La stratégie de relance économique d'Obama est-elle un échec?

Le président Barack Obama présidera demain un Sommet sur l'emploi avec, en toile de fond, un taux de chômage de 10,2 % et une impatience de plus en plus palpable chez les Américains. Doit-on y voir là le signe de l'échec de sa stratégie de relance économique?

Dix mois après son arrivée au pouvoir, le président Obama est parvenu à sortir l'économie américaine du ravin dans lequel elle s'était engouffrée, mais il n'est pas encore parvenu à la remettre sur la route, notamment parce que la route en question, il s'affaire à la construire.

Cette construction se fait à coups de réformes majeures et d'investissements de centaines de milliards de dollars en deniers publics dans des secteurs qui, espère-t-on, constitueront les bases futures de la croissance économique américaine.

La refonte économique passe notamment par la réforme du secteur financier, à la source de la débâcle; la réforme du système de santé, laquelle fait l'objet d'intenses négociations au Congrès; le financement de grands projets d'infrastructures (modernisation des écoles, des routes, des hôpitaux, etc.); et le développement d'une économie verte et la réorientation de certaines industries, notamment celle de l'automobile, dans une perspective de développement durable.

Le privé sera-t-il au rendez-vous?

Une fois qu'auront été dépensés les 787 milliards de dollars du plan de relance gouvernemental, la construction de la nouvelle route que devra emprunter l'économie américaine parviendra-t-elle à se poursuivre d'elle-même? Là réside le véritable défi du président Obama.

Le gouvernement ne pourra pas éternellement financer la relance économique à coups de centaines de milliards de dollars, empruntés de surcroît. Une fois ces sommes astronomiques dépensées, le secteur privé se devra d'être au rendez-vous afin de prendre le relais des investissements et de poursuivre la construction de la nouvelle économie. Et, il est souhaité que leurs investissements soient d'une ampleur suffisante pour générer une relance économique satisfaisante.

Pourquoi la création d'emplois se fait-elle attendre?

Malgré toute l'importance que le président Obama a accordée à la création d'emplois dans ses discours, cet objectif ne pouvait pas être en tête de liste de ses priorités. Pour assurer la relance économique, il importait tout d'abord qu'il stabilise le secteur financier, ce à quoi il s'est consacré dès son entrée en fonction, et avec un certain succès.

Une fois cette stabilisation financière obtenue, l'administration Obama s'est consacrée au redémarrage de l'activité économique. Le fruit de ces efforts commence à se faire sentir puisque les pertes d'emplois sont maintenant moins importantes qu'au cours des derniers mois. Il faut en effet se réjouir du fait que la situation sur le marché du travail se détériore maintenant plus lentement...

Le fait que l'aide du plan de relance mette un certain temps avant de se rendre à destination et que l'accès des PME au crédit bancaire soit encore restreint expliquent en partie la lenteur des progrès. Ce n'est qu'une fois ce redémarrage bien entamé qu'il pourra y avoir création nette d'emplois. Les États-Unis n'en sont pas encore à cette étape, et c'est pourquoi le chômage continue d'augmenter et qu'il pourrait continuer à le faire un certain temps.

Gage de succès?

Ainsi, les Américains n'auront d'autre choix que de se montrer patients. D'ailleurs, le Wall Street Journal indiquait récemment que s'il advenait que le développement économique des prochaines années soit deux fois plus rapide que ce qu'il a été de l'année 2000 à l'année 2007 — ce qui en soi serait surprenant —, il faudrait attendre jusqu'en 2017 avant que les États-Unis affichent à nouveau un taux de chômage de 5,5 %.

Le retour à la croissance économique constituera-t-il un gage de succès de la stratégie de relance d'Obama? Pas totalement. Il incombe au président de remettre non seulement l'économie sur la route, mais il faudra également qu'il s'assure que la route en question ne mène pas à nouveau au ravin. Or en ce domaine, rien n'est moins sûr.

D'importantes réformes du secteur financier seront requises pour éviter que les mêmes stratagèmes mènent à nouveau à une débâcle économique. La rémunération des dirigeants de Wall Street devra être repensée; la prise de risques pouvant mettre en péril le système dans son ensemble devra être découragée; les trop gros joueurs «too big to fail» devront être mieux encadrés, voire démantelés; et la reddition de comptes des dirigeants du monde de la finance devra être accrue.

Or en ce domaine, les actions de l'administration Obama se font encore attendre. Cela donne à penser que le ravin pourrait ne pas être bien loin.

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Christine Fréchette  - Coordonnatrice de la Chaire d'études économiques et politiques américaines de l'Université de Montréal