Le Québec sans déficit

La crise économique est mondiale. L'impact socioéconomique varie d'un pays et même d'une province à l'autre. Les solutions envisagées également. Il y a à peine trois mois, les économistes nous annonçaient une maigre reprise dès le deuxième trimestre de 2009, mais une reprise quand même, et une reprise plus ferme dès 2010. Aujourd'hui, il n'est pas rare que les échos émanant de ces mêmes officines fassent état de turbulences s'étalant sur près de cinq années! Dures décisions en vue!

Mais surtout une marée de larmoiements politiques pour excuser ceci et justifier cela, pourvu d'abord que ceci et cela maintiennent la popularité de chacun des élus de part et d'autre de la chambre. Alors, remettons — encore! — les choses en perspective et osons poser la question: le Québec, ou plutôt la société québécoise est-elle en déficit? Non!

Perspective, disions-nous. Nous avons dit et écrit que l'erreur la plus magistrale de ce gouvernement aura été de laisser passer l'espace fiscal offert par le fédéral lorsqu'il a réduit d'un point la TPS, et ce, à deux reprises. Plus de trois milliards de dollars nous sont ainsi passés sous le nez. Nul besoin d'un prix Nobel d'économie pour conclure qu'ainsi, le budget du Québec serait équilibré en 2009 et qu'il pourrait, à bon droit, s'en péter les bretelles particulièrement face à la richissime Alberta!

Si, aujourd'hui, d'aucuns faisaient la promotion du retour de ces deux points de TPS, on crierait à la folie. Pourtant, ces mêmes observateurs ont, à chaque fois, décrié cette décision. Parce que personne ne l'avait demandé. Parce que l'impact économique était jugé totalement nul. Parce que le gouvernement, qui se plaignait que les besoins sont à Québec et l'argent à Ottawa, se voyait refuser un cadeau de trois milliards. Parce que l'impact politique était nul. Imaginons alors que ces deux points de TPS aient été récupérés; nos savants observateurs proposeraient-ils aujourd'hui de les éliminer pour stimuler la reprise économique? Non!

Au contraire, et ils le disent, non seulement les baisses de taxes et d'impôts n'engendrent pas de reprise économique, mais on sait bien que plus la récession est profonde, plus il devient inévitable de les augmenter, ne serait-ce que pour maintenir l'équilibre social en attendant de migrer inexorablement vers un autre qui, on l'espère, devrait être meilleur.

Protéger la santé

Mais l'équilibre sera-t-il meilleur? Voilà la grande question. Et la réponse découlera des décisions que prendra bientôt ce gouvernement, particulièrement en santé, indubitablement un pilier de notre société. Et si tel est le cas, nous soumettons que la santé non seulement doit être intouchable, mais que tout doit être fait pour qu'elle croisse, devienne plus productive et concurrentielle avec le reste du Canada. Qu'elle soit traitée avec la même logique quand vient le temps d'assurer la pérennité de celle-ci. Et dans ces cas-là, on y investit!

Rappelons que l'État n'est pas un simple gestionnaire du système de santé. Il détermine la qualité et la quantité de soins offerts à la population et, en ce sens, il les rationne toujours. Le jeu politique est de trouver le niveau de rationnement qui est vécu comme socialement acceptable sans que la population ne se sente rationnée. L'ère Rochon fut dramatique parce que le rationnement y fut accentué à l'extrême. Toujours présent aujourd'hui, son expression la plus visible provient des urgences. Tous savent qu'au-delà des améliorations marginales, quoique réelles, qui peuvent provenir d'approches touchant la réorganisation du travail (LEAN, KAISEN et autres), il y a tout simplement un manque de ressources. Bien sûr faut-il s'adresser à la problématique de la productivité, mais nous n'y échappons pas: la marge de manoeuvre est extrêmement mince. Il est donc immensément pertinent de souligner que dans des circonstances similaires, récession et déficit zéro, les décisions prises à cette époque furent celles qui ont eu l'impact structurel et fonctionnel le plus destructeur que nous ayons connu et duquel on commence enfin à se sortir.

Car oui, le ciel semble s'éclaircir, mais surtout se pointent les conditions, les assises sur lesquelles notre société peut maintenir ses soi-disant acquis. Productivité? Nous en reparlerons, mais tout indique que les efforts consentis par les médecins spécialistes à la suite de notre tournée des blocs opératoires donnent déjà des résultats. Compétitivité? C'est là le danger.

Les autres

Or, parlant compétitivité, la ligne a été clairement tracée par les autres provinces, pour tous les secteurs de la santé. Par exemple, en 2008, la moyenne d'augmentation des budgets d'hôpitaux, salaires des employés, médecins et autres s'élève à près de 4 %! Loin devant le Québec. Pour les médecins, nombreuses sont les provinces qui, en 2008, même au plus fort de la crise, ont conclu des ententes prévoyant des augmentations bien supérieures, et ce, jusqu'en 2012! Force est de constater que chez elles, il importe de demeurer concurrentiel sur le plan de la rémunération en cette ère persistante de pénurie d'effectifs. Ces décisions sont certainement prises en connaissance de cause en ce qui a trait à la situation économique des prochaines années et à l'heure où nos finissants voient de plus en plus clair et choisissent à partir d'une palette de plus en plus élargie en considérant les autres provinces comme possibilité.

Pour nous, les choses sont claires. Nous ne sommes nullement émus de la position actuelle de l'État. Le gouvernement doit choisir entre perturber le réseau pour les dix prochaines années par des mesures de contraction budgétaire, comme ce fut le cas dans le passé, ou en assurer la compétitivité alors que nous nous occupons nous-mêmes de sa productivité. Cette période de récession engendrera inévitablement un changement quelconque de la fiscalité. Nous l'avons démontré, ceci n'est pas un tort. Cependant, ce faisant, le gouvernement doit s'engager à dédier au moins l'équivalent de ce qu'il a laissé passer à la santé et de traiter une fois pour toutes ce secteur pour ce qu'il est vraiment: une industrie à part entière.

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