Environnement - À mes amis, citoyens de Montréal

Je me suis souvent demandé s'il vous arrivait, en voyant disparaître le contenu de vos poubelles à l'arrière d'une benne à ordure, d'imaginer le parcours de ce surplus, de cet inutile, de ces déchets qui disparaissent de votre vue une ou deux fois par semaine.

Je vous confirme que, disparus de votre vue, ces déchets ne s'évaporent pas pour autant et que, si vous rencontriez pas hasard des gens de Saint-Thomas, de Lachute, de Lachenaie ou de Sainte-Sophie, ils vous confirmeraient les voir atterrir dans leur cour arrière et vivre avec les conséquences du petit miracle bi-hebdomadaire que constitue l'enlèvement des ordures dans la ville de Montréal.

Mon objectif n'est pas de vous culpabiliser mais de vous sensibiliser à ce type de situation qui à moyen terme s'avérera néfaste pour vous, citadins, comme pour nous, habitants des régions où sont créés de grands dépotoirs à ciel ouvert.

J'habite la municipalité régionale des Sources, qui regroupe de beaux petits villages à la pointe nord-ouest des Cantons-de-l'Est. J'aime cette région et j'aime vous voir arriver, surtout l'été, pour profiter de nos pistes cyclables, de nos sentiers de randonnée, d'un terrain de golf magnifique, de petits restaurants vous proposant nos produits régionaux. Cette même région risque, sans que vous le sachiez, de devenir votre dépotoir. En effet, la compagnie May Back, en collaboration avec les propriétaires de la mine Jeffrey, ont entrepris des démarches pour créer à Asbestos un gigantesque site d'enfouissement pouvant recevoir X tonnes de vos déchets annuellement.

Si nous étions collectivement conscients des conséquences d'une telle situation, nous pourrions éventuellement l'éviter. Je ne vous demanderai pas de réduire autant que faire se peut votre masse de déchets. Cela va de soi. Mais vous pourriez faire des pressions sur vos élus pour qu'ils se décident enfin à mettre en place un plan local de gestion des déchets et cessent la pratique coûteuse, condamnable sur le plan écologique et injuste envers les régions, qui consiste à déverser ses ordures dans la cour du voisin. Tolérerait-on un tel comportement de la part d'un citoyen? Est-ce à dire que des «villes voyous» pourraient en toute légalité et en collaboration avec des entreprises privées polluer les régions du Québec sans soulever la moindre protestation de votre part?

Il faut aussi savoir que la création de mégasites d'enfouissement, comme celui qu'on risque de voir à Asbestos, offre à la Ville de Montréal «un peu de temps pour souffler» et retarde d'autant la mise en place de projets permettant une gestion locale des déchets. Il en est de même pour les municipalités qui, «compensées» par les promoteurs de mégasites pour les inconvénients causés, hésitent entre se priver de revenus potentiels et engager des sommes d'argent pour gérer à l'échelle régionale et sur place les déchets produits par la population. Les profits qu'empochent les entreprises privées en traitant vos déchets (on dit d'ailleurs que c'est une mine «d'or dur») sont détournés et de Montréal et des régions, qui pourraient, autrement, les investir au profit de leur communauté respective.

En terminant, permettez-moi de vous rappeler bien amicalement que cette lettre n'a pas pour but d'engager une polémique entre Montréal et les régions. Au contraire, nous devons faire équipe. Si Montréal a eu besoin des régions pour se délester de ses déchets, les régions ont besoin des Montréalais pour que, collectivement, nous passions à autre chose.

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