Caisse de dépôt et placement - Instrument de souveraineté ou bas de laine?

Dans une opinion publiée dans l'édition du Devoir du jeudi 2 avril, le député péquiste Bernard Drainville s'en prend avec virulence à la nomination de Michael Sabia à la tête de la Caisse de dépôt et placement du Québec. Virulence et démagogie.

On ne reviendra pas sur le processus qui a conduit à la nomination de M. Sabia. Il y a, sur cette question, un assez large consensus selon lequel ce processus aurait pu être plus transparent et moins précipité. J'en suis. Mais, pour M. Drainville, M. Sabia sera le fossoyeur de notre économie et de nos sièges sociaux? Rien de moins. Pourquoi? Parce qu'il se prénomme Michael plutôt qu'Henri-Paul?

M. Drainville prédit qu'à lui seul, Michael Sabia menace rien de moins que la souveraineté économique du Québec! Qu'un député péquiste attribue un caractère souverain à tout ce dont il parle n'étonnera guère. Mais la souveraineté économique à l'ère de la mondialisation! Il faudra que M. Drainville nous explique ce que cela signifie. Un État exportateur comme le Québec, doté d'un si petit marché intérieur, peut-il prétendre être totalement souverain en matière économique?

Nationalisme économique

Même souverain, le Québec serait-il à l'abri des décisions qui se prennent ailleurs, de la concurrence étrangère, des fluctuations des marchés et des monnaies? Les épargnes des déposants de la Caisse devraient-elles sauver de la perdition tous les canards boiteux sous prétexte qu'ils sont Québécois? Faudrait-il d'avance, comme semble le suggérer M. Drainville, engager les fonds de la Caisse dans tous les SNC-Lavalin, Jean Coutu, Cascades, Couche-Tard qui feraient l'objet de convoitises étrangères en tout ou en partie? Pourquoi ne pas les nationaliser tout de suite? Ces décisions seraient-elles bonnes sur le plan économique ou seraient-elles simplement politiques?

Mais M. Drainville pousse encore plus loin un raisonnement basé sur le nationalisme économique le plus frileux et le plus étriqué. C'est ainsi que le député reproche au premier ministre d'avoir entériné la candidature d'un fédéraliste notoire et de s'être livré à une nomination strictement politique. «Jean Charest consolide l'influence de ceux qui ne veulent pas d'un Québec trop fort. Qui le veulent petit, docile, résigné à sa condition provincialiste», écrit le député Drainville. Ça, c'est stupéfiant! Henri-Paul Rousseau n'était pas reconnu comme un fédéraliste notoire et pourtant il a présidé aux pires pertes de l'histoire de la Caisse. Si un fédéraliste notoire peut récupérer ces pertes, ne devrait-on pas dire: «Tant mieux!»?

Qui fait de la politique?

D'où vient cette idée qu'un fédéraliste ne puisse rien accomplir de bon pour le Québec? Si l'on veut que la souveraineté soit une option légitime, il faudrait que les tenants de cette option cessent de démoniser sa contrepartie fédéraliste. Le fédéralisme n'a pas été le pire ennemi de la Caisse de dépôt, de Bombardier, de l'Industrielle Alliance, de Quebecor ou de CGI dans l'histoire de leur développement. Tous ont prospéré dans un cadre fédéral et aucun de leurs dirigeants n'a vu ses ambitions entravées sous prétexte qu'il vivait dans une province du Canada.

Il est vrai que, pour M. Drainville, le fédéralisme ne peut-être que prédateur, centralisateur en plus de nous conduire à notre perte collective. S'il faut qu'il soit notoire en plus! Le plus ironique est sans doute le fait de voir M. Drainville reprocher à M. Charest d'avoir fait de la politique avec la nomination de M. Sabia. Pourtant, tout le réquisitoire de M. Drainville, souverainiste notoire, pour reprendre son expression, consiste à placer au service des intérêts politiques de sa formation toutes les décisions futures de la Caisse de dépôt. Comme quoi, celui qui se laisse guider par son idéologie est tout à fait capable de voir la paille dans l'oeil de son adversaire, mais pas la poutre qui obstrue sa vision.