G20 de Londres: un éléphant qui accouchera peut-être d'une souris

Les chefs d'État des 20 pays les plus industrialisés se réunissent à Londres aujourd'hui à l'occasion du Sommet du G20 afin de faire le point sur l'économie mondiale, qui est durement affectée par une crise financière dont l'ampleur rappelle la Grande Crise de 1929. L'économie réelle semble de son côté sombrer dans la récession, elle qui montrait déjà des signes d'essoufflement à l'été 2008. En effet, les prévisions économiques révisées du FMI pour l'année 2009 prévoient un repli de l'économie mondiale de 0,5 à 1 % au courant de la prochaine année, ce qui constituerait un précédent après plus de 60 années de croissance ininterrompue à l'échelle internationale.

Le sommet du G20 sera donc l'occasion de coordonner les actions des grandes institutions financières internationales; de réguler les échanges internationaux, notamment auprès des organismes financiers; de favoriser une plus grande stabilité des prix des matières premières, surtout en matière énergétique et agricole; et enfin, de relancer l'économie mondiale en tenant compte des objectifs environnementaux et de développement durable.

Exit au G7

En intégrant dans ses rangs les principaux pays émergents, le G20 — qui représente 90 % de l'économie mondiale — semble plus à même de faire apparaître des solutions concertées sur une échelle globale que le G7, qui a démontré au Sommet de Washington de novembre 2008 son incapacité à réunir autour de positions communes les principaux acteurs de l'économie mondiale.

C'est d'abord dans le cahier des charges des discussions de Londres qu'on perçoit cette volonté du G20 de devenir une table de discussion privilégiée du domaine économique. Les acteurs s'entendent d'emblée pour accroître les pouvoirs et les réserves monétaires du FMI — qui devraient donc passer de 250 milliards de dollars à 500, voire 750 milliards de dollars — afin de lui permettre de répondre de façon efficace aux demandes de crédits des États en difficulté.

Le FMI serait aussi doté de prérogatives plus étendues et se verrait confier les mécanismes «d'alerte précoce». C'est enfin la réforme du modèle de gouvernance de cette organisation, constituée de 185 États membres, qui est proposée de façon à refléter plus fidèlement l'émergence économique de plusieurs États devenus incontournables, qu'on pense seulement à la Chine, l'Inde et le Brésil. Les discours d'ouverture du nouveau président américain rendent ainsi possible l'évolution des quotes-parts et des droits de vote des pays émergents.

Les cibles du G20

Essentiellement, deux propositions semblent faire consensus auprès des États membres du G20: la nécessité de réformer l'architecture financière mondiale; et la mise en place de vastes plans de relance qui seraient coordonnés à l'échelle internationale de façon à assainir le système bancaire et à relancer le crédit auprès des entreprises et des contribuables. Toutefois, les Européens et les Américains ne s'entendent pas sur la priorité à accorder à chacune de ces mesures.

Les Européens proposent la création d'un organe de surveillance des marchés financiers. Les autorités s'entendent d'abord pour que cet organisme, qui veillerait à détecter les bulles spéculatives dans les domaines du crédit et du marché des actifs, soit doté des outils financiers et légaux pour les faire éclater au moment opportun.

En second lieu, les autorités s'attendent à ce que les institutions bancaires gèrent mieux les risques en augmentant leurs réserves de liquidité et leurs ressources en capital de façon à ne plus devoir être secourues dans l'éventualité d'une autre crise financière. Les autorités souhaitent aussi un resserrement de l'éthique d'entreprise, en les invitant à revoir leurs pratiques de rémunération des cadres de direction. Enfin, les pays veulent serrer la vis aux États pratiquant le secret bancaire, au premier rang desquels on retrouve la Suisse, le Liechtenstein et la Belgique.

Effets de la spéculation

C'est dans cet esprit que la CNUCED (Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement) recommande de limiter la financiarisation des produits agricoles et des produits de consommation de base. En effet, la spéculation a fait grimper les prix des produits de base à des sommets inégalés en 2008, provoquant même des émeutes de la faim.

La CNUCED évoque enfin l'idée d'interdire la spéculation sur les monnaies de façon à protéger le crédit des États en développement: «Des dispositions multilatérales doivent être prises en matière de taux de change; elles doivent empêcher les fluctuations brusques et importantes qui peuvent mettre les économies en danger», avise Heiner Flassbeck, de la CNUCED.

Plan américain

À l'entente franco-allemande proposant une réforme du système bancaire, les pays anglo-saxons préfèrent l'accent sur des initiatives favorisant la reprise économique. Le président américain Barack Obama a d'ailleurs pris une initiative en ce sens, en proposant un vaste plan de relance de l'économie américaine estimé à 5,6 % du PIB américain. Un plan que Joseph Stiglitz et Paul Krugman, deux Prix Nobel d'économie, jugent pourtant «trop faible».

Le plan se décline en plusieurs points: il prévoit d'abord l'injection d'argent public dans le système financier de façon à rescaper les banques en difficulté à partir d'une enveloppe budgétaire de plus de 700 milliards de dollars. Il entend aussi favoriser la consommation des particuliers grâce, entre autres, à des incitatifs fiscaux. Il veut enfin soutenir l'emploi en mettant de l'avant des chantiers d'infrastructure de plusieurs dizaines de milliards de dollars, ces investissements colossaux devant aider au développement de projets touchant à l'énergie renouvelable, de façon à renouveler le parc énergétique américain.

Échec en vue?

Les analyses portant sur le plan de relance du président Obama sont toutefois teintées de perplexité. L'économiste en chef du FMI, le Français Olivier Blanchard, «trouve le plan américain peu clair, notamment dans les méthodes d'évaluation des actifs toxiques et le traitement des banques insolvables». Ensuite, les investissements directs des partenaires européens — qui ne représentent que 1,5 % du PIB européen tant sur le plan communautaire que national — semblent faire défaut et pourraient, à terme, affecter la reprise.

Par conséquent, les recommandations du FMI soutiennent l'idée voulant que les pays européens «devraient [en] faire plus, pour contribuer à une demande soutenue en 2010», en injectant au moins 2 % de leur PIB dans le circuit économique. Le président américain a lui aussi exprimé le souhait de voir de telles initiatives poursuivies par l'Union européenne. Les chefs d'État européens disent toutefois préférer constater les effets des premiers plans de relance, que la chancelière Angela Merkel juge «suffisants».

Enfin, le président français Nicolas Sarkozy, qui menace d'user de la stratégie de la chaise vide en cas de désaccord, laisse déjà planer la possibilité d'un échec des pourparlers du G20. Devant une telle éventualité, les risques d'enlisement sont plausibles et font craindre l'aggravation de la récession en dépression, avec les symptômes qu'on lui connaît, soit la déflation, le chômage, la pauvreté et les troubles sociaux.

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