Nous ne sommes pas l'ennemi

À un moment donné, il faut penser à nous. Nous sommes là pour de bon. Nous sommes ici depuis des générations. Nous sommes un allié essentiel et efficace dans la protection et la promotion de la langue française au Québec. Nous formons un lien vital avec le reste du pays et le continent entier. Nous avons des droits légaux. L'avenir du Québec nous tient à c¶ur. Nous sommes les écoles publiques anglophones du Québec; nous ne sommes pas l'ennemi.

La semaine dernière, la Cour suprême du Canada invalidait la loi 104 qui, depuis 2002, a davantage limité l'accès à l'éducation en anglais au Québec. La réaction du premier ministre Jean Charest, de sa ministre responsable de la Charte de la langue française et de la chef de l'opposition officielle fut immédiate et viscérale, sans faire la moindre allusion aux conséquences possibles de cette décision sur le Québec anglophone et son réseau d'écoles publiques.

La Cour a donné une année au gouvernement du Québec pour trouver une solution constitutionnellement acceptable. Une fois de plus, la Cour a reconnu, comme nous le faisons, l'obligation particulière du Québec de protéger l'avenir de la langue française. Mais la Cour a aussi reconnu et confirmé de nouveau l'obligation légale du Québec de trouver le juste équilibre entre cette protection et le droit des minorités linguistiques de la province à avoir un réseau d'écoles publiques stable et en santé. La Cour a ordonné au premier ministre et à son gouvernement de reprendre la tâche de trouver cet équilibre. L'Association des commissions scolaires anglophones du Québec a le droit de participer aux discussions le moment venu.

Garantir l'admissibilité

Les rédacteurs de la Charte de la langue française ont expressément donné le droit aux parents d'inscrire leurs enfants dans les écoles anglaises privées non subventionnées de façon à garantir leur admissibilité aux écoles anglaises publiques du Québec. Ils n'ont pas vu la nécessité [de les inclure dans les dispositions] de la Charte de la langue française. Les premiers ministres qui ont suivi René Lévesque, de Bourassa à Parizeau, ont maintenu cet important compromis pendant 25 années.

Soyons clairs: l'élimination du projet de loi 104 aurait l'impact escompté de permettre à environ 500 élèves additionnels de fréquenter les écoles publiques anglophones du Québec — une bouffée d'oxygène tout à fait vivifiante pour un système scolaire qui comptait 250 000 élèves il y a à peine une génération et qui se retrouve aujourd'hui avec moins de 110 000 élèves. Ces élèves auraient accès aux meilleurs programmes de français langue seconde au monde. En tant que finissants de nos écoles secondaires, ils seraient parfaitement préparés pour contribuer à l'avenir du Québec, en français aussi bien qu'en anglais. Ils feraient partie de la solution. Il est grand temps que la communauté anglophone du Québec et son réseau d'écoles publiques soient invités à faire partie de la solution.

Question cruciale

À un moment donné, il faut penser à nous. Nous croyons le moment venu. L'Association des commissions scolaires anglophones du Québec et trois de ses commissions membres, soit English Montréal, Lester B. Pearson et Riverside, attendent de voir comment l'invalidité du projet de loi 104 et les solutions subséquentes leur donneront la chance de retrouver une stabilité et d'enregistrer une croissance.

Ensemble, nous attendons la confirmation à venir du premier ministre et de nos concitoyens québécois que notre rôle dans l'avenir du Québec est certifié, protégé et valorisé. Nous avons très hâte de le rencontrer afin de discuter cette question cruciale.

Monsieur le Premier Ministre, nous attendons votre invitation.

Ont aussi signé ce texte: Angela Mancini, présidente de la commission scolaire English Montréal; Marcus Tabachnick, président de la commission scolaire Lester B. Pearson; et Moira Bell, présidente de la commission scolaire Riverside. Ces trois commissions scolaires sont touchées par la décision de la Cour suprême.

À voir en vidéo