Le temps qu'il fait sur mon pays

Existe-t-il un vaccin contre la corruption? C'est peu probable. Ça se saurait. On raconte que la corruption a toujours existé depuis que le monde est monde. C'est une affirmation qui ne réjouit personne. De temps en temps, à travers les siècles, des sociétés ont secoué leurs puces et elles ont fait des ménages qui leur ont permis de respirer un peu d'air pur pendant quelque temps. Puis, tout recommence.

L'être humain étant ce qu'il est, rien n'est jamais acquis définitivement, ni la dignité, ni l'honnêteté, ni rien de ce qui rendrait notre passage sur cette planète un peu plus agréable, et surtout moins décevant. Le désir de s'enrichir, de détenir du pouvoir, rend souvent l'humain semblable à la bête et capable du pire.

J'ai lu récemment une biographie de Néron. J'ai eu du mal à la terminer tellement tout y était horriblement malsain. Tout ce que l'homme a pu inventer de pourriture était là. Dimanche dernier, tout à fait par hasard, juste avant que la télévision diffuse les premiers résultats des élections municipales, j'avais entrepris la lecture de La Trilogie berlinoise de Philip Kerr, un gros bouquin de plus de 800 pages. Je n'aurais peut-être pas dû, car ma lecture, en plus de ce que j'avais sous les yeux ce soir-là, m'a incitée à jeter un autre regard sur ce que nous vivons en ce moment.

La Trilogie berlinoise raconte l'histoire d'un détective privé qui travaille à Berlin juste avant la guerre de 1939. On est en 1933, Hitler est au pouvoir, les Jeux olympiques auront lieu dans quelques mois, Berlin se prépare à recevoir le monde entier. Philip Kerr décrit une société qui se sait au bord du précipice, mais qui choisit de ne rien voir et de ne rien faire. À la page 71 de son livre, j'ai été bouleversée par un paragraphe qui raconte ceci:

«Tout le monde traficote. La corruption sous une forme ou sous une autre est le trait le plus caractéristique de la vie sous le national-socialisme. Le gouvernement a beau avoir fait des révélations sur la corruption des divers partis politiques dirigeant la République de Weimar, ce n'était rien à côté de celle qui règne maintenant. Et comme elle sévit aux plus hauts niveaux de l'État et que tout le monde le sait, beaucoup de gens estiment avoir droit à leur part du gâteau. Je ne connais personne qui soit resté aussi intransigeant qu'avant sur ce genre de pratiques.»

Ça fait réfléchir. Je fais partie de ceux qui croient que, dans ce domaine, l'exemple doit venir d'en haut. Je l'ai dit souvent. La confiance ne remplacera pas le cynisme étouffant qui nous entoure si les autorités s'entêtent à refuser de mettre sur pied une commission d'enquête qui aura les mains libres et qui ira au fond des choses, une commission que tout le Québec réclame en ce moment.

On joue à quoi?

La semaine qui se termine au Québec n'est pas une semaine facile à décoder. Chacun va y aller de son analyse et de ses savantes explications. Pour moi, je l'avoue, ce sont surtout les images qui ont frappé mon imagination. Après les salles pratiquement vides du soir des élections, après le cafouillage des résultats qui ne rentraient pas, l'autre cafouillage, celui des files d'attente, a repris le devant de la scène.

La patience de ces gens qui ont peur de la maladie pour eux et pour leurs enfants, ces femmes enceintes qu'on laisse debout pendant des heures et celles qui allaitent leur bébé en attendant leur tour sous la pluie pendant que le docteur Yves Bolduc, ministre responsable, continue d'affirmer que tout va bien et que tout est sous contrôle. Je ne parlerai pas de ceux qui trichent pour être vaccinés avant les autres, ni des grotesques erreurs de stratégie de déplacements de foule, ni de la confusion des messages, ni de ceux qui vont bientôt réussir à être vaccinés au moment qui leur convient dans le confort d'un petit cabinet médical sans attente et bien au chaud... en payant pour le service rendu. Vous savez comme moi que ça va finir par arriver. Le scandale finira par avoir lieu.

Nous vivons des temps difficiles. La semaine du 1er novembre 2009 est mémorable à beaucoup d'égards. Si elle pouvait nous indiquer que nous arriverons bientôt au fond du baril, ce serait une bonne nouvelle. Il est grand temps de reprendre nos choses en mains si on ne veut pas que nos dirigeants aient gagné sur toute la ligne et qu'à Noël, comme le souhaite le gouvernement, le bon peuple ait oublié complètement la semaine qu'on vient de vivre et dont les enseignements n'auraient servi à rien.

Il me semble que le Québec, même vacciné, est gravement malade. Il est grand temps de s'en occuper.

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