Sommet de l'OTAN - Le retour de la France servira-t-il le Canada?

Le sommet qui se termine aujourd'hui à Strasbourg-Kehl souligne le 60e anniversaire de l'OTAN. Au-delà de la question afghane et de la nomination d'un nouveau secrétaire général, la rencontre célébrera surtout le retour de la France dans le commandement intégré de l'Alliance. Prise par le président Nicolas Sarkozy, cette décision nous rappelle que la France avait quitté avec fracas les structures militaires de l'OTAN en 1966, sous le règne du général Charles de Gaulle. Le geste hautement symbolique de Nicolas Sarkozy suscite les passions en France depuis près d'un an, où il est présenté soit comme un reniement de l'identité de la France, soit comme une étape importante dans la nouvelle entente transatlantique.

À Strasbourg, Nicolas Sarkozy peut rappeler aux alliés que la France n'abandonne pas l'objectif de créer une Europe de la défense. Le président français proposera vraisemblablement et vaguement de développer un nouveau «concept stratégique» pour l'OTAN. Et il se félicitera que deux commandements de moyenne envergure soient confiés à des Français. Mais il est peu probable que des propositions concrètes de rénovation stratégique s'ensuivent. C'est dommage pour l'Europe, mais aussi pour l'Alliance atlantique.

OTAN européanisée

Le principal obstacle auquel fait face l'Alliance, en Afghanistan comme ailleurs, c'est la division des Européens, qui totalisent 24 des 26 membres de l'OTAN. Les Européens, pour la plupart, ne sentent pas que l'Alliance leur appartient vraiment. Parce qu'ils ne sont pas capables de proposer des initiatives communes et cohérentes, la plupart des pays européens ont tendance à se défiler lorsque vient le temps de contribuer à la sécurité européenne et mondiale. L'Europe ne peut pas, dans ces conditions, constituer un partenaire fort pour le Canada et les États-Unis. Ceci touche à un très vieux débat, qui est celui de l'européanisation de l'OTAN: cette ambition, souvent souhaitée, jamais réalisée, de donner une voix singulière à l'Europe dans l'Alliance.

Pour lancer le processus d'européanisation de l'OTAN, Nicolas Sarkozy devrait d'abord s'adresser à ses partenaires de l'Union européenne (UE). Si la discussion stratégique continue à se faire sans coordination européenne préalable, les pays de l'UE auront le plus grand mal à dégager un point de vue commun. À l'Assemblée générale de l'ONU, dans ses agences spécialisées et à l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, l'UE applique une politique étrangère commune qui se traduit, concrètement, par une coordination permanente et institutionnalisée des États européens.

Stratégie nucléaire

Il est étonnant que l'OTAN reste une des seules organisations internationales où l'UE ne peut pas parler d'une voix unique. Certes, il y a des raisons à cela, notamment le fait que quatre pays membres de l'UE ne font pas partie de l'OTAN. Il en résulte une Europe plus faible, mais aussi une Alliance plus lourde.

Heureusement, la réintégration de la France pourrait lever le principal obstacle à un rôle accru de l'UE dans l'OTAN. Ce caucus européen au sein de l'OTAN devrait aborder tous les sujets, sans tabou. Le plus pressant, aujourd'hui, n'est peut-être pas celui de la formation des forces armées afghanes, mais bien celui de la stratégie nucléaire. Ce dossier ne concerne pas seulement la doctrine d'emploi des armes nucléaires de l'OTAN, qui continue à disposer d'un nombre important de missiles nucléaires sur le continent européen, mais aussi le désarmement nucléaire et la non-prolifération.

Une portée limitée

Hélas, le président français a rappelé le 11 mars dernier que, malgré l'intégration de la France dans la structure militaire intégrée de l'OTAN, «naturellement nous allons conserver notre dissuasion nucléaire indépendante». En imposant un tabou sur le dossier nucléaire, Nicolas Sarkozy limite la portée de l'européanisation de l'OTAN.

Certains diront que les questions de dissuasion nucléaire appartiennent à un autre temps. Mais les États européens peuvent-ils vraiment éviter une réflexion sur les risques et les avantages que fait peser la possession d'armes nucléaires par l'OTAN sur la sécurité de l'Europe? La décision du général de Gaulle de retirer les forces françaises du commandement intégré en 1966 fut justifiée par le risque que la France et l'Europe soient attirées contre leur gré dans un conflit nucléaire.

Or, aujourd'hui, les forces de l'OTAN lancent régulièrement des frappes conventionnelles sur le territoire de la huitième puissance nucléaire du monde: le Pakistan. Si la nouvelle stratégie poursuivie par l'administration Obama, qui consiste à se concentrer sur l'élimination des bases arrière d'al-Qaïda au Pakistan tout en négociant une paix acceptable en Afghanistan, est sans doute la seule qui permette d'espérer une sortie au conflit, celle-ci n'est pas sans risque d'escalade.

OTAN paralysée

La stratégie nucléaire est une question, le maintien de la paix en Afghanistan en est une autre. Ce qui est certain, c'est que l'Europe qui parle d'une seule voix est plus à même de former un partenaire utile pour les États-Unis. En est-ce de même pour le Canada? Bien sûr, Ottawa se sentira un peu seul entre les géants européen et américain. Mais dans l'état actuel des choses, l'OTAN est paralysée par la difficulté qu'éprouvent les Européens à s'entendre sur une stratégie commune.

Un caucus européen au sein de l'OTAN permettra de clarifier la position des Européens, de les engager plus fermement dans l'Alliance et de renforcer le partenariat avec l'UE. Le Canada sortira plus fort d'une alliance apaisée que par la nomination, de toute façon illusoire, de Peter MacKay au poste de secrétaire général de l'OTAN.

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