Merci Québec!

Aujourd'hui, je repars vers la Cité des étoiles en Russie pour reprendre mon entraînement. Je repars avec une dose d'énergie supplémentaire et inattendue. Je viens de vivre une semaine incroyable! J'ai vécu une semaine remplie d'événements marquants me remettant en contact avec mes proches, mes amis, mes employés et vous, gens du public, jeunes et moins jeunes qui, tous, m'avez livré des messages sincères, touchants et vraiment très inspirants pour la poursuite de mon aventure... notre aventure commune.

Que ce soit à l'Internationale des feux Loto-Québec, lorsque j'étais dans la rue, en voiture ou lors de ma présence au Cirque ces derniers jours pour la célébration de notre 25e anniversaire, vos «Bon voyage!», «Lâche pas!» et «Vas-y Guy!» m'ont touché profondément.

Et il y a eu Gaspé. Une ville au complet m'a accueilli à bras ouverts en portant un nez de clown. Ce geste faisait partie de mon rêve, il y a 25 ans, et de le voir se réaliser, spontanément, par des gens aussi généreux et authentiques restera marqué dans ma mémoire toute ma vie. Vous m'avez tous touché, ému et inspiré. J'ai retrouvé cette source de motivation inconditionnelle que vous avez toujours représenté. Merci aux gens du Québec!

De l'audace et de la folie

La vie m'a enrichi. Par ses rencontres, ses chemins parfois sinueux et ses expériences inoubliables. La vie m'a aussi amené aux quatre coins de la planète. Ceci est le résultat d'une grande détermination de ma part et d'une bonne dose de travail acharné avec une bande de rêveurs. Vingt-cinq ans plus tard, je peux nous féliciter d'avoir eu l'audace d'essayer, la force de caractère de ne pas abandonner et, surtout, d'avoir entraîné avec nous des millions de personnes.

Des gens d'ici et d'ailleurs qui se laissaient emporter par notre douce folie que nous rêvions de partager. Je me suis fait dire à maintes reprises que mes projets étaient fous, extravagants et peu réalistes. Avec le recul, force est d'admettre que j'ai eu raison de croire en ces projets fous, extravagants et peu réalistes. Ils ont permis à des créateurs, à des artistes, à des artisans et à des employés, plus de 4000 en tout, de se réaliser comme personne, de bien vivre et, j'espère, de croire que tout est possible à force de travail et de bonne volonté.

Parce que c'est ça, le nerf de la guerre. La volonté et le respect. J'ai un respect immense pour ces gens qui font partie de ma vie, ma famille, ma gang du Cirque du Soleil, notre public. Ce sont eux qui me motivent, m'inspirent et me donnent la détermination et la volonté d'aller plus loin. Vous m'avez démontré cette semaine que j'avais raison de croire en vous.

Sceptiques et maringouins

J'ai l'habitude de ne pas me laisser distraire par les sceptiques. Il y en a toujours eu autour de moi et il y en aura toujours. Mais, comme les maringouins, ils font du bruit, piquent et, après quelques jours, on les oublie! J'ai beaucoup de difficulté à comprendre et à respecter les gens qui s'entêtent à freiner les rêves.

Ces gens qui, défaitistes, croient que leur voix sera entendue de la population et incitera celle-ci à croire que nous sommes bien comme nous sommes. Niveler les ambitions par le bas, encourager la médiocrité en souhaitant que ça ne fera pas de vagues et que c'est comme ça que nous allons bâtir des générations fortes et riches des expériences et de la connaissance des autres, ce n'est pas le modèle que j'ai reçu.

Et ce n'est assurément pas le modèle que je veux transmettre à mes enfants. Je sais bien, en discutant avec les gens, que ce n'est pas un modèle qu'on préconise comme être humain ou comme citoyen. Les gens veulent des leaders, de l'inspiration. Les gens veulent faire partie de rêves et contribuer, à leur échelle et selon leurs moyens, à l'atteinte de ces rêves.

Avoir de l'argent

J'ai connu le succès avec mon entreprise et ce succès m'a donné des moyens financiers. Cet argent me permet de faire beaucoup de choses que je ne pouvais pas faire dans le passé. J'ai une bonne vie, c'est vrai. Je choisis d'investir dans les emplois, dans les gens et les rêves. Je choisis de faire circuler cet argent. C'est un droit et un privilège que je me donne.

J'ai aussi fait des projets qu'on a interprétés comme des «privilèges de riches» ou une démonstration d'extravagance. En fait, ces projets artistiques et ces fêtes fastueuses étaient de véritables incubateurs de talents. Des projets qui permettaient à de jeunes créateurs de se faire la main. Aujourd'hui, ces mêmes créateurs travaillent sur des spectacles permanents du Cirque du Soleil.

Les légendes urbaines associées à ces fêtes me font toujours sourire parce qu'elles sont imaginées par des adultes qui aiment valoriser leur propre statut à travers ce genre de potinage. Aujourd'hui, comme père, je me dois de ne plus laisser circuler ces ragots. Mes enfants et mes employés ne méritent pas ce traitement odieux. Je ne crois pas à ceux qui profitent des succès des autres pour s'enrichir eux-mêmes.

Ceux qui trouvent le «filon», «la bonne affaire» qui mène à une réussite rapide sans efforts, sans respect des autres. J'ai rencontré des gens plus d'une fois dans ma vie qui ont essayé de faire ceci à mes dépens. Aujourd'hui encore, ça se produit. Mais ces personnes finissent toujours par se flouer elles-mêmes. Comme dans une partie de poker, il est difficile de me «bluffer».

On a laissé entendre que j'étais un «nouveau philanthrope». Il y a pour moi une très grande différence entre la philanthropie et la notion de partage. Je ne me considère pas uniquement comme un philanthrope. J'ai toujours cru dans le fait de nourrir le cercle de la vie. Vous me qualifierez peut-être de bohème ou même de naïf, mais je peux vous assurer que c'est ce même cercle qui m'a nourri à mes débuts.

Lorsque j'étais amuseur public, je comprenais l'importance de la notion de réseau, l'influence de la performance de l'artiste sur le public; cette connexion, parfois inexplicable, qui fait vivre de grands moments. Depuis ce moment, comme artiste de rue, j'ai toujours su qu'il était essentiel que j'intègre la notion de partage à ma vie, tant sur le plan individuel que sur le plan professionnel.

C'est comme ça que, depuis plus de 15 ans, nous avons instauré au Cirque du Soleil une valeur fondamentale à notre entreprise: celle d'offrir des projets sociaux et culturels concrets qui visent à aider les créateurs, les artistes et les communautés. Avec notre politique du 1 % de nos revenus bruts, nous souhaitons contribuer à un monde meilleur par l'entremise des arts. Il y a une chose que je n'ai jamais voulu faire, c'est de me servir de cet engagement pour valoriser notre entreprise. Nous le faisons par conviction, et jusqu'à ce jour, je sais que c'était la bonne décision.

Goutte de vie

Mon rêve d'aujourd'hui est très simple. Mais je n'ai pas 25 ans pour le réaliser. J'ose croire que mes 25 dernières années constituent une base suffisamment solide pour soutenir ma nouvelle démarche. Je ne peux pas croire que mon travail du passé ne puisse pas servir à définir l'avenir.

Lorsque j'ai décidé de créer la Fondation One Drop - Goutte de vie en 2007, le même esprit m'animait. Deux raisons motivaient mon choix. La première: l'eau est source de vie. La deuxième est une donnée effarante voulant qu'un enfant meurt toutes les huit secondes parce qu'il ou elle n'a pas accès à de l'eau potable. Ça me suffisait.

J'ai créé la fondation en injectant personnellement 100 millions de dollars pour réaliser des projets concrets sur le terrain. Ces projets visaient à donner accès à l'eau à des populations dans le besoin. Cela a notamment donné lieu à un projet-pilote au Nicaragua et à un deuxième projet similaire au Honduras. On s'apprête à en mettre un troisième sur pied, dans un pays arabe cette fois.

Avec Oxfam International, nous trouvons des solutions tangibles pour faciliter l'accès à une eau de qualité en quantité suffisante, cette importante source de vie, afin d'assurer un meilleur avenir à ceux qui en ont besoin. One Drop - Goutte de vie vise également à faire de la sensibilisation auprès de ceux qui ne se rendent pas compte que l'eau n'est pas une ressource inépuisable et qu'elle n'est surtout pas un droit acquis pour tous!

Prêter ma voix

Pour atteindre ces objectifs de sensibilisation, j'ai réfléchi à la meilleure manière de le faire. Ma stratégie est assurément de faire un coup d'éclat. Je souhaite rapidement promouvoir la mission de One Drop à l'échelle mondiale, ce qui me permettra, par la suite, d'utiliser cet effet médiatique pour justement interpeller les entreprises, les gouvernements et les individus concernant l'urgence d'agir.

Je ne veux pas faire la morale à qui que ce soit, je ne veux pas convertir qui que ce soit, mais je veux sensibiliser. Les enjeux de l'eau sur la planète concernent l'humanité, pas seulement les pauvres et pas seulement les riches. Il me semble tout à fait raisonnable de prêter ma voix pour faire état de cette situation. Je crois que de ne pas le faire serait beaucoup plus choquant.

Mission sociale et poétique

Finalement, à la veille de mes 50 ans, je viens de découvrir un autre groupe de rêveurs qui dédient leur vie à aider l'humanité. Ces explorateurs, pionniers, chercheurs et humanistes veulent changer le monde. Ils prennent la décision, malgré le risque qui s'y rattache, d'explorer l'espace et, par la même occasion, d'améliorer nos vies aujourd'hui. Il ne faut pas banaliser leur courage. Comment ne pouvons-nous pas les admirer?

L'univers des cosmonautes/astronautes et des gens qui les entourent doit nous inspirer. Cela doit servir d'exemple à la jeunesse d'aujourd'hui et aux générations futures. Je me sens privilégié de côtoyer ces gens. Ils m'ont accueilli avec beaucoup d'ouverture et ils partagent leurs connaissances avec une générosité hors du commun.

Avec ma mission sociale et poétique, j'ai choisi de mettre en avant un message simple. Je souhaite toucher les gens sur la question de l'eau. Je veux accomplir cette mission avec ce que je sais faire le mieux, c'est-à-dire avec une approche artistique et innovatrice pour conscientiser les gens du monde entier aux enjeux sur l'eau qui nous concernent tous.

Un pari

Est-ce que je réussirai? Je ne sais pas, mais je sais qu'il vaut la peine d'utiliser la voix qui m'est donnée, de la joindre aux milliers d'autres pour qui cet enjeu planétaire est important. Est-ce que je connais les résultats d'avance? Non. Toutefois, j'ai la profonde conviction que je dois tout mettre en oeuvre pour convaincre ne serait-ce qu'une personne à la fois. Si je réussis à sauver ne serait-ce qu'une vie, ce sera ça d'accompli. Une goutte à la fois. Un message à la fois. Une planète. Seul l'avenir nous dira si j'ai eu raison de croire en ce rêve... C'est un pari que je suis prêt à prendre!

À la création du Cirque du Soleil il y a 25 ans, on nous disait que nous avions «réinventer» le cirque. Ma volonté pour One Drop - Goutte de vie est de «réinventer» la philanthropie et l'approche pour réaliser des projets sociaux. De faire passer le message à travers des projets qui touchent le coeur des gens. Parce que je crois qu'un message est beaucoup plus fort lorsqu'il est transmis par une émotion.

Enfin, je voudrais très simplement vous dire que le Guy Laliberté d'aujourd'hui n'a jamais été aussi proche du Guy Laliberté d'il y a 25 ou même 30 ans! Au cours des 25 dernières années, j'ai toujours visé le même objectif: vivre ma vie avec intensité, mais surtout avec la conviction que nous pouvons changer le monde! Je ne peux pas faire fi de ça; c'est dans mes gènes! «Impossible», c'est juste un mot. Continuons d'y croire.

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