Contre la vente du 1420, Mont-Royal

Le vice-recteur à la planification de l'Université de Montréal, M. Pierre Simonet, s'emploie dans Le Devoir du 23 mars 2009 («Faut-il bétonner la Montagne pour protéger le patrimoine?») à justifier la vente de l'ancienne Maison-mère de la Congrégation des Soeurs des Saints Noms de Jésus et de Marie (1420, Mont-Royal) en faisant valoir les raisons qui ont poussé la direction à rejeter l'hypothèse de la densification du campus de l'Université de Montréal sur le site actuel et à préconiser plutôt la création d'un second campus à la gare de triage d'Outremont.

Les auteurs de la présente lettre estiment que les arguments développés par M. Simonet leur donnent des raisons d'intervenir. Le vice-recteur cherche dans son texte à opposer d'une façon éminemment démagogique le devoir de préserver le patrimoine naturel et l'obligation de protéger le patrimoine culturel.

Le débat n'a pas eu lieu

Contrairement à ce que prétend le vice-recteur, la vente du 1420 a été annoncée à l'Assemblée universitaire sans débat. Personne n'a eu accès au contrat de vente. Comment un débat pouvait-il avoir lieu en de telles circonstances? La direction de l'Université de Montréal a déposé devant l'Office de consultation publique de Montréal une quarantaine de mémoires qui lui ont été remis lors de ses propres «consultations» portant sur le plan directeur des espaces, mais ce plan concernait la création d'un deuxième campus et non la vente du 1420. Il est donc pour le moins fallacieux de laisser croire que ces mémoires témoignent de l'existence d'un débat ayant eu lieu à l'Université de Montréal concernant la vente du 1420.

La seule raison officielle invoquée par la direction pour justifier la vente du 1420 est le «dépassement des coûts», puisque l'achat et la mise à niveau du bâtiment s'élèveraient maintenant à 150 M$, et non à 50 M$ comme on le prétendit quelques années plus tôt lors de l'achat. Il nous a pourtant été impossible de connaître la nature exacte des «dépassements de coûts».

Le prétexte des «dépassements de coûts» est par ailleurs complètement fallacieux. En lieu et place d'une densification du campus actuel et du maintien du 1420 Mont-Royal, la direction entrevoit le développement d'un second campus à la gare de triage d'Outremont, étalé sur une vingtaine d'années et s'élevant pour le moment à 1,2 milliard. D'ici vingt ans, les dépassements de coûts d'un second campus pourraient être bien plus importants que les 100 millions actuels de dépassement qui sont invoqués dans le cas du 1420. Ce seul fait annule complètement la valeur argumentative du «dépassement de coûts».

Pas besoin de bétonner pour densifier!

Dans sa lettre, M. Simonet omet aussi de préciser quels sont les besoins d'espace reconnus par le ministère de l'Éducation, du Loisir et des Sports pour l'Université de Montréal. Le ministère ne reconnaît que des besoins s'élevant à 50 000 m2 nets. Et pourtant, la direction de l'université veut vendre le 1420 Mont-Royal, qui répond à des besoins d'au moins 22 000 m2 nets, pouvant accueillir l'École de santé publique, les activités du BRAMS et une partie des activités de la Faculté de musique.

Il y a aussi quatre projets d'agrandissements possibles sur le campus totalisant environ 10 000 m2 nets (garage Louis Collin, Pavillon Bronfman, Faculté d'aménagement et Pavillon Desmarais). À cela s'ajoute la possibilité de construire le Lassonde II, qui pourrait sans doute inclure des espaces s'élevant à au moins 15 000 m2 nets qui permettraient de répondre de façon urgente et immédiate à des besoins criants de laboratoires pour les départements de science (physique, chimie et biologie). On parviendrait ainsi à atteindre la presque totalité des 50 000 m2 nets reconnus par le MELS. On y parviendrait sur le campus actuel et sans «bétonner la montagne», comme le soutient faussement M. Simonet.

Un troisième campus?

Le besoin de développer l'Université de Montréal sur un second campus est né spontanément dans l'esprit des membres de la direction à la suite de la décision du gouvernement du Québec en 2005 d'installer le CHUM à l'Hôpital Saint-Luc. La direction de l'université avait, juste avant cette décision, proposé plutôt d'installer le CHUM à la gare de triage d'Outremont. C'est tout juste après la décision gouvernementale qu'est apparue la «nécessité» d'un second campus à la gare de triage. Et c'est tout juste après l'achat du terrain à la gare de triage que la décision fut prise de vendre le 1420, Mont-Royal. On voit par conséquent que la vente du 1420 n'a rien à voir avec la bonne gestion ou avec le souci de préserver le patrimoine naturel du Mont-Royal.

Le vice-recteur Simonet omet enfin de dire que l'immeuble a été acheté en grande partie pour y loger l'École de santé publique dont la constitution était une priorité institutionnelle pour l'université au moment de son achat (la preuve, c'est que ce sont les départements de santé publique qui ont été les premiers à occuper le bâtiment, et qui l'occupent encore!). Le deuxième c'est que le projet de localisation de l'École de santé publique avec toutes ses composantes (enseignement, recherche....) au centre-ville dans les nouveaux locaux du centre de recherche du CHUM dont la construction est prévue (mais pas commencée) vient, de facto, créer un troisième campus pour l'UdeM.

Préserver les patrimoines naturel et culturel!

Nous n'acceptons pas une telle façon d'envisager l'avenir de l'Université de Montréal. Nous nous insurgeons contre le refus de l'Université de Montréal de mettre en valeur l'ancienne Maison-mère de la Congrégation des Soeurs des Saints Noms de Jésus et de Marie et de violer l'engagement pris auprès de la Congrégation de maintenir la vocation éducative du bâtiment. Nous n'acceptons pas l'argument voulant que la préservation du 1420 Mont-Royal est incompatible avec le devoir de l'Université de Montréal de s'acquitter de sa responsabilité de mettre en valeur le patrimoine naturel que constitue l'arrondissement naturel du Mont-Royal.

Il faut s'opposer à une vente à des intérêts privés du 1420, Mont-Royal à laquelle s'opposent d'ailleurs 90 % des intervenants ayant participé aux audiences de l'Office de consultation publique de Montréal. Il est inacceptable que l'on brade le patrimoine pour s'engager dans un projet immobilier qui pourrait subir le même sort que celui de l'Université du Québec à Montréal et dont les professeurs, les étudiants et le Québec dans son ensemble font aujourd'hui les frais.

Toute mise en vente d'un immeuble par une institution située dans l'Arrondissement historique naturel du Mont-Royal devrait d'ailleurs faire l'objet d'une mise en réserve automatique par la Ville pour l'aider et lui laisser le temps (deux ans, renouvelable une fois) de lui trouver une fonction publique ou parapublique compatible avec droit de préemption pour la Ville en cas d'échec.

Nous lançons un appel à la mobilisation de l'ensemble de la population de Montréal et du Québec et invitons les professeurs de l'Université de Montréal à faire connaître leur objection à la vente du 1420, Mont-Royal en se rendant à l'adresse www.facebook.com/1420Mont-Royal.
1 commentaire
  • hightower - Inscrit 26 février 2010 22 h 47

    Raisons des explosions des couts de rénovation

    J'ai eu information que l'édifice du 1420 mont royal était trop chère a rénover du a la présence d'amiante dans cet immeuble. On croyait que l'amiante était peu présent. On aurait constaté que la décontamination serait immense. Peut-on confirmer cela ?...plausible ?