La longue marche d'Obama

Il y a un mois, le comédien Fred Armisen, de la populaire émission de télévision Saturday Night Live, imitait le président Obama dans un sketch satirique faisant état des réalisations du démocrate depuis l'élection de 2008. «Qu'ai-je accompli jusqu'à présent?», de demander Armisen en reproduisant minutieusement les gesticulations d'Obama. «Rien, absolument rien... et j'ai même mis quatre mois à choisir mon chien!»

Cette boutade verse dans l'exagération, mais révèle avec raison que le bilan du démocrate, un an après l'élection de 2008, est plutôt mitigé. Obama tarde à prouver qu'il a la trempe d'un grand président et rien n'indique que transformer les États-Unis deviendra plus simple d'ici le prochain duel présidentiel de 2012.

Un B+ en politique intérieure

C'est à Lyndon Johnson que nous devons la meilleure explication des obstacles auxquels Obama doit faire face en politique intérieure depuis un an: «Avant de devenir président des États-Unis, affirme-t-il, vous êtes convaincu que vous pourrez faire ce que vous voudrez. Mais une fois arrivé dans le bureau ovale, vous ne pouvez plus compter sur personne et tout le monde vous lie les mains et vous cause des ennuis.» Obama a certes rompu avec l'héritage de George W. Bush à plusieurs égards (annonce de la fermeture du camp de Guantánamo — qui tarde d'ailleurs à se concrétiser! —, interdiction des pratiques assimilées à des actes de torture, accroissement du financement pour la recherche sur les cellules souches, etc.).

Il a fait adopter un plan de relance économique qui semble avoir ralenti la crise et contribué à la croissance du produit intérieur brut. Mais l'atmosphère politique à Washington reste à l'image de ce que Johnson décrivait il y a quelques décennies: le discours rassembleur d'Obama ne suffit pas à atténuer les querelles partisanes et même les démocrates refusent souvent de donner un blanc-seing au président.

Les démocrates du Sénat tardent par exemple à garantir l'adoption d'un projet de loi sur la réduction des gaz à effet de serre, si bien que le chef de la Maison-Blanche pourra difficilement convaincre de la bonne foi des États-Unis lors de la conférence internationale sur le climat de Copenhague, dans un mois. Sur la réforme de santé, projet emblématique de sa présidence, Obama continue à se buter aux républicains et à plusieurs démocrates conservateurs. Ceux-ci estiment qu'un système de couverture publique des frais de santé creusera le déficit et occasionnera des hausses d'impôts.

Cette partie de bras de fer ne se terminera peut-être pas d'ici la fin de l'année. Qui plus est, elle risque de se solder par l'adoption d'une loi beaucoup moins ambitieuse que celle qu'Obama prévoyait et qui ne permettra pas, entre autres, de garantir l'accès à une assurance aux 50 millions d'Américains qui n'en ont pas.

Un A- en politique étrangère

Obama a connu plus de succès à l'international, mais son bilan est également mitigé sur ce plan. Il a bien sûr redoré l'image des États-Unis dans le monde, changé le ton de la diplomatie américaine, jugulé l'antiaméricanisme et obtenu le prix Nobel de la paix. D'autres dossiers portent cependant ombrage à ses réussites: il a ainsi fait preuve d'ambivalence durant la crise entourant la présidentielle iranienne de juin, il a retardé le retrait des troupes d'Irak et il n'est pas parvenu à relancer les négociations de paix au Proche-Orient.

De plus, il a constaté que déployer 40 000 «boys» supplémentaires en Afghanistan n'était peut-être pas la meilleure idée. Alors que le mois d'octobre 2009 a été le plus meurtrier pour les soldats américains depuis le début de l'intervention en 2001, les critiques envers Obama fusent de toutes parts, et ce, de la bouche même du vice-président Biden, qui s'est inquiété à haute voix du risque d'enlisement militaire. Les comparaisons entre l'Afghanistan et le Vietnam commencent d'ailleurs à avoir un certain écho auprès des Américains, qui, il y a une semaine à peine, rejetaient à 49 % la politique de sursaut militaire (surge) envisagée par Obama.

En route vers 2010... et 2012

Les trois années restantes au premier mandat d'Obama ne s'annoncent donc guère plus faciles que la première. Non seulement les défis nationaux et internationaux se multiplient, mais Obama aura plus de mal, dès janvier prochain, à inciter les membres du Congrès à adopter ses réformes. Ceux-ci seront en effet déjà en campagne électorale en vue des législatives de novembre 2010 et préconiseront souvent la prudence (et le statu quo) sur les dossiers délicats qui risquent de compromettre leur réélection.

De plus, les républicains n'ont peut-être pas le vent en poupe à l'heure actuelle, mais ont d'excellentes chances de réduire les majorités démocrates dans les deux chambres du Congrès lors du rendez-vous électoral de 2010. Il sera ainsi encore plus périlleux pour le chef de la Maison-Blanche de garantir l'adoption de ses projets au Capitole à partir de 2011 et de réaliser le changement tant promis aux Américains. Obama n'en payera peut-être pas le prix lors de la présidentielle de 2012, car les républicains tardent à trouver un candidat susceptible de le battre. Le 44e président a cependant encore fort à faire pour prouver qu'il est ce nouveau Franklin D. Roosevelt ou ce Lincoln que tous attendaient.

L'Observatoire sur les États-Unis de la chaire Raoul-Dandurand organise deux conférences intitulées «La longue marche d'Obama: premiers bilans de politique intérieure et étrangère du président démocrate», ce soir et demain soir à l'UQAM. www.dandurand.uqam.ca

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