Énergie verte - Le Québec n'a rien à envier à l'Allemagne

L'article L'Allemagne verte - La deuxième révolution éolienne est lancée, paru dans l'édition du mardi 21 juillet du Devoir, comporte des affirmations qui doivent être nuancées, voire rectifiées, en fonction de faits que son auteur, Louis-Gilles Francoeur, néglige de souligner.

En tout premier lieu, il convient de rappeler que 97 % de l'énergie produite ou achetée par Hydro-Québec en 2008 provenaient de sources renouvelables. Bien que l'Allemagne soit effectivement un chef de file en matière d'énergie éolienne, elle compte cependant principalement sur les carburants fossiles et sur l'énergie nucléaire, puisque les filières renouvelables ne représentent que 12 % environ de sa production d'électricité, soit huit fois moins que le Québec, toutes proportions gardées.

Grâce à ses énergies renouvelables, le Québec affiche un bilan plus qu'enviable en matière d'émissions de gaz à effet de serre (GES): selon les données les plus récentes, le Québec produit deux fois moins de GES par habitant que le reste du Canada. Seulement 0,5 % des GES au Québec proviennent de la production d'électricité. Par comparaison, cette proportion est de plus de 30 % en Allemagne. Ces chiffres sont éloquents!

Par ailleurs, M. Francoeur fait état des prix qui sont offerts aux producteurs d'énergie éolienne en négligeant de mentionner que les tarifs appliqués aux consommateurs résidentiels sont deux fois plus élevés en Allemagne qu'au Québec. En outre, le nombre de soumissions qu'Hydro-Québec a reçues lors de ses deux appels d'offres, pour 3000 MW d'électricité de source éolienne, démontre clairement la pertinence du modèle d'affaires choisi. De plus, contrairement à ce qu'affirme M. Francoeur, les coûts de raccordement des éoliennes au réseau sont bel et bien assumés par Hydro-Québec et non par le promoteur, conformément aux décisions de la Régie de l'énergie qui a entériné la proposition d'Hydro-Québec à ce sujet.

À l'horizon 2015, le Québec pourra compter sur près de 4000 MW d'énergie éolienne. Par habitant, la puissance éolienne du Québec sera donc près du double de celle de l'Allemagne. Grâce à son important parc hydroélectrique, le Québec peut utiliser efficacement cette énergie, qui n'entre pas en concurrence avec les autres sources, mais les complète. Ainsi, quand les vents sont insuffisants, l'énergie de l'eau assure notre approvisionnement électrique. Inversement, quand les éoliennes produisent beaucoup, cette énergie peut être stockée dans les réservoirs de nos centrales jusqu'au moment opportun. Il s'agit là d'un atout considérable.

Hydro-Québec met en oeuvre des moyens considérables en R-D et effectue des investissements importants en vue d'assurer le succès de la filière éolienne au Québec. Cet effort est largement reconnu dans l'industrie, entre autres par l'Association canadienne de l'énergie éolienne qui, en 2008, remettait son Prix du leadership collectif à Hydro-Québec «pour avoir fait en sorte de garantir un avenir prometteur pour l'énergie éolienne au Québec et au Canada».

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Précisions du journaliste

Le «modèle» québécois permet à Hydro-Québec d'obtenir le prix le plus bas tout en imposant un plafond à la production éolienne de 3500 MW. Or Hydro-Québec a reçu des propositions pour environ 12 000 MW lors des deux appels d'offres déjà complétés. Avec le système allemand, qui impose au distributeur d'acheter toutes les énergies vertes qui respectent le prix légal, un système également adopté par l'Ontario, on peut penser que la moitié, voire les deux tiers, de ces 12 000 MW seraient devenus des projets concrets, qui auraient permis d'annuler ou de reporter plusieurs projets hydroélectriques sur les derniers grands fleuves vierges du Québec, comme la Romaine ou la Petit-Mécatina.

Par ailleurs, lorsque vous affirmez que «les coûts de raccordement des éoliennes au réseau sont bel et bien assumés par Hydro-Québec», cela mérite d'être nuancé. Hydro-Québec paye effectivement la construction des lignes, mais se fait rembourser cette somme à travers les tarifs d'utilisation imposés aux promoteurs. De plus, la construction des postes de transformation de départ, qui accroissent le voltage des parcs éoliens pour le faire passer au niveau de celui du réseau, est assumée par les producteurs. Hydro-Québec rembourse une partie de ce branchement en accordant un montant fixe. Selon les gens de l'industrie, les promoteurs assumeraient en moyenne la moitié de ce coût d'intégration.

Louis-Gilles Francoeur

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