Les «affectés d'irritants»

À l'attention des chercheurs d'irritants, en période préélectorale...

Vous souvenez-vous de 1982? Nous sommes dans la pire récession du siècle, René Lévesque vient d'annoncer qu'il y a un trou béant de 700 millions dans la caisse de l'État. Vous en aviez été paniqués. Vous avez oublié? Nous pas! Nous avons écopé et, si incroyable que ce soit, nous écopons encore. Alors, dites-moi comment nous pourrions être sympathiques à un gouvernement qui a décrété que nous paierions tous les jours de notre vie pour l'odieux «déficit zéro»?


En effet, la génération de travailleurs de l'État qui ont connu les années 1982 à 2000 ont subi une baisse aussi bien réelle que relative de leur revenu.


S'ils ont dû prendre leur retraite à la fin de cette période, leur rente de retraite a été calculée sur un salaire inférieur à ce qu'il aurait normalement dû être. Ce salaire a déterminé leur rente définitive de retraite.


Non seulement leur retraite en a été ainsi définitivement diminuée, l'iniquité a été poussée jusqu'à décréter que cette rente ne pourrait suivre l'augmentation du coût de la vie. En effet, vous avez décidé qu'elle ne serait augmentée que si l'indice des prix à la consommation dépassait 3 %, sachant fort bien que les financiers maintiennent généralement l'inflation à ce niveau. Ainsi, ils sont privés d'une indexation généralement reconnue à d'autres groupes.


Oui, ils se souviennent de vous tous les mois lorsqu'ils reçoivent leur rente de retraite. Ça leur fait mal aussi lorsqu'ils vous entendent vous vanter de votre «déficit zéro» car c'est en partie sur leur appauvrissement qu'il repose.


Par ailleurs, nous avons peine à imaginer que notre nation ait du génie lorsque nous constatons que nos voisins jouissent d'un système de retraite équilibré et respectueux des retraités alors que nous devons nous contenter d'un système que l'on bricole à chaque négociation du secteur public sans consulter ceux qui ont vraiment fourni les fonds.


Nous, les oubliés du «déficit zéro», siphonnés par l'État, oubliés par nos syndicats et occultés par une association vétuste, nous nous inscrivons sur la liste de ceux qui ne peuvent avaler ces irritants. La fin de cette odieuse discrimination stopperait notre appauvrissement. Alors, peut-être...


N'oubliez pas de nous inscrire sur votre liste des affectés d'irritants.


Hubert Lalumière
Enseignant à la retraite
Saint-Anicet, 19 mai 2002