Le patrimoine, une responsabilité collective

Les opposants à la transformation du 1420, boulevard Mont-Royal en condominiums se sont beaucoup fait entendre au cours des derniers jours. Ils expriment la crainte de voir le patrimoine du mont Royal dénaturé et demandent le maintien de cet édifice au sein de notre campus, coûte que coûte. J'aimerais rappeler les faits qui ont mené à cette décision difficile mais responsable et mettre en lumière quelques-unes des qualités du projet de transformation, qui est présenté par le promoteur.

Contrairement à ce que craignent les opposants au projet, la transformation en résidences privées du 1420, Mont-Royal assurera beaucoup mieux la conservation des caractéristiques architecturales et environnementales des lieux que tout ce qu'aurait pu faire l'UdeM, en raison de l'immense disparité de moyens qui existe entre le promoteur et notre établissement.

Le promoteur s'est engagé de façon officielle, publique et sans équivoque à préserver les caractéristiques historiques de l'édifice, avec un soin particulier accordé à la chapelle qui s'y trouve, en plus de planifier un «reverdissement» majeur du site par l'ajout de toits verts et par le remplacement des stationnements par des espaces verts. Il s'est engagé à ouvrir la chapelle au public au moins une fois par mois. Enfin, il a aussi consenti à céder à la Ville une portion de terrain pour l'aménagement d'un sentier d'accès au mont Royal, ce qui facilitera l'accès à ce secteur de la montagne pour l'ensemble des citoyens.

Une décision responsable et honorable

Soyons clairs: si elle en avait les moyens, l'Université de Montréal serait heureuse de conserver cet édifice qu'elle a acquis, à une époque où il représentait sa seule possibilité d'expansion en combinaison avec la construction additionnelle d'un pavillon de sciences sur son campus. Ce pavillon projeté n'est plus réalisable en raison des nouvelles règles de protection du mont Royal — auxquelles l'UdeM souscrit entièrement — et la rénovation du 1420, boulevard Mont-Royal est vite devenue beaucoup plus onéreuse que prévu, même sans chercher à y déplacer des activités du secteur des sciences. S'entêter à transformer cet édifice certes majestueux, mais vétuste en pavillon universitaire aurait été une grave erreur.

Les premières évaluations avaient conclu à la faisabilité du projet et le ministère de l'Éducation avait approuvé l'achat. Toutefois, de nouvelles évaluations ont ensuite démontré, puis confirmé, l'explosion des coûts de rénovation. l'Université reçoit des subventions pour la rénovation et l'entretien de ses édifices selon des calculs complexes, mais qui n'accordent aucune prime pour la rénovation d'édifices anciens.

Dès qu'elle a constaté l'ampleur des coûts réels de la rénovation du 1420, Mont-Royal, l'Université a stoppé les travaux et a cherché des appuis additionnels auprès du ministère de l'Éducation, puis du ministère de la Culture, et auprès de philanthropes. Personne n'a souhaité soutenir financièrement ce projet. l'Université a aussi étudié d'autres modes d'utilisation de l'édifice, comme la conversion en résidences étudiantes, mais les coûts, encore une fois, ne rendaient pas le projet viable.

C'est à regret que l'UdeM a opté pour la revente, mais cette décision était la seule décision responsable en regard de notre situation financière. Le ministère de l'Éducation a été avisé et a appuyé la décision de vendre. De même, toutes les instances de l'Université, que ce soit le conseil, le comité exécutif ou l'assemblée universitaire, ont été avisées et ont joué leur rôle respectif.

L'acheteur a été choisi au terme d'un appel d'offres public rigoureux au cours duquel aucun autre organisme public n'a manifesté d'intérêt. l'Université ne dévoilera le prix obtenu que lorsque la transaction sera complétée afin de ne pas nuire à d'autres démarches qu'elle devrait faire si la transaction ne pouvait se conclure. Il est toutefois assuré que la transaction se réalisera à coût neutre pour l'Université: ni perte financière ni profit d'importance ne sont prévus.

La réalisation de ce projet est d'autant plus souhaitable que le statu quo est intenable pour l'UdeM. En effet, l'entretien minimal de cet édifice, dont elle n'occupe que 15 % de la superficie totale, entraîne des coûts importants. Ces montants grèvent notre budget de fonctionnement et détournent vers un édifice quasi désert des sommes qui seraient nécessaires à l'entretien des autres pavillons du campus, en particulier le pavillon Roger-Gaudry, bâtiment classé patrimonial, contrairement au 1420, boulevard Mont-Royal.

Certains font valoir que d'autres universités montréalaises ont opté pour la conversion d'édifices religieux pour répondre à leurs besoins. C'est exact, mais ces universités ont toutes, par ailleurs, des locaux modernes et bien adaptés pour leurs secteurs des sciences dites pures. Le déficit d'espace de l'UdeM est reconnu par le gouvernement du Québec. Il est tel qu'actuellement un étudiant sur six à l'UdeM est mal logé. De plus, nos départements de sciences, pourtant parmi les meilleurs au pays, sont logés dans des locaux vétustes qui ne correspondent en rien à la qualité de l'enseignement et de la recherche qui peuvent y être menés. Malgré ces conditions difficiles, l'UdeM accueille 20 % des étudiants de premier cycle en sciences pures au Québec. C'est donc une large partie de la relève scientifique québécoise qui fait actuellement les frais du manque d'espace et de la vétusté des locaux de la plus grande université du Québec.



Une transformation harmonieuse

Les règles de protection et de mise en valeur du mont Royal, entrées en vigueur en 2005, n'ont pas pour but de figer la situation immobilière ou environnementale actuelle. Ces règles orientent le développement et forcent la concertation, tout en définissant le cadre des interventions permises. L'UdeM, qui fait partie de cet écosystème depuis des décennies, a pris des engagements fermes envers le mont Royal. L'un de ces engagements est de renoncer à construire de nouveaux pavillons d'importance sur le campus. En conséquence, l'Université doit trouver en d'autres lieux la solution à son grave problème de pénurie d'espace.

Tout comme les opposants à ce projet, nous avons à coeur la préservation du patrimoine du mont Royal. Nous avons la conviction qu'il est possible de concilier ces objectifs de préservation du patrimoine et de l'environnement avec l'accessibilité au mont Royal et le changement de vocation du 1420, boulevard Mont-Royal.