Lettre à la ministre de l'Éducation - Analyser la tâche professorale est «blessant»

Nous vous écrivons, à titre de doyennes et doyens des sept facultés de l'UQAM, afin de vous faire part de notre inquiétude par rapport à l'enlisement du conflit de travail qui paralyse actuellement notre institution.

En autant que nous puissions en juger par les informations que nous recevons, il semblerait qu'un des éléments faisant obstacle à une avancée significative dans la présente négociation collective soit la question de la tâche professorale. Plus précisément, malgré les nombreuses études documentant la situation de l'UQAM, incluant la tâche professorale, il semblerait que le MELS continue d'insister afin que soit mis sur pied un comité ayant pour mandat d'analyser la tâche des professeures et des professeurs de l'UQAM.

À titre d'acteurs et de témoins de première ligne, nous pouvons pourtant vous assurer que les professeurs de notre université travaillent tout autant que leurs collègues des autres universités. Notre position de doyenne et de doyen nous permet d'avoir un regard privilégié sur l'ensemble de la tâche du corps professoral et d'attester de son immense contribution à la formation des étudiantes et étudiants, au développement de la recherche et de la création ainsi qu'au soutien aux collectivités.

Engagement

Ce que nous voulons souligner plus particulièrement, c'est qu'un dégrèvement d'enseignement accordé à un professeur ne signifie pas pour autant qu'il travaille moins. La raison en est fort simple: quand cette personne donne un cours, elle est engagée dans une activité qui, au départ, comporte un nombre d'heures normé, activité qui, en bout de piste, dépasse d'ailleurs souvent ladite norme. Quand cette même personne est libérée d'enseignement pour faire de la recherche, de la gestion académique (assurée à l'UQAM par des professeures et des professeurs et non par des cadres comme c'est le cas ailleurs) ou apporter son expertise à un projet en partenariat, le plus souvent, elle ne sait pas vraiment ce que cela représentera au bout du compte, mais elle sait surtout qu'elle ne comptera pas ses heures...

Vouloir poursuivre l'analyse de la tâche professorale en cherchant des problèmes que cacheraient certaines statistiques est un exercice abstrait, réducteur et inutile socialement. Dans notre vie quotidienne de doyens, nous travaillons avec des gens qui ont un visage, une vie, une carrière et dont nous pouvons apprécier la remarquable contribution au développement de l'université et de la société.

Productivité

Quand on met sur la place publique la question de la tâche des professeures et des professeurs de l'UQAM en laissant planer un doute sur leur «productivité», cela est nécessairement blessant. Nous voulons, tout simplement, le rappeler et situer cet enjeu dans un cadre moins aride que celui des relations du travail. Nos collègues comprennent parfaitement qu'il y a des choses qui doivent être négociées; ils comprennent très bien que la situation de l'UQAM est particulière.

Mais ils voient aussi que toutes les études exigées de l'UQAM démontrent que nous faisons bien notre travail, que la qualité de nos étudiants est remarquable et notre contribution au développement de la société montréalaise, québécoise, canadienne et internationale, significative à plusieurs égards. Faire de l'examen de la tâche professorale une condition de poursuite des négociations nous semble donc contre-productif et contraire au bien public, dès lors que tous les chiffres sont déjà connus.

En conclusion, nous sollicitons votre appui afin qu'un règlement négocié intervienne et que soit préservée l'intégrité d'une institution qui profite de l'engagement et de l'attachement de ses professeurs et qui contribue par là au développement de notre société.

Ont signé cette lettre, les doyens et doyennes suivants: Enrico Carontini, faculté de communication; René Côté, faculté de science politique et de droit; Ginette Legault, École des sciences de la gestion; Yves Mauffette, faculté des sciences; Louise Poissant, faculté des arts; Anne Rochette, faculté des sciences humaines; Marc Turgeon, faculté des sciences de l'éducation

À voir en vidéo