Une étude consternante

Le rapport de recherche publié par l'Institut de recherche du Québec par la sociologue Joëlle Quérin crée de nouvelles vagues. Cette «étude» appuie les craintes habituelles autour de la disparition éventuelle de l'identité québécoise au sein du Canada et de l'attitude trop tolérante du Québec concernant le pluralisme. Personnellement, à titre de sociologue et d'enseignant d'Éthique et culture religieuse, je suis consterné.

La critique principale du cours est qu'il impose subtilement la philosophie du multiculturalisme. Or, dans le programme, il est écrit que «l'importance historique et culturelle du catholicisme et du protestantisme au Québec y est particulièrement soulignée, mais on s'intéresse aussi au judaïsme et aux spiritualités des peuples autochtones, qui ont marqué ce patrimoine, de même qu'à d'autres religions qui contribuent aujourd'hui à la culture québécoise et inspirent différentes manières de penser, d'être et d'agir».

Tout chercheur s'intéressant à cette question aurait décodé dans cet énoncé les principes de l'interculturalisme, le modèle québécois, que les auteurs ne semblent pas distinguer du modèle multiculturaliste. L'interculturalisme suppose que les différentes croyances, valeurs qui contribuent aujourd'hui à la société québécoise, soient prises en compte et valorisées, dans la mesure où ces dernières respectent les valeurs de la société québécoise.


Omissions

Les critiques formulées contre le cours ECR sont nombreuses, mais les omissions aussi. Le cours est accusé de n'accorder aucune place aux valeurs et à l'histoire du Québec.

Cependant, aucune importance n'est accordée au fait qu'il soit écrit dans le programme officiel du ministère qu'«un regard privilégié est porté sur le patrimoine religieux de notre société». Selon le programme, «le christianisme [le catholicisme et le protestantisme] est traité tout au long de chaque année d'un cycle, alors que l'islam, le bouddhisme et l'hindouisme sont traités à plusieurs reprises au cours d'un cycle». Cela fait une grande différence dans le contenu des cours.

Or, cela est sans doute une des failles les plus importantes de cette recherche. Elle est basée uniquement sur le contenu du programme et sur le contenu des manuels. Mme Quérin devrait comprendre que le cours vaut plus que son contenu. Avant de faire la critique d'un cours, tout chercheur aurait pris le temps de voir en quoi consistait ce cours dans les classes, et pas que dans le programme et les manuels. [...]

Le cours, favorisant la reconnaissance de l'autre et la poursuite du bien commun, et ayant comme socle les valeurs de la culture québécoise, apprendra aux Québécois de demain à s'ouvrir sans se sentir soumis, à rester fermes devant l'intégrisme et à intégrer les nouveaux arrivants qui, apprenant l'histoire du Québec, seront à leur tour fiers de représenter leur nation.

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Fabien Torres - Maître en sociologie, enseignant en Éthique et culture religieuse au collège Sainte-Anne de Lachine

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