Au-delà des crises - Le Forum social mondial et la construction d'un autre monde

Depuis la tenue du premier Forum social mondial, à Porto Alegre au Brésil en janvier 2001, les altermondialistes imaginent, proposent et construisent des alternatives et de nouvelles manières d'agir. Ces forums sont devenus des points de convergence d'une multitude de mouvements sociaux et de groupes citoyens qui s'organisent à toutes les échelles, du local au global, pour bâtir des solutions durables et solidaires aux multiples crises et défis auxquels nous faisons face.

En quelques années, des centaines de forums sociaux ont été organisés partout sur la planète. Le FSM est le plus connu, mais il existe également des forums continentaux (Afrique, Europe, Asie, Amériques), nationaux (le premier Forum social États-Unis a eu lieu en juillet 2007 à Atlanta et le premier Forum social québécois a rassemblé 5000 personnes à Montréal en août 2007), mais aussi locaux, de villes ou de quartiers.

L'ambition clairement affichée par les forums sociaux est de profiter de ces moments privilégiés de rassemblement pour renforcer les alliances entre groupes et mouvements (marches pour la paix, campagnes pour les droits des femmes, des autochtones et des travailleurs migrants, ou pour la responsabilité sociale des entreprises...), partager les expériences novatrices (économie sociale, coopérativisme, commerce équitable...), favoriser l'éducation populaire et la participation citoyenne, mais aussi mettre en pratique des alternatives de consommation et de vie. Les forums sociaux se présentent aujourd'hui comme le lieu d'éclosion d'une culture politique renouvelée, plurielle, participative et inclusive.

Changer les mentalités

La mouvance altermondialiste et les forums sociaux se sont initialement construits contre une pensée unique et réductrice articulée autour du Consensus de Washington. Le libre-échange: pas le choix. La privatisation: pas le choix. La réduction de la dette: pas le choix. Les programmes d'ajustement structurel: pas le choix. Beaucoup en sont venus d'ailleurs à se demander à quoi cela pouvait bien servir de voter si de toute manière nous n'avions aucun choix. Le slogan du FSM, «Un autre monde est possible», est venu briser ce consensus, espérant libérer de nouveau l'esprit et l'initiative et permettre la créativité au-delà des schémas de l'économie politique néoclassique.

Puis les faits sont venus renforcer les idées. Les crises sociales, économiques et financières à répétition, qui frappaient au Sud depuis les années 1980 ont commencé à affecter l'hémisphère Nord depuis les années 1990 avec l'éclatement successif de bulles spéculatives (Internet, énergie, immobilier...). La suite, nous la vivons aujourd'hui avec les faillites magistrales des géants de l'automobile, des technologies de la communication (Nortel), des banques, des fonds de pension... L'horizon s'ouvre sur la récession et plusieurs années de crise économique. Doit-on poursuivre dans notre vision individualiste et consumériste? Doit-on chercher sans cesse la maximisation des profits? Ces réflexes sont-ils compatibles avec un développement durable et une réelle solidarité entre les générations, mais aussi entre les régions? Comment favoriser l'économie locale, la solidarité internationale des peuples et un commerce équitable? Autant de questionnements qui traverseront le prochain FSM de Belém.

Ça peut commencer par nous

Les forums sociaux veulent donner la parole à tous ces groupes et mouvements qui luttent pour leurs communautés, souvent dans des conditions de survie, mais qui sont absents de notre écran radar politico-médiatique. Pensons chez nous aux peuples autochtones, aux travailleurs migrants, aux sans-abri et au nombre croissant de gens devant se tourner vers les banques alimentaires... Dans cette logique d'ailleurs, le FSM 2009 souhaite mettre les peuples originaires et autochtones (à l'exemple des Indigènes, des Quilombolas, des peuples des rivières) au centre de l'événement.

Donner voix et reconnaissance aux sans-voix implique aussi d'écouter, de dialoguer et de travailler ensemble pour transformer nos sociétés. Cela suppose de revaloriser le pouvoir collectif, de prendre conscience qu'en qualité de citoyen, nous avons aussi une parcelle de pouvoir, mais surtout qu'en tant que membre d'une société, d'une communauté, d'un quartier, nous avons des responsabilités. Souvent, la solidarité se construit au quotidien.

Apprendre des autres

Autour de nous les choses bougent. Parallèlement à ce processus de redynamisation des forces sociales, plusieurs gouvernements, essentiellement en Amérique latine, ont récemment été élus pour jouer pleinement leur rôle d'acteur politique d'une transformation sociale au profit du plus grand nombre. Que l'on pense à Lula au Brésil, à la révolution bolivarienne d'Hugo Chávez au Venezuela, à la Bolivie de Morales, à l'Équateur de Correa....

Leur volonté affichée de réaffirmer leur souveraineté sur leurs richesses et sur leur développement représente une source d'espoir pour les peuples du Sud, qu'il faudrait bien convertir en source d'inspiration dans les pays du Nord. Les multiples crises qui nous affectent révèlent qu'un autre monde est non seulement possible et nécessaire, mais tout simplement inévitable. Le contenu des alternatives politiques qui seront adoptées au Nord dépendra de la capacité des luttes sociales à changer les gouvernements, tout en stimulant l'essor d'une nouvelle culture politique participative, promue par les forums sociaux.

Pour en savoir plus sur le FSM 2009 durant son déroulement, consultez notre blogue (http://unialter.wordpress.com/category/forum-social-mondial-2009/ateliers/)
***
Raphaël Canet

Professeur, Université d'Ottawa

Dominique Caouette

Professeur, Université de Montréal

Pascale Dufour

Professeure, Université de Montréal

Marie-Josée Massicotte

Professeure, École d'études politiques,

Université d'Ottawa

Caterina Milani

Coordonnatrice, Initiatives internationales, Les Y du Québec.

À voir en vidéo