L'avenir du monde est un enfant

Les vingt ans de l'adoption de la Convention relative aux droits de l'enfant par l'ONU sont l'occasion de faire le point sur la situation des enfants dans le monde. Force est de constater que la détresse infantile, comme le décrivait Le Devoir du 20 novembre, subsiste toujours. La privation matérielle, la maladie, la faim affligent des millions d'enfants tous les jours, et ce, dans bien des cas — s'ils survivent — avec des séquelles physiques et psychologiques qu'ils garderont à tout jamais. Depuis que vous lisez ces lignes, un enfant vient de mourir de faim. En effet, toutes les six secondes, un enfant succombe de la faim en 2009.

Les données de l'UNICEF nous informent d'un progrès notamment du côté de l'éducation. Bravo. On sait combien l'éducation est importante, en particulier pour les filles. Elle leur ouvre la voie de l'autonomie économique et d'une plus grande égalité. Devenues adultes, c'est toute leur famille qui en bénéficie.

Premières victimes

Au cours des dix dernières années, j'ai eu l'occasion de rencontrer des dizaines d'enfants dans plusieurs pays pauvres de la planète. Exploitation sexuelle, maltraitance, travail forcé, enrôlement dans des armées, privation de nourriture et esclavage, tous ces aspects du quotidien de millions d'enfants sont étroitement liés à la pauvreté endémique de leur pays et aux rouages d'une économie libérale capitaliste qui les exploite. N'ayons pas peur des mots: la recherche du pouvoir par des élites locales, la soif des puissants de ce monde sur le plan financier et politique font des enfants les premières victimes. Les enfants vivent des retombées négatives des relations inégalitaires entre les pays du Nord et du Sud.

L'an dernier, dans Martha qui vient du froid, j'ai abordé à travers les yeux d'une enfant la déportation des Inuits dans le Grand Nord canadien au cours des années 50. Les enfants autochtones canadiens vivant dans le Nord comme ceux au Sud vivant dans des réserves n'ont pas, eux non plus, un sort très enviable. D'ailleurs, le récent rapport de l'UNICEF en fait mention: au Canada, encore aujourd'hui, il y a une partie des enfants qui vivent dans des conditions qui ressemblent à celles que j'ai rencontrées dans les coins les plus démunis de la planète.

La même édition du Devoir titrait en première page que la détresse des enfants dans le monde s'aggrave et, un peu plus loin, dans les pages économiques, on pouvait lire que les riches d'ici deviennent encore plus riches... Y a-t-il un lien entre les deux nouvelles? Pour que des gens et des pays soient si riches, il faut des gens et des pays désespérément pauvres.

Promesses d'aide

Pourtant, il existe des solutions. Mettre fin au gaspillage, puisque près du tiers des denrées alimentaires produites dans les pays riches ne sont jamais consommées. Une partie pourrait être redistribuée (pas «dumpée»!). Cesser de manger plus qu'à notre faim; les coûts pour soigner les maladies causées par la surconsommation et l'obésité diminueraient alors en flèche. Cesser aussi de consacrer autant de ressources pour nourrir des animaux destinés à la consommation humaine. À l'heure actuelle, plus du tiers de la pêche commerciale dans le monde est transformé en farine pour nourrir des animaux. Un scandale! Et surtout, pousser nos représentants politiques pour qu'ils fassent de la lutte contre la pauvreté un objectif prioritaire et les obliger à respecter cet engagement.

Non seulement les pays riches ne tiennent pas leurs promesses d'aide envers les plus pauvres, mais l'exploitation à grande échelle des ressources premières de ces derniers continue... On songe maintenant à utiliser des terres fertiles d'Afrique (le continent qui souffre le plus de la faim) pour nourrir ceux qui mangent déjà plus qu'à leur faim. Et plusieurs des pays pauvres importent leur nourriture!

Vie meilleure

Partout les enfants d'ici et d'ailleurs aspirent à un monde meilleur et parlent de partage. Ils ont une faculté que beaucoup d'adultes ont perdue: celle de rêver. J'ai entendu des enfants qui rêvent de sauver des vies, d'améliorer les conditions de vie des gens de tous les coins du monde. Ils espèrent éradiquer la faim... Ils veulent devenir médecins, architectes, avocats, professeurs, astronautes, présidents de leur pays. Malheureusement, la grande majorité des petits ne pourront jamais s'approcher de leurs rêves: pourquoi ces enfants auraient-ils moins le droit de concrétiser leurs projets d'avenir que les nôtres?

Un professeur a dit à mon fils que, lorsqu'on commençait à penser aux autres, on devenait adulte... Ne serait-ce pas plutôt le contraire? Quand on devient adulte, on oublie la simplicité et la beauté de nos rêves d'enfants. Quand on devient grand, on oublie trop souvent la vulnérabilité de l'enfance et la profondeur de ses souffrances.

Les petits garçons et les petites filles du monde entier ne pensent pas à s'enrichir au détriment des autres ni à exploiter les plus faibles, ils ne préparent pas l'invasion armée de pays étrangers. La plupart veulent tout simplement manger, s'instruire, avoir un toit, vivre dans la paix avec leur famille et jouer au ballon et à la marelle... Ils désirent avoir, eux aussi, un jour, des enfants. Ils espèrent pouvoir leur donner une meilleure vie que la leur. Pour un grand nombre, ce simple rêve ne sera pas réalisable.

Leur avenir réside entre les mains de tous les grands... et les adultes des pays riches en premier lieu. Les Africains disent qu'il faut un village pour élever un enfant. À l'ère du village global, nous devons nous rendre compte que dorénavant il faut une planète pour faire grandir un enfant!

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