Un sommet pour prendre le virage de l'économie durable

La période de récession actuelle semble mettre en lumière l'ampleur d'un problème que l'on a pourtant cerné il y a longtemps. Les défis d'adaptation du secteur industriel aux conséquences de la mondialisation continuent d'être criants. Nos gouvernements tentent de répondre à ces défis et de sortir d'une crise économique en même temps, mais l'emploi de méthodes inefficaces ou dépassées pourrait au contraire accentuer le problème. Nous interpellons tout ce beau monde afin qu'il prenne un peu de recul et mise sur plus de pragmatisme. Il importe moins de savoir quand finira la récession que de se positionner pour tirer notre épingle du jeu lors de la reprise.

Alors que le ralentissement économique et que les mises à pied se poursuivent, on sait depuis jeudi dernier que le Canada a enregistré, en décembre 2008, son premier déficit commercial en près de 33 ans. Experts et politiciens, pour se faire rassurants, maintiennent que la crise économique sera moins dure que celles de 1982 et 1990. Les données récemment publiées par Statistique Canada au sujet du commerce international de marchandises indiquent pourtant que de nouvelles solutions doivent être trouvées si l'on souhaite construire une société adaptée à l'environnement mondial et qui réponde aux besoins de la population locale.

Les chiffres, dont on a fait peu de cas dans les médias la semaine dernière, envoient un signal clair. Les exportations canadiennes ont baissé de 9,7 % par rapport à décembre 2007. Nous avons atteint le plus bas niveau d'excédent commercial avec les États-Unis depuis 1998. Il y a moins d'un an, l'industrie canadienne devait composer avec un dollar très fort et des coûts énergétiques élevés. Cette situation nuisait grandement aux exportations. Aujourd'hui, avec le recul des prix du pétrole et de la demande des consommateurs américains et européens, la société québécoise doit renforcer le potentiel d'exportation de son expertise et prendre le virage de l'économie durable. Regardons les choses en face: plus on retarde ce virage, plus il devra être brutal, mais il se fera.

Le Réseau des ingénieurs du Québec, qui représente les 57 000 ingénieurs québécois, a posé ces constats dès l'automne 2007, en publiant l'étude Outiller notre secteur manufacturier pour relever les défis de la mondialisation. Le Réseau offrait alors de nombreuses pistes de solution aux décideurs publics. Allant du libre-échange avec l'Union européenne jusqu'à la mise sur pied de grands projets mobilisateurs, les propositions des ingénieurs sont concrètes et précises. Des travaux d'infrastructures, des moyens de transport durable ainsi que des politiques favorisant l'innovation en industrie, voilà une gamme variée de solutions pour accroître notre capacité à développer une nouvelle économie et pénétrer de nouveaux marchés avec un savoir-faire exportable.

Depuis, plusieurs initiatives gouvernementales méritent d'être soulignées. L'abolition de la taxe sur le capital et le plan d'action Pour un secteur manufacturier gagnant du gouvernement du Québec étaient des pas dans la bonne direction. Par contre, les réactions au contexte économique, plans de soutien à l'industrie et annonces de grands travaux d'infrastructures en tête, vont permettre aux entreprises de l'ancienne économie de survivre un peu plus, sans que l'on insiste sur des mesures concrètes pour amorcer le virage que nous devrons inévitablement négocier. Sans le contexte permettant l'exploitation de notre savoir-faire durable, nous demeurerons brimés par des exportations insuffisantes, ce qui nous affectera plus fortement et plus rapidement que prévu.

Nous proposons donc la tenue d'un grand sommet industriel permettant aux entreprises québécoises, gouvernements et autres intervenants, d'entreprendre l'établissement d'une politique industrielle forte et cohérente. La situation actuelle est aussi une occasion de mieux construire l'avenir. C'est maintenant le temps de prendre le volant à deux mains.

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