaire, puisque 1- le Québec ne retire aucune redevance de l'exploitation minière sur son territoire, et 2- exporter de l'uranium contribue à faire diminuer les prix de celui-ci sur le marché, ce qui rend notre l'hydro-électricité d'autant moins compétitive.

    Comme on peut voir, développer la filiale nucléaire constitue tout simplement une mauvaise décision d'affaire, et l'environnement n'a strictement rien avoir avec cette réalité.

  • lefoudunord - Inscrit 29 décembre 2009 15 h 03

    comment nous sommes arrivé la!

    Texte paru dans un journal de Sept-iles l'hiver passé.
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    Comment en sommes nous arrivé là.

    Je crois que ça a commencé avec le feu. Un jour, il y a des milliers d’années, l’homme inventa le feu. Tous firent heureux de pouvoir se réchauffer quand ils le voulaient et où ils le voulaient. Un jour, un homme perdit le contrôle de son feu. Il embrasa la forêt et toute sa tribu. Voyant que tout son bois était disparu et que le gibier s’était sauvé, il se dit:” Le feu, c’est bien! Mais ça peut être dangereux aussi”. Des milliers d’années plus tard, un homme inventa l’électricité. Tous firent heureux de pouvoir mettre de coté la lampe à l’huile pour s’éclairer. Mais certains poussèrent le voltage de plus en plus haut et un jour un homme mourra électrocuté. Voyant son collègue mort, un homme s’est dit:” L’électricité, c’est bien! Mais ça peut être dangereux aussi” ! Plus prêt de nous, il n’y a pas si longtemps, on découvrit l’amiante. Ininflammable, tissable, léger, un minerai si révolutionnaire, qu’on en fit des habits de pompier. Mais un jour, on découvrit que l’amiante peut donner le cancer. Un médecin voyant des mineurs tomber comme des mouches, se dit:” L’amiante, c’est bien! Mais ça peut être dangereux aussi”! Encore plus prêt de nous, on découvrit l’uranium. Un minerai aux propriétés intrigantes. Il semble dégager de l’énergie. Des scientifiques étudièrent se minerai sous toutes ses facettes. Marie Curie en paya de sa vie. Mais ce n’étais rien comparer à toute les possibilités qu’il offre. Ils ont découvert que bien contrôlé et concentré, il produit de la chaleur. Assez pour produire de l’électricité. Un jour, à force de purifier se minerai, ils en firent une bombe. La bombe "A". Voyant la capacité destructeur de l’uranium un homme se dit:” L’uranium, c’est bien! Mais ça peut être dangereux aussi.” Mais les scientifiques ne s’arretèrent pas à ça. Ils ont étudiés se minerai sans relâche. Au fil des années ils découvrirent des propriétés médicinals à ce minerai. La décomposition de l’uranium produit des isotopes qui sont aujourd’hui nécessaire à la médecine. En fait, demandez a n’importequel médecin à quel point la médecine nucléaire a révolutionnée le traitement de certain cancer ou à la détection de problème vasculaire comme les AVC! Posez la question à vos proches et vous constatrez qu’on a tous un être cher qui a bénéficié de la médecine nucléaire.

    Aujourd’hui, un groupe milite contre l’exploitation d’une mine d’uranium au nord de Sept-iles. Imaginez si toute les communautés à travers le monde, vivant prêt de tels mines, faisaient de même. Tout les bienfaits de l’uranium, mis au rancart. Et si la seul mine d’uranium restante était la notre. Est-ce que les militants anti-uranium seraient capables de se regarder dans le miroir, lorsqu’ils verront un de leur proche mourir parce qu’il n'a pu bénéficier de cette médecine. Et quoi dire de nos détecteurs de fumées! Ils contiennent tous une source de radiation. Pouvons nous nous passer de cette technologie? Pouvons nous nous passer d’un isolant ininflammable? Pouvons nous nous passer de l’ampoule électrique? Pouvons nous nous passer du feu? Chaque découverte de l’être humain, qui lui a permit de mieux vivre, comporte son lot de bon et mauvais coté. Tout dépend de notre capacité à endiguer les mauvais cotés. Mais le cancéreux est heureux d’être soigné. Les pompiers sont heureux de pouvoir combattre l’incendie sans se brûler. Nous sommes tous heureux de pouvoir s’éclairer sans lampe à l’huile. Et l’homme des cavernes à découvert que de la viande cuite était bien plus facile a digérer.

    Une mine d’uranium, ce n’est pas le réacteur explosé de Tchernobyl au grand jour ni une bombe atomique qui saute. C’est un minerai qui doit être concentré avant d’en faire quoi que soit. Et le gaz qui se dégage d’une mine d’uranium, le radon, est moins nocifs que l’échappement d’une automobile. Je suis certain que notre technologie actuel nous permet d’exploiter ce genre de mine avec un niveau de sécurité très élevé pour tous. Car il n’existe aucun minerai qui ne soit plus documenté que l’uranium. Une simple recherche de quelques minutes sur le web, vous permettra de le constater. Aujourd'hui, les mines d'amiantes, sont exploités de façon très sécuritaire. La CSST et autre organisme gouvernementaux y veillent. Il en serait de même pour une mine d’uranium! Mais peut-être sommes nous en train d’assister à l’hypocrisie du phénomène “ pas dans ma cour! “. Et si un groupe d’hommes des cavernes avaient réussi à empêcher le feu d’exister, parce qu’il faisait fuir le gibier, où serions-nous aujourd’hui? Pas très loin!

    Benoit Lavoie
    Citoyen de Sept-iles

  • Opinion Libre - Inscrit 29 décembre 2009 15 h 18

    Ce choix appartient au Québec !

    Excellent raisonnement de M. le professeur ! Selon vos propos et votre conclusion, nous avons nous aussi notre mot à dire, comme peuple intelligent du Québec, face à notre développement!

    Si les usines Nord Américaines sont déménagées en Chine et en Asie et qu'elles sont en manque de ressources énergétiques pour opérer leurs usines, il fallait y penser avant de faire ce geste.

    Elles n'ont qu'à revenir ici et à créer de bons emplois bien rémunérés. Elles pourront bénéficier d'une énergie propre et amplement disponible.

    Ce n'est pas au Québec de réparer le sort de ces compagnies qui ont mal calculé leur stratégie. Nous avons le choix de laisser dormir ces ressources uranifères en attendant de trouver des moyens sûrs pour la gestion des déchets radioactifs.

    Pour la question des émissions de CO2, vos données sont faussés car vous devriez prendre en considération les quantités émises à partir de l'exploitation de la mine.(extraction, concentration et transformation de la ressource, transport, etc) plutôt que seulement l'opération d'un réacteur nucléaire.

    Le Québec est responsable de ses choix et de son avenir. Celui-ci passe par un moratoire sur les ressources uranifères qui donnera amplement de temps à la population de se prononcer !!