475e anniversaire de l'arrivée de Jacques Cartier à Gaspé - L'histoire se répète

«Malheureusement, l'histoire se répète!» Je suis fier comme Québécois, mais aussi en raison de mes racines françaises, de voir que le gouvernement du Québec et la Ville de Gaspé ont commémoré de façon tangible ce vendredi 24 juillet 2009 la venue de Jacques Cartier, il y a 475 ans. Un spectacle d'envergure, avec une dizaine de nos meilleurs interprètes et des textes significatifs, a clôturé cette merveilleuse journée devant près de 20 000 spectateurs.

Je suis moins fier de la cérémonie commémorative qui s'est déroulée le matin devant la cathédrale de Gaspé, au pied d'une croix dont l'emplacement douteux ne rappelle en rien la venue du navigateur

malouin.

L'histoire s'est répétée pour les autochtones. Aucun d'entre eux sur l'estrade officielle, même pas le chef actuel de la bande micmaque de Gespeg, Claude Jeannotte. Pourtant, ce sont ses ancêtres qui ont accueilli Jacques Cartier dans la baie des Chaleurs en exhibant des peaux de castor sur des perches, invitant ainsi les Français à descendre et à faire du troc. Pour les remercier de leur accueil, Cartier répondit en faisant tirer deux coups de canon par-dessus leurs têtes!

Pourquoi les organisateurs n'ont-ils pas répété ces gestes simples et significatifs sur le sens de l'hospitalité des uns et la maladresse des nouveaux arrivants plutôt que de demander au Jacques Cartier d'aujourd'hui de faire des salutations comme une marionnette?

Pourquoi a-t-on laissé l'Église catholique occuper toute la place dans cette commémoration historique maintenant que l'on sait tout le mal fait aux jeunes autochtones dans les pensionnats gérés par cette même Église?

Pourquoi avoir relégué la cérémonie de purification avec le sage micmac à la fin alors qu'elle aurait dû se trouver au début de cette rencontre moderne de deux mondes?

Heureusement que Ghislain Picard, chef de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, avec son discours dans sa langue maternelle et sa prestance habituelle, en compagnie de son hôte, le chef Claude Jeannotte, a su, à la fin des divers propos, rehausser le contenu de cette parade.

L'histoire s'est répétée. Une nouvelle fois, les autochtones se sont fait avoir en participant, comme «deuxième violon», à une cérémonie présumément commémorative où ils auraient dû exiger d'avoir la première place sur l'estrade. Ne sont-ils pas les premiers habitants de cette Terre Mère? Sans leur accueil un brin naïf, sans leurs savoirs et leurs connaissances du territoire, l'histoire passée et présente s'écrirait différemment.

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André Michel, peintre ethnographe, est le fondateur des trois institutions muséales de Sept-Îles, où il a vécu 18 années dont 15 à partager la vie des Innus. Il est aussi le fondateur du Musée des beaux-arts de Mont-Saint-Hilaire, de la Maison amérindienne et l'instigateur de la protection et de la mise en valeur des maisons d'artistes Ozias Leduc et Paul-Émile Borduas.