Libre-opinion - Je représente un risque !

Propriétaire d'une moto GSX-R1000 2005 et conducteur de moto depuis bientôt six ans, je constate que l'évaluation de mon risque par la Société d'assurance automobile du Québec (SAAQ), représenté en dollars, n'a cessé d'augmenter avec les années, et ce, malgré le fait que mon dossier de conduite n'a jamais été entaché par ces amendes si salées distribuées par les percepteurs d'impôts à casquette. Quelle surprise de constater que la prime à payer ce printemps s'élève désormais à un peu plus de 1000 dollars!

Disons-le d'entrée de jeu: je sais que le risque que je représente est très présent, mais les automobilistes du dimanche ou ceux qui conduisent leur véhicule par habitude, par routine, en mangeant distraitement leur sandwich ou en faisant des retouches à leur maquillage, de même que ceux qui oublient leurs responsabilités (angles morts, arrêt obligatoire, clignotant pour signaler un changement de voie, etc.) décuplent les risques sur ma propre santé sans toutefois devoir payer davantage.

Par ailleurs, je crois que le seul fait de permettre à un jeune de 16 ans de conduire une moto qui peut atteindre 200 km/h en 10 secondes est totalement contre nature. Pour courir, j'ai dû commencer par ramper, pour ensuite me mettre debout et marcher... Et je ne vous parle pas ici de la maturité nécessaire pour maîtriser la testostérone qui coule dans nos veines à cet âge-là et qui fait défaut à plusieurs jeunes, ni de ce déni du risque si typique à l'adolescence ou même de l'inconscience quant aux conséquences qui peuvent avoir des répercussions permanentes sur la vie d'autrui.

Cela dit, je n'interdirais pas l'accès total à cette passion aux plus jeunes d'entre nous; mais il doit bien exister un mécanisme d'apprentissage différent de celui qui consiste bêtement à mesurer la profondeur de la poche du futur motocycliste. Il est bien illusoire de croire que l'on gardera les jeunes à l'écart avec cette surenchère d'immatriculation.

Parlant de surenchère, pénalisera-t-on aussi les propriétaires de voitures sport, alors que c'est l'attitude qui pose problème? Car c'est bel et bien le pilote qui est responsable de ses actes, qu'il conduise une Mustang ou une deux-chevaux! Il n'y a pas de mauvais outils, il n'y a que de mauvais utilisateurs.

Pourquoi une grosse custom coupleuse à souhait est-elle moins pénalisée qu'une sportive tout carénage? La clientèle qu'elle attire n'est pas la même, me direz-vous, mais n'est-ce pas là de la discrimination? Une forme de profilage? En effet, dire que seuls les propriétaires de sportive ont tendance à l'exagération ou que les propriétaires de custom sont plus sages que la moyenne constitue du profilage pur et dur.

N'ont-ils pas tous les deux des véhicules comportant deux roues? Ne serait-il pas plus logique de pénaliser ceux qui exagèrent? Après avoir outrepassé une certaine limite d'avertissement (deux ou trois contraventions très salées), on retirerait à ces inconscients le privilège de conduire, car c'en est un, bien entendu. Le principe de surtaxer toute une classe de conducteurs pour pallier les écarts de conduite de quelques écervelés ne me semble pas une façon très objective de tenter de redresser une situation.

Je suis conscient que je représente un risque plus élevé que si je conduisais un véhicule à quatre roues et je suis donc disposé à payer ce risque, mais le régime de la SAAQ n'est-il pas un régime universel, sans égard à la faute? Pourquoi alors aurais-je à payer plus que les autres? Le piéton, qui représente lui aussi un risque, pourquoi ne lui demandez-vous pas à lui aussi d'apporter sa contribution pour renflouer vos coffres? N'est-il pas un usager du réseau routier lui aussi?

Une dizaine de piétons par jour sont impliqués dans des accidents, à Montréal seulement. Ont-ils tous contribué à la caisse eux aussi afin d'être indemnisés? Pourquoi la SAAQ ne deviendrait-elle pas un régime universel pour lequel toute personne devrait contribuer au minimum et en fonction de l'évaluation du risque que celle-ci représente, évaluation qui serait basée sur l'âge et le dossier de conduite?

La SAAQ devrait miser sur la prévention. La vraie prévention, celle qui nous obligerait à remplir un questionnaire périodique qui aurait pour but de nous remettre en question aux deux ou trois ans, celle qui évaluerait le risque que l'on représente selon notre âge ou notre dossier de conduite ou encore celle qui nous forcerait à se présenter tous les cinq ou dix ans pour évaluer nos habilités de conduite afin de préserver notre privilège de circuler sur les belles routes du Québec.

Je ne me déroberai pas lorsque viendra le temps de payer mon immatriculation, mais combien de temps encore la SAAQ continuera-t-elle de se dérober derrière les mythes qu'elle véhicule?

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