Pour une politique sur l'itinérance

Avec le dépôt attendu du rapport de la commission parlementaire sur l'itinérance, une question demeure dans la communauté des organismes communautaires: le gouvernement du Québec optera-t-il pour un plan d'action ou pour une politique en itinérance? Le choix n'est pas anodin et colorera grandement l'action qui en dépendra.

Une première réponse gouvernementale est venue en septembre 2008 et a pris la forme d'un «cadre de référence» produit par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS); il marquait une reconnaissance de l'enjeu, sans y apporter les réponses adéquates. Il est vite apparu que la Santé ne pouvait agir seule et qu'elle devait interpeller d'autres secteurs.

Actuellement, différents ministères et institutions sont donc réunis pour produire un plan d'action interministériel en itinérance, dont la ministre responsable du dossier, Lise Thériault, annonce la sortie pour cet automne. De son côté, le Réseau SOLIDARITÉ itinérance du Québec (RSIQ) ainsi que ses partenaires demandent une politique en itinérance. Certes, dans l'absolu, le plan d'action pourrait constituer une réponse adéquate, d'autant plus qu'il est global comme nous le demandons. Pourtant, ce n'est pas le cas.

Vision globale

La Politique en itinérance repose sur une nécessité: le fait que la société québécoise et civile puisse se positionner en faveur de l'amélioration à long terme des conditions de vie des personnes itinérantes et du respect des droits de tous les citoyens. Elle énonce une vision qui repose sur un changement de valeur, soit le fait de prioriser tant le phénomène que les principes d'action qui en découlent. Nous sommes d'avis que le gouvernement du Québec doit s'engager à améliorer la situation en effectuant des changements en profondeur. Bref, il faut établir des fondements, concevoir les bases, avant de concevoir un plan d'action.

Une politique repose sur l'énoncé des droits des personnes itinérantes et constitue un outil positif qui tient compte de la place que doit avoir une personne itinérante dans la société: elle appelle à une citoyenneté à part entière. De son côté, un plan d'action s'attarde à des problèmes spécifiques. Il circonscrit la situation d'itinérance en n'ayant pas l'obligation de prendre en compte la question de droit. [...]

Des assises communes

Avec la Politique est lancé un appel à la cohérence dans les actions menées par le gouvernement. Que la main droite fasse la même chose que la main gauche, ce qui n'est pas le cas actuellement! Le meilleur exemple de ce paradoxe concerne l'espace public: d'un côté, l'État finance des organismes d'aide (Santé et Services sociaux); de l'autre, il criminalise et judiciarise des personnes itinérantes (Sécurité publique et Justice).

La Justice, les Affaires municipales, la Santé, l'Emploi et la Solidarité sociale, l'Habitation et les autres doivent agir selon les mêmes paradigmes et les mêmes principes. Pour cela, la Politique prend tout son sens. Elle va au-delà de la concertation et de la discussion. Elle suppose l'adhésion de tous les acteurs à des droits et des principes d'action, un caractère-cadre et un engagement. [...]

Le plan d'action, quant à lui, ne repose pas sur des assises communes, mais il cherche un dénominateur commun qui permettra aux secteurs présents et impliqués de s'entendre. La nuance est capitale. Chacun y participe avec sa culture, ses besoins et ses exigences. La recherche du consensus sera difficile dans un contexte où les assises ne sont pas circonscrites dans un document-cadre et où chacun continuera à y chercher son propre intérêt.

Mandat d'un gouvernement

«Au lieu de travailler sur l'ensemble, on fait des choix et on met nos énergies sur des objectifs à atteindre rapidement. Et personnellement, dans le cadre de l'itinérance, je pense qu'on est davantage dans une approche de plan d'action que dans une approche de politique», a dit Roger Paquet, sous-ministre du MSSS, en octobre 2008.

L'avantage du plan d'action est effectivement que les résultats sont rapidement mesurables. Cette option a cependant le défaut de ses qualités: ses assises et sa durée de vie sont à court terme. Après quelques années, l'épuisement des crédits liés au plan, le changement de gouvernement ou encore de responsable de dossier, le plan survit difficilement. Pourtant, la question de l'itinérance ne peut pas être vue que dans un sens purement opérationnel. [...]

Travailler ensemble

Nous croyons qu'il est temps que le gouvernement du Québec s'appuie sur de nouvelles valeurs et de nouveaux paradigmes. Une vision globale du phénomène et des pistes d'actions doivent reposer sur des assises à long terme. Le but d'une Politique est de travailler sur l'ensemble et non de discriminer nos décisions en fonction des rendements que celles-ci peuvent apporter.

L'heure est au développement durable, qui n'est pas seulement une notion purement environnementale ou économique. Pourquoi ne pas transposer cette notion aux citoyens, et ce, dans le plein exercice des droits sociaux? C'est ce que nous demandons pour les personnes itinérantes.

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Ont signé ce texte: Marie-Claude Vézina (Table de concertation sur l'itinérance de Sherbrooke), Joël Castonguay (Regroupement pour l'aide aux itinérants de Québec), Pierre Gaudreau et François Villemure (Réseau d'aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal), Martine Martin (Table itinérance de Saguenay), Jacinthe Dorr (Table itinérance de Drummondville), Jean Casaubon (Table de concertation sur les sans domicile fixe de la Rive-Sud), Jenny Villeneuve (Collectif régional de lutte à l'itinérance en Outaouais), et Janie Fortin (Réseau des organismes et intervenants en itinérance de Laval).

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