Verte illusion

Photo: Agence France-Presse (photo)

Les consensus sont rares au Québec, c'est connu. Voilà pourquoi nombre de sujets sont tus, afin d'éviter toute chicane. Le débat constitutionnel ou encore la démarche référendaire font partie de ces thèmes tabous. Ainsi, les quelques domaines qui font l'unanimité deviennent de véritables oasis où il fait bon d'exprimer sa joie sans retenue.

Le sort du club de hockey le Canadien ou encore la question environnementale constituent de beaux exemples de sujets rassembleurs qu'il fait bon aborder publiquement, puisqu'ils héritent d'une adhésion collective sans borne. Le vert, décidément, s'avère une couleur particulièrement à la mode depuis quelques années. Il est résolument bon chic, bon genre d'afficher un souci écologique.

Notre premier ministre à Québec n'est pas dupe. Pour lui, cette conférence sur les changements climatiques qui s'est ouverte au Danemark la semaine dernière représente une aubaine extraordinaire. Il a pu fuir effectivement l'Assemblée nationale, où son gouvernement, profondément corrompu, écoeure la population québécoise. C'est donc à l'étranger que Jean Charest tente de se refaire une virginité politique.

À Copenhague, le chef du gouvernement québécois peut se pavaner à loisir en répétant à qui veut l'entendre que la nation qu'il représente est le meilleur élève nord-américain en matière de réduction de gaz à effet de serre. Le Québec se compare en effet avantageusement à certains pays européens, en ce qui a trait à la baisse des émissions de CO2 qu'il a réalisée, ces dernières années. L'audacieuse annonce d'une diminution supplémentaire de 25 % de ce type de pollution a rendu Jean Charest encore plus fréquentable là-bas, au contraire du pays qui parle officiellement en son nom.


Écorcher Ottawa

Taper sur Stephen Harper s'avère aussi une activité assez rassembleuse au Québec. Jean Charest sait qu'il est politiquement rentable d'écorcher sévèrement le gouvernement conservateur. Comble de bonheur pour lui, cette administration se trouve à Ottawa, lieu que plusieurs nationalistes québécois aiment aussi conspuer!

Jean Charest s'improvise même chef de l'État canadian à cette réunion! N'a-t-il pas dit aux médias présents là-bas qu'il y avait deux Canada? Celui qu'il dirige et l'autre, le vilain pollueur que le leader conservateur protège énergiquement. Le dirigeant libéral, qui rêve toujours de triompher à Ottawa, s'amuse donc de croire qu'il parle au nom de l'Ontario, du Manitoba et de la Colombie-Britannique, qui contestent également le laxisme environnemental du gouvernement fédéral.

Le premier ministre du Québec peut donc cogner encore plus fort sur M. Harper puisque son action s'avère totalement fédéraliste. Il ne peut en effet être accusé de faire le jeu des souverainistes, car il est soutenu dans son opération par ses homologues provinciaux! Manifestement, les planètes sont bien alignées pour le chef libéral à Copenhague. L'homme sortira grand gagnant de son épreuve de force avec Ottawa et améliorera sans doute son image au Québec. Voilà qui détournera assurément l'attention des Québécois d'autres sujets aussi nauséabonds que les relents que produit l'exploitation des sables bitumineux en Alberta...


Verte illusion

Et pourtant, les Québécois se bercent d'une verte illusion. Certes, nous sommes dorénavant de bons recycleurs. La baisse de la consommation d'énergie fait maintenant partie de nos habitudes de vie. Vrai que des augmentations de plus de 18 % des tarifs d'électricité, au cours des cinq dernières années, ont de quoi fouetter cette motivation. Mais pour le reste, il n'y a vraiment pas lieu de plastronner, comme le fait Jean Charest devant tous les délégués à cette conférence internationale.

Si le Québec fait si bonne figure sur la planète par ses faibles émissions de gaz à effet de serre, c'est parce que dame Nature nous a donné au départ un énorme coup de pouce. Les nombreux cours d'eau à fort débit abondent en effet sur notre territoire. Ils ont facilité l'érection de nombreux ouvrages hydroélectriques. Nous avons su les exploiter avantageusement, il est vrai. Reste qu'il faut faire preuve d'honnêteté et pousser collectivement un grand soupir de soulagement devant cet avantage colossal consenti par ces particularités physiographiques qui caractérisent notre pays.

Honnêtement, le Québec raffinerait des gisements de sables bitumineux si son sous-sol en possédait. Il ferait de même avec des nappes de pétrole moins sales. Inutile de nous conter fleurette: nous ne bouderions pas la possibilité d'accroître nos revenus nationaux si la chance de posséder des combustibles fossiles nous était offerte. Aussi, Jean Charest joue la parade à Copenhague: il ne fait qu'endormir les gens, ainsi que les Québécois.

Il n'a en effet adopté aucune mesure courageuse qui bouleverserait nos habitudes de vie. Le prix politique à payer en serait trop élevé. Bannir les démarreurs à distance ainsi que les VUS et autres obésités routières, taxer la publicité automobile ainsi qu'augmenter le prix du litre d'essence sont en effet des mesures suicidaires qu'aucun gouvernement n'aura le courage d'adopter, celui de Barack Obama y compris. Voilà ce qui doit être dit.

Jean Charest ne pouvait espérer un plus beau cadeau pour Noël cette année, pour le soulager d'une pression politique intenable au Québec. Loin des tourments qui l'affligent présentement, le premier ministre défile majestueusement devant le gratin environnemental en Europe et s'amuse même à faire publiquement la leçon à Ottawa, en sachant fort bien que cette tactique politique lui permettra probablement de marquer des points dans l'opinion publique québécoise.

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Patrice Boileau - Carignan

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