Fonds de pension: les grands oubliés

À une époque pas si lointaine, plusieurs entreprises ont pris des congés de cotisation dans leurs régimes de retraite à prestations déterminées, encouragées par les rendements plus qu'intéressants des placements de ces régimes. La loi le permettait et certaines entreprises ont même pris des congés assez prolongés. La sagesse aurait recommandé de ne pas prendre ces congés et de continuer à faire fructifier leurs placements afin de se garder des provisions pour les jours difficiles, car ceux-ci finissent toujours par arriver. Ce qui devait arriver arriva et la crise financière et économique de grande envergure qui nous frappe maintenant a en a placé plusieurs au bord du gouffre.

Alors elles ont crié au secours et demandé des allègements aux gouvernements dans le renflouement obligatoire de leurs régimes de retraite. Le gouvernement du Québec s'est entendu avec les associations d'employeurs et les syndicats pour que ces allègements soient accordés, ce qui a conduit à l'adoption du projet de loi no 1, le 15 janvier 2009. Rappelons que cette législation permet notamment l'amortissement des déficits de solvabilité des caisses de retraite sur une période de dix ans, plutôt que sur cinq ans. Selon le ministre Sam Hamad, les allègements introduits par cette loi auront un «effet neutre sur les prestations versées aux retraités».

Ce n'est pas notre avis, car la nouvelle loi semble plutôt fragiliser davantage les régimes de retraite qu'on prétend vouloir aider. De plus, son application est sujette à une réglementation à venir et à des normes qui seront émises par l'Institut canadien des actuaires (ACA) en avril 2009, ce qui a pour effet d'accentuer l'incertitude déjà suscitée par la nouvelle loi.

Mais là où le bât blesse le plus, c'est que les parties (gouvernement-patronat-syndicats), qui ont convenu des dispositions du projet de loi no 1, ont agi sans même consulter les retraités. Ces derniers ont pourtant cotisé dans leurs caisses de retraite, tout comme les employeurs et les employés syndiqués, pour édifier ce patrimoine commun. En toute équité, les retraités auraient dû avoir voix au chapitre. Alors pourquoi les avoir laissés de côté? Quand on ajoute à ce manquement l'étonnante rapidité avec laquelle cette loi a été adoptée, on a encore plus de raisons d'être inquiets.

L'outrage que le temps nous inflige, tant corporellement que moralement, est déjà assez lourd à supporter. Nous n'avons pas besoin que le mépris y soit ajouté. Les retraités ne demandent pas mieux que de faire partie de la solution, plutôt que du problème, à la condition qu'on les consulte au lieu de les traiter comme des enfants.

Rappelons que la Loi sur les régimes complémentaires de retraite s'applique à 950 régimes à prestations déterminées qui regroupent un million de travailleurs et de retraités. C'est une force incontournable que les associations de retraités ne manqueront pas de faire valoir, afin de s'assurer que la sécurité de leurs rentes ne soit pas compromise.

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