Réplique aux textes de Richard Desjardins - Après L'Erreur boréale, beaucoup de choses ont changé...

J'aimerais remercier Le Devoir de me permettre de répondre aux deux lettres signées par M. Richard Desjardins et parues les vendredi 12 juin et samedi 13 juin 2009. Je m'abstiendrai de répondre aux attaques personnelles de M. Desjardins. Je me contenterai seulement de rectifier les inexactitudes et les faussetés contenues dans ses lettres.

Les gens reconnaissent de plus en plus qu'il faut faire la part des choses et ne se contentent plus qu'on leur serve un vieux disque égratigné. Ils sont ouverts à des points de vue scientifiquement reconnus et à des données observables, ce qui peut agacer certains porte-parole de groupes d'intérêts, habitués à créer des perceptions sans aucune rigueur scientifique et intellectuelle.

Concertation

Plusieurs étapes ont permis l'émergence du consensus des partenaires de la forêt dont parle M. Desjardins. Les groupes intéressés et leurs porte-parole avaient d'abord défilé individuellement devant la Commission Coulombe (2004), sans concertation entre eux. Trois ans plus tard, soit en décembre 2007, il y a eu le Sommet sur l'avenir du secteur forestier, où une douzaine de groupes ont participé aux discussions et se sont entendus sur une déclaration commune, laissant poindre des consensus relativement intéressants pour l'évolution du régime forestier. Ce Sommet aura sans contredit permis aux différents groupes, n'en déplaise à M. Desjardins, de se parler, de se comprendre et d'apprendre à travailler ensemble.

Le dépôt du Livre vert par le ministre Claude Béchard, en février 2008, a ravivé le désir de se parler, de se concerter afin de présenter des propositions consensuelles au ministre. Depuis juin 2008, ce sont 14 groupes [qui] ont travaillé de bonne foi à définir les bases d'un Régime forestier tenant la route et ainsi proposer des solutions afin d'assurer la pérennité de la forêt, et ce, à la demande du ministre qui se disait désireux de dégager le plus large consensus possible. Et tout cela, n'en déplaise toujours à M. Desjardins, qui qualifie notre consensus du milieu forestier de «dangereux».

Des faussetés

Je crois que le réel danger ne résulte pas du fruit de la concertation, mais plutôt des faussetés rapportées par un poète-chanteur affichant avec une ardeur presque biblique ses perceptions comme étant «la voie et la vérité».

Qu'y a-t-il de «dangereux» à s'entendre et à se concerter? Qu'y a-t-il de «dangereux» à faire des compromis pour arriver à un consensus?

Il faut reconnaître que cela peut être menaçant pour un prédicateur qui ne veut pas voir entacher les fausses perceptions qu'il a aidé à forger. Ce consensus est un bienfait pour les citoyens, pour l'économie et pour une gestion saine et intégrée des ressources.

Voyons maintenant les affirmations de M. Desjardins. Tout comme il y a dix ans il s'écriait que toutes les grandes compagnies étaient des «bandits» (excusez-le), cette fois-ci, tout le monde y passe: les ministres sont des malades (y compris monsieur François Gendron, à qui la population d'Abitibi-Ouest accorde sa confiance depuis plus de 32 ans), les fonctionnaires sont des incompétents, les porte-parole sont désopilants! Et, pendant ce temps, les faussetés pleuvent à profusion.

Parmi celles-ci, quelques-unes font maintenant partie du vieux disque égratigné et ont été maintes fois dénoncées par l'industrie.

Première fausseté

M. Desjardins écrit: «L'industrie s'est plantée elle-même, s'obstinant à ne produire que du bas de gamme-madrier et papier pour les États-Unis» et [dénonce] le passage de l'industrie sous le contrôle américain: «Ils n'ont pas tort, presque toute l'industrie est passée sous contrôle américain, sous les yeux du grand souverainiste Guy Chevrette.»

Assurément, il y a quelques fausses notes là-dedans. C'est mentir que d'affirmer que c'est aux États-Unis qu'est exportée la plus grande partie de nos produits. En réalité, c'est l'inverse, puisque notre marché tend à se diversifier de plus en plus, il est de moins en moins dépendant des Américains. Seulement 40 % du volume des exportations québécoises de bois de sciage est expédié au sud de la frontière.

Quant au contrôle américain, le capital de nos entreprises n'a cessé de baisser au cours des quatre dernières années. On peut bien dire n'importe quoi sur la prédominance des Américains et la fuite de notre matière première publique au bénéfice des capitaux étrangers. Nous sommes fiers de posséder plus de 60 % de nos entreprises, qui oeuvrent sur le territoire québécois.

Des faits réels

Pourquoi mentir, et surtout pourquoi ne pas prendre le temps de s'informer? Sachez qu'une solide crédibilité s'appuie sur des faits réels. En 2005, lors de mon arrivée, AbitibiBowater, Domtar, Tembec, Smurfit-Stone et Louisiana Pacific détenaient 18 604 370 m3 en CAAF (contrat d'approvisionnement et d'aménagement forestier). Au moment où je vous parle, ces compagnies détiennent 13 031 300 m3 en CAAF, soit une diminution de 30 %, comparativement à 2005 (source: ministère des Ressources naturelles et de la Faune, 2009).

En fait, il faut ajouter que le Québec est le chef de file au Canada dans les produits à valeur ajoutée, à égalité avec l'Ontario, et devance par le fait même la Colombie-Britannique. Les produits de deuxième et de troisième transformations occupent presque la moitié de nos exportations. Nos produits du bois sont appréciés en raison de la valeur et de la qualité de la fibre, et ce, autant pour le papier que pour le bois d'oeuvre. De plus, il y a actuellement plus de 600 projets d'investissements dans de nouvelles technologies et dans de nouveaux produits. Cessons de nous diminuer: nous sommes les champions du monde de la transformation de billes de faibles dimensions résultant des conditions climatiques et géographiques québécoises.

Deuxième fausseté

M. Desjardins poursuit: «Ce consensus réclame du gouvernement la gratuité quasi définitive de l'accès à la ressource. Remboursement à 100 % du coût de construction des chemins, prise en charge par l'État de la totalité des travaux sylvicoles et de la lutte contre le feu et les épidémies, baisse de la taxe sur les carburants, abolition de la taxe sur le capital, majoration des avantages fiscaux pour l'investissement dans les usines, diminution des droits de coupe jusqu'à 25 cents le mètre cube dans certaines régions.»

Affirmer de telles choses est un outrage à l'intelligence! Qui se donne la peine de lire le document du consensus et le projet de loi verra que la demande se limite à payer la ressource au prix du marché. Ces affirmations gratuites, énumérées hors contexte, nuisent bien sûr à l'industrie et à tous ceux qui gravitent autour d'elle. Une fois de plus, M. Desjardins ment effrontément.

La preuve, c'est que le projet de loi repose en grande partie sur la mise en marché des bois par soumission publique. Nous sommes bien loin de la «gratuité» dont parle M. Desjardins, n'est-ce pas? S'il s'était informé adéquatement, il aurait vite compris que le prix de la fibre, comme partout ailleurs en Amérique du Nord, s'établit à partir de deux prix, soit un prix qualité pâte et un prix qualité bois d'oeuvre. Ne soyez pas offusqué! Je reconnais qu'il n'est pas facile de faire la distinction. [...]

Troisième fausseté

À propos de la régénération de la forêt: j'ignore quel génie informe Richard Desjardins, mais il faudrait qu'il refasse ses devoirs. Tout le monde sait qu'environ 80 % des forêts faisant l'objet de récolte se régénèrent adéquatement en essences et en quantité sans l'intervention de l'homme et que c'est naturellement que les essences se sélectionnent et croissent. Laisser la nature reprendre le dessus, c'est le meilleur moyen d'assurer la survie d'un écosystème. C'est seulement dans 20 % des cas, où la régénération tarde, que nous procédons par voie de reboisement suite par exemple à une succession d'incendies de forêt intenses.

Dans les plates-bandes filmées de L'Erreur boréale, nous tenons à préciser que ce n'est pas du feuillu qui a été replanté, mais bien du pin gris, même si sur l'image on aperçoit une branche de feuillu. À défaut de retourner sur place, il faudrait que vous preniez le temps d'arrêter l'image pour bien voir. Je concède que, pour certains, la distinction entre un résineux et un feuillu peut porter à confusion... Pourtant, cela ne devrait pas confondre le spécialiste en foresterie et le forgeur d'opinion que vous êtes.

Développement durable

J'aimerais remercier M. Desjardins pour cette tribune qu'il m'offre afin de rectifier ces faussetés colportées à tort. Celles-ci nuisent non seulement à l'industrie forestière, mais à tout le Québec et plus particulièrement aux régions. Ce fut également l'occasion pour moi de porter un regard sur les actions posées et de mettre en lumière les objectifs que je poursuis dans mon mandat actuel.

Fils de bûcheron, et fier de l'être, je ne suis pas allé en politique pour me faire reconnaître une aire protégée, mais plutôt pour poser des gestes pour les Québécois et pour les régions. J'ai amorcé le processus de création des parcs nationaux québécois, et pour n'en nommer que quelques-uns: le parc des Hautes-Gorges dans Charlevoix, le Fjord du Saguenay, le parc des îles de Boucherville, le parc du mont Saint-Bruno, le parc du Bic à Rimouski, Vauréal sur l'île d'Anticosti, le parc d'Oka, Aiguebelle dans votre Abitibi natale, le parc de Plaisance dans Papineau-Labelle et le parc de Pingualuit au Nunavik.

Parler, c'est une chose, agir en est une autre. En même temps, je me suis enquis de toutes les dimensions du développement durable et je crois humblement les avoir comprises. J'aimerais rappeler à M. Desjardins que j'ai personnellement créé le ministère des Régions, et je crois fondamentalement qu'un Québec économiquement fort passe par des régions économiquement fortes.

Vérifier l'information

Je veux également souligner qu'il n'a aucunement besoin de me convaincre de l'importance de la pérennité de nos forêts, première dimension du développement durable. L'accessibilité aux ressources et leur exploitation constituent le deuxième élément et, finalement, le troisième et non le moindre rejoint la dimension sociale et humaine. L'exploitation des ressources naturelles de façon raisonnée peut se faire par une gestion intégrée au profit de tous.

Je reconnais qu'il est plus difficile de porter un jugement équilibré sur les trois dimensions du développement durable que d'en épouser une seule et d'en faire la promotion. Il est vrai que j'ai fait le tour du Québec pour expliquer les choses de façon claire et franche, peut-être bien avec «un violon à quatre cordes sous le bras» comme vous le dites, mais en prenant bien soin de vérifier l'information et d'éviter les fausses notes et les demi-vérités.

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1 commentaire
  • Modest The Best - Inscrit 29 janvier 2011 08 h 03

    Bla bla bla ...

    En tant que Français à Perpignan, c'est avec recul que j'observe la situation . C'est suite à une émission de 2010 sur France Culture (qui vérifie systématiquement les sources) que j'ai appris avec horreur "l'erreur" ! Et force est de constater que rien n'a changé depuis ce documentaire : les responsables sont toujours si peu crédibles face aux chiffres des données collectées, tout experts confondus (politiques inefficaces, exploitants cupides ...) . Et il est amusant de remarquer, même si ce rire est jaune, que l'apathie dont font preuve ces responsables (politiques et exploitants) vis à vis de tous les dommages collatéraux à la sylviculture est inversement proportionnelle à l'énergie déployée par ces mêmes personnes quand il s'agit de discréditer ces chiffres d'expert en faisant preuve d'une rare mauvaise foi !!! Aussi les mots de Guy Chevrette - Président-directeur général du Conseil de l'industrie forestière du Québec - ne pèsent-ils pas bien lourds comparés aux images recueillies sur le terrain . C'est une fois de plus un discours mélangeant rhétorique, scolastique et, osons (tel François), mensonges éhontés . Réveillons-nous que diable ; à une époque où les enfants n'ont jamais été autant choyés, chéris et protégés, il est quand même paradoxal de leur imposer un tel avenir déboisé, Mr Chevrette ne trouve-t-il pas ?