Un boisé à protéger

Nous habitons le quartier Bon-Pasteur, à Notre-Dame-des-Laurentides, dans l'arrondissement de Charlesbourg, à Québec. Dans notre quartier, et ce n'est malheureusement pas original du tout, il y a un boisé en perdition. On l'appelle le boisé des Soeurs ou le boisé du Bon-Pasteur.

On aurait pu croire qu'avec un pareil patronage sa pérennité était assurée, mais non! Il est en train de succomber, comme d'autres, sous les coups d'une prétendue raison économique banale à pleurer. L'argumentaire justifiant sa destruction peut se résumer comme suit: pourquoi ne pas «développer» ce qui peut l'être et qui risque de rapporter gros à des tas de gens, à commencer par la Ville? La Ville, on le sait, a une soif inextinguible de revenus, sans compter qu'il faut densifier l'habitat urbain, dit-on. Mais densifier à 12 ou 15 kilomètres du centre-ville, est-ce que ça ne ressemble pas plus à de l'étalement urbain qu'à de la densification?

Objectif initial

Pourtant, ces terrains-là étaient, à l'origine, destinés à d'autres fins. On l'a oublié, sans doute, mais leur premier acquéreur, George Manly Muir, un philanthrope catholique du XIXe siècle et cofondateur avec Marie Fitzback de la société Saint-Vincent de Paul, avait acheté ces terres pour en faire don aux soeurs du Bon-Pasteur, à condition que ces dernières y érigent un couvent, en 1869, puis une chapelle, en 1876. Notons en passant que, pour la construction de cette belle chapelle patrimoniale, le maire de Charlesbourg de l'époque, M. Parent, avait demandé aux habitants d'accomplir des corvées. On dit que près de 400 hommes avaient généreusement répondu à l'appel.

Au fil des années, la communauté religieuse a fait l'école aux enfants du secteur et par la suite, vers 1950, une partie des bâtiments et des terrains ont servi à la commission scolaire locale, à la paroisse ou à la Ville pour la construction d'une église et l'aménagement de terrains de jeux, d'une patinoire, d'un centre communautaire, d'une bibliothèque et, tout récemment, d'un terrain de soccer. Ainsi se perpétuait la mission initiale voulue par George Muir dès les débuts de cette histoire.

Tolérance

Pendant tout ce temps, les religieuses ont toléré l'usage que les enfants et les familles des environs faisaient de la partie boisée qui subsistait. Entre autres raisons de cette tolérance, il y avait celle-ci: les gens s'y promenaient, y faisaient de la raquette ou simplement de la randonnée, mais toujours en respectant ce milieu boisé. Jamais on n'y aura trouvé de déchets, de rebuts domestiques ou autres. Bien au contraire, des voisins y allaient plutôt en corvées individuelles ramasser les rares papiers qui pouvaient s'y retrouver.

Aujourd'hui, on ne sait pas pourquoi cet authentique patrimoine a échappé aux pouvoirs publics au moment où la communauté religieuse a décidé de s'en départir. Certains le savent peut-être. Mais le fait demeure, brutal: le boisé, après 140 ans d'existence, a été vendu à un promoteur privé, qui entend tirer de chaque mètre carré tout le profit possible.

Qui donc maintenant se plaint de la disparition annoncée de ce boisé innocent, qui empêche, et c'est là son seul crime, le développement? Eh bien! Ce sont les gens de notre quartier qui s'en plaignent, et amèrement! On tient à ce boisé et on est nombreux à y tenir: plus de 300 personnes ont signé une pétition récemment en ce sens!

Un tel boisé naturel, en milieu urbain, nous croyons que c'est un patrimoine, un patrimoine méritant qu'on le défende et qu'on le protège.

***

Ont signé ce texte les membresdu collectif Aux arbres, citoyens!: Stéphane Banville, Denis Béland, Marcel Dancause, Julie Gagnon, Guy Ouellet, Pierre Simard, Chantal Thivierge, Jacques Turgeon

À voir en vidéo