Réplique à Alexis Cossette-Trudel - Les jeunes, quels jeunes?

Dans une lettre publiée dans Le Devoir du mardi 4 juin 2002, Alexis Cossette-Trudel, ex-président du Comité national des jeunes du PQ et étudiant à la maîtrise en science politique, tentait d'expliquer les raisons pour lesquelles il appuiera l'ADQ plutôt que le PQ aux prochaines élections. Ses propos reprennent une partie des poncifs qui servent la campagne de l'ADQ et avec lesquels nous nous retrouvons malencontreusement associés puisque M. Cossette-Trudel s'est permis de s'exprimer au nom des «gens de sa génération», dont nous sommes. Qu'il sache qu'il est hors de question que nous acceptions de le reconnaître comme porte-parole.

M. Cossette-Trudel dit être déçu du PQ, de l'échec de son projet souverainiste et social-démocrate. Il est également attristé de voir que la lutte contre la pauvreté, qui devait devenir une priorité, soit restée lettre morte. Peut-il nous expliquer, à nous qui n'avons jamais fait de science politique, par quelle incroyable pirouette il se rangera du côté du seul parti de droite qui s'assume? Devons-nous comprendre qu'au lieu de lutter contre la pauvreté, M. Cossette-Trudel a désormais choisi de se ranger auprès de ceux qui veulent lutter contre les pauvres, formés qu'ils sont par les facultés d'administration et de droit ainsi que dans les programmes de MBA, ne pouvant concevoir le monde autrement que dans un schéma néolibéral? Force est de constater que la trajectoire des positions politiques de M. Cossette-Trudel a quelque chose de profondément déroutant.





La jeunesse


Mais Mario Dumont est jeune lui aussi, et depuis quelques semaines, on n'en a plus que pour cette «jeunesse» qu'incarne si justement ce politicien de 32 ans qui reprend la vulgate néolibérale sous couvert de changement. D'ailleurs, est-il nécessaire d'expliquer que, de toute évidence, l'électorat potentiel de Mario Dumont désire ce qu'il représente bien plus que ce qu'il présente? L'enthousiasme est sincère mais tourne à vide: le sondage, publié dans Le Devoir du 1er juin, qui révélait que 51 % des Québécois désirent un gouvernement adéquiste, montrait également que 83 % des répondants sont incapables de citer un seul élément du programme de l'ADQ.


Si la jeunesse est cette mélasse idéologique qui ne peut servir que des fins politiques, nous refusons d'être jeunes! Des «comités jeunesse» des partis politiques aux représentants d'associations étudiantes de niveau national (FECQ ou FEUQ) en passant par les délégués du Sommet de la jeunesse de 1998, tous ont pour fondement la même vision — intéressée — de la jeunesse. Tout cela rappelle étrangement ce que Roland Barthes disait du monde des jouets enfantins: ils préfigurent littéralement, en microcosme, l'univers des fonctions adultes et préparent ainsi le jeune à les accepter toutes. Vous savez sûrement trop bien comment toute dissension est impossible dans ces instances: on s'est fort ému, à l'époque, de voir des manifestations de jeunes qui protestaient contre un sommet censé les représenter. Les «autres» jeunes n'appréciaient guère le devenir de bureaucrates fonctionnels que les délégués semblaient réclamer en leur nom. Nous ne sommes pas dupes!


Les «comités jeunesse» des partis politiques sont un vrai bonbon pour ceux-ci, qui les manipulent à leur guise, trop contents de voir la relève se former elle-même. On ne saurait trop insister sur ce qu'il y a de profondément paternaliste et de condescendant dans la constitution même d'un «comité de jeunes». L'émancipation stupéfiante d'un Mario Dumont doit certainement canaliser les espoirs les plus fous de ceux qui aspirent à «faire leur place».





Notre génération


Mais que nos aînés se rassurent! La jeunesse est un mal qui passe avec le temps. D'ailleurs, il faut bien le dire, la jeunesse n'est peut-être pas aussi homogène que semble le croire M. Cossette-Trudel. Les gens de notre génération à nous sont profondément humanistes et solidaires. Ils occupent des édifices pour dénoncer la crise du logement et font tomber les murs au milieu des gaz lacrymogènes quand on tente de les réduire au silence.


Les gens de notre génération se demandent bien ce que peut leur offrir un parti qui se propose d'établir un taux d'imposition unique, de dégeler les frais de scolarité et de faciliter l'accès à la sous-traitance. Que M. Cossette-Trudel sache qu'il ne nous est jamais venu à l'idée de compatir avec la misère des plus favorisés, qui seraient disposés à payer, qui souffrent de la lenteur du système de santé et auxquels on pourrait offrir un accès rapide à des soins privés. Non pas que nous soyons irrémédiablement contre cette idée; seulement, que l'on nous comprenne bien, nous avons d'autres priorités.


Alors, lorsqu'il lui viendra la fantaisie de parler des «gens de votre génération», que M. Cossette-Trudel prenne le soin de nous exclure du nombre ou de préciser son propos. Par exemple, une formule comme «les jeunes ambitieux comme moi qui aiment serrer les mains des ministres et qui préfèrent être du bord des gagnants» nous semblerait tout à fait convenable.