Développer l'Arctique dans le respect de ses populations

Récemment, des représentants des trois territoires canadiens (le Yukon, les Territoires du Nord-Ouest et le Nunavut) sont venus à Ottawa faire part de leurs demandes en vue d'une augmentation des investissements dans les infrastructures et dans la diversification économique de leurs collectivités. Le Bloc québécois appuie cette demande.

Toute stratégie dans le Nord et l'Arctique doit d'abord et avant tout être élaborée en consultation avec les populations qui y vivent afin que celles-ci bénéficient des projets de développement, et elle doit être financée adéquatement. Si les sommes du budget de 2008, octroyées pour le développement du Nord, étaient un pas dans la bonne direction, le gouvernement fédéral doit en faire plus.

Inclusion du Nunavik

Il est d'ailleurs inadmissible que les Inuit du Nunavik (l'Arctique québécois situé au nord du 55e parallèle) soient toujours exclus de la Stratégie du Nord canadien (volet Développement économique et social), notamment en ce qui a trait à la construction de logements abordables. Le gouvernement fédéral doit respecter la volonté unanime de l'Assemblée nationale du Québec qui, le 28 novembre 2007, lui demandait d'inclure le Nunavik dans la Stratégie pour le Nord canadien. Il doit donc verser au Québec sa juste part des sommes concernées afin que celui-ci puisse lui-même soutenir et promouvoir le développement socioéconomique du Nunavik, en étroite collaboration avec les Inuits qui y vivent.

De façon plus générale, le Bloc québécois reconnaît l'importance du Nord et de l'Arctique. En raison de l'accélération des changements climatiques et de la fonte des glaces polaires, l'Arctique suscite une grande convoitise de la part des pays circumpolaires. Selon le U.S. Geological Survey, cette région contiendrait le quart des ressources énergétiques non découvertes du monde. Malheureusement, la course pour la maîtrise de ces abondantes richesses risque de provoquer des litiges.

À cela s'ajoutent les visées sur le stratégique passage du Nord-Ouest, de même que l'accroissement du trafic maritime qui aura lui aussi un impact sur le fragile écosystème arctique. Dans un tel contexte géopolitique, il est nécessaire de s'assurer que le développement de cette région du monde se fasse de façon ordonnée.

Principes essentiels

C'est pourquoi nous croyons que cette région doit être développée en respectant certains principes. Premièrement, toute action dans l'Arctique doit tenir compte des populations qui y vivent, notamment les Inuits. Ensuite, l'exploitation des ressources dans le Nord doit être suivie de près et encadrée, afin que la région ne soit pas livrée à un pillage des ressources. Troisièmement, il faut lutter contre les changements climatiques, qui ont des conséquences importantes pour l'Arctique, et protéger adéquatement l'extrême fragilité de ses écosystèmes. Finalement, tout litige frontalier doit être résolu pacifiquement et diplomatiquement, dans le respect du droit international et des principes du multilatéralisme.

Sur la question des changements climatiques, le ministre des Affaires étrangères du Canada, Lawrence Cannon, a reconnu dans un discours prononcé le 11 mars dernier que «le changement climatique a une incidence disproportionnée sur l'Arctique». Au Bloc québécois, nous avions fait ce constat il y a longtemps, mais pas les conservateurs.

Pouvons-nous cette fois leur faire confiance pour prendre les mesures qui s'imposent afin de s'attaquer aux changements climatiques et à leurs impacts sur les populations autochtones de l'Arctique qui doivent malheureusement s'adapter à cette réalité? N'est-ce pas Stephen Harper qui affirmait que le protocole de Kyoto était un complot socialiste? S'il veut effectivement contribuer à protéger l'écosystème arctique, le gouvernement doit s'attaquer aux causes des changements climatiques, en présentant un plan crédible de lutte contre les gaz à effet de serre comportant des cibles de réduction absolues et en utilisant 1990 comme année de référence. Le Canada est encore bien loin d'adhérer à ces standards internationaux.

Voeu pieux?

Sur le plan politique, le Bloc québécois a toujours privilégié une approche basée sur la diplomatie et le multilatéralisme plutôt que la stratégie musclée. En ce sens, le gouvernement canadien doit entretenir de bonnes relations avec les États circumpolaires. Il faut donc éviter de faire des gestes qui inciteraient à l'escalade des tensions. C'est pourquoi nous encourageons le Canada à oeuvrer à l'intérieur du droit international afin de bien asseoir sa souveraineté. Le bon forum c'est la Commission des limites du plateau continental au-delà de 200 milles marins, ainsi que le prévoit la Convention des Nations unies sur le droit à la mer.

Dans son discours du 11 mars, le ministre Cannon a fait preuve d'une nouvelle ouverture envers le multilatéralisme en affirmant vouloir «redynamiser le Conseil» de l'Arctique. Le Bloc y voit là une initiative qui va dans le sens des valeurs que nous défendons. [...] Mais là encore, le gouvernement canadien doit prouver que ce n'est pas un voeu pieux. Il doit notamment reprendre à son compte la recommandation de la 8e Conférence des parlementaires de la région arctique voulant que les assises politiques et légales du Conseil de l'Arctique soient renforcées.

Consulter les autochtones

De plus, le Conseil inuit circumpolaire déclarait récemment que l'inclusion des Inuits comme partenaires actifs aux délibérations nationales et internationales sur l'Arctique est primordiale. En ce sens, le Bloc québécois voit d'un bon oeil le statut de «participants permanents» accordé aux cinq associations autochtones siégeant au Conseil de l'Arctique. En tant que participantes permanentes, les associations autochtones influent directement sur les travaux du Conseil et les programmes qui en découlent.

Si cette approche consultative auprès des Autochtones se fait au Conseil de l'Arctique, elle devrait se faire également à l'intérieur des États. C'est pourquoi le Bloc québécois exige, d'une part, que le Canada appuie la Déclaration des peuples autochtones des Nations unies et recommande aux pays circumpolaires non signataires (les États-Unis et la Russie) de faire de même. D'autre part, le Canada doit développer ses propres outils de consultation auprès de sa population arctique et inciter les pays membres du Conseil de l'Arctique à agir de la sorte. [...]

Notre première préoccupation, je le répète, est le sort des populations qui y vivent. Dans ce contexte, le gouvernement fédéral doit dès maintenant permettre au Nunavik d'avoir accès aux programmes de soutien socioéconomique pour l'Arctique, au même titre que les trois territoires canadiens, et transférer au Québec sa part des enveloppes budgétaires concernées, afin que ce dernier puisse favoriser l'essor du Nord québécois en étroite collaboration avec les Inuit qui y vivent.

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