Où est passée la décence?

D'un côté, l'ex-directeur général de la FTQ-Construction, Jocelyn Dupuis, qui fait des réclamations plus que douteuses pour un montant de 125 000 dollars en six mois et une indemnité de départ de 140 000 dollars avec l'aval de son conseil exécutif, d'un autre, on apprend que l'ancien président et chef de la direction de Domtar, Raymond Royer, aura droit à une pension annuelle à vie de 720 000 $US. Pour ma part, je possède des actions de quelques entreprises, dont la Banque Royale.

Dans la dernière circulaire en prévision de l'assemblée annuelle, j'apprenais que les administrateurs du C.A. touchent de 200 000 à 300 000 dollars (ne vous inquiétez pas pour eux, ils sont aussi ou bien p.-d.g d'autres entreprises importantes ou administrateurs dans de nombreux C.A.) alors que le président de la Banque Royale, Gord Nixon, voyait sa rémunération diminuer de 18 % passant de 8 767 229 $ à 7 224 359 $, sans compter les options d'achat d'actions, dont la valeur est difficile à évaluer. Je pourrais poursuivre avec de multiples autres exemples que je trouve indécents. Une étude récente du Centre canadien de politiques alternatives nous apprenait que le salaire moyen des 50 p.-d.g. les mieux payés est passé de 104 fois le salaire canadien moyen, en 1995, à 400 fois de nos jours.

Pratiques incestueuses

Je vous invite à scruter les C.A. des grandes entreprises canadiennes inscrites à la Bourse. Vous y découvrirez des pratiques que je qualifierais d'incestueuses, c'est-à-dire un nombre somme toute assez limité d'administrateurs et de chefs de direction qui s'octroient mutuellement des rémunérations pharaonesques, des options d'achat d'actions, des unités d'actions différées, des indemnités de départ même si le départ est volontaire et d'autres compensations diverses dont des pensions à vie exorbitantes.

Généralement, lorsqu'une entreprise inscrite à la Bourse génère d'excellents profits, que des dividendes sont versés aux actionnaires, que la valeur des actions est à la hausse, ces résultats sont attribués directement au bon travail de la direction et ces cadeaux passent comme des lettres à la poste. Par contre, quand ça va mal, généralement, toujours selon eux, ce n'est pas de leur faute. C'est en raison du contexte économique global.

On pourrait ainsi lire dans les circulaires des conneries indécentes du genre: le C.A. qui se demande pourquoi réduire la rémunération totale des hauts dirigeants puisque les économies potentielles ne seraient pas «significatives» par rapport aux besoins de liquidités de l'entreprise et que des baisses de salaires pourraient démotiver les cadres et nuire à leur «rétention».

Je vais vous le dire pourquoi réduire leur rémunération: c'est parce que les salaires exorbitants et les autres bonus en tous genres des dirigeants, non seulement dilapident l'avoir des actionnaires, mais deviennent carrément indécents quand le rendement n'est justement pas là, quand les usines ferment, que les employés sont licenciés pas centaines.

Industrie automobile

Prenez par exemple, les vautours de GM, Chrysler et Ford qui veulent maintenant profiter de la situation économique désastreuse pour vampiriser leurs employés syndiqués et siphonner des milliards de nos gouvernements alors qu'ils ont produit massivement au cours de la dernière décennie des VUS qui ont une piètre performance en matière de consommation d'essence et des voitures trop souvent mal conçues et mal construites par rapport aux véhicules japonais. Ils sont là à menacer les syndicats et les gouvernements de fermer des usines et de faire disparaître des emplois s'ils n'obtiennent pas plusieurs milliards de dollars alors qu'ils ont totalement manqué de vision stratégique. C'est leur faute.

On apprend que Rick Wagoner, le grand patron de General Motors, a empoché 15,7 millions $US en 2007. Moins de deux ans plus tard, GM est menacée de s'écrouler. Il y a de quoi se poser de sérieuses questions sur la gouvernance de plusieurs entreprises et sur les politiciens qui s'apprêtent à verser des milliards aux constructeurs automobiles.

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