La fête à Camille

Y a-t-il, en 2002, fête nationaliste plus insignifiante que la fête de Dollard? Symbole nationaliste plus fade, voire douteux? Déjà, à la fin de mon secondaire, il y a de ça plus de 40 ans, un camarade m'avait choqué, moi, nationaliste naïf et inculte, en insinuant que Dollard n'était qu'un vulgaire trafiquant de fourrures, un aventurier. Ce n'est pas d'hier que «notre héros» a perdu de son panache.

Héros pathétique — même pas foutu de lancer une bombe artisanale au-dessus d'une palissade — ou pas, évidemment que je préfère la fête de Dollard à la fête de la Reine! Mais pourquoi devons-nous absolument, pour marquer le coup contre la monarchie britannique et ce qu'elle symbolise pour nous, Canadiens français, fêter le «héros» du Long-Sault? Si l'intention était d'en faire le pendant canadien-français de Jeanne d'Arc, c'est raté, et ce, depuis belle lurette.


Cela dit, je suis d'accord avec le fait qu'il vaut la peine de vraiment marquer le coup contre la Couronne britannique, un rappel constant de notre conquête: une tentative d'ethnocide, par définition. Je propose donc que le jour où le ROC (rest of Canada) fête sa reine, nous, au Québec, nous fêtions la langue française et que cette fête soit reconnue comme la fête à Camille! Ou la fête du français, ou la fête de la langue officielle.


Si, à l'avenir, un Québec français se perpétue, quel que soit son statut politique, c'est à Camille Laurin qu'on le devra. Le plus lucide de tous les Québécois d'hier et d'aujourd'hui, le plus courageux de tous les nationalistes québécois du siècle dernier, y compris René Lévesque.


Peut-on imaginer commémoration nationaliste plus signifiante, qui mobilise davantage la mémoire, le coeur et l'esprit du Québec? Commémoration de ce qu'aura été, comme diraient les Anglais, a defining moment de notre histoire moderne? Évidemment, les Anglo-Québécois, surtout ceux de l'Alliance, n'auraient probablement pas le coeur à la fête. Mais l'ont-ils avec la commémoration de Dollard? Et nous sommes-nous préoccupés des susceptibilités des Mohawks qui habitent chez nous lorsqu'est venu le temps d'instituer la fête de Dollard? Les Anglo-Québécois mériteraient-ils un traitement différent? Ce serait faire insulte aux autochtones!


Et sur le même sujet, peut-on espérer un jour voir une série télévisée sur le parcours du père de la loi 101, sur le rôle de ses proches collaborateurs, sur les tractations avec les indépendantistes colonisés du gouvernement péquiste, sur les compromis qui ont mené à l'adoption de ces mesures linguistiques qui ont fait le Québec sociologique moderne? Pour ma part, j'aimerais connaître les prises de position de Lévesque et des autres membres du cabinet lorsque ce projet de loi a été débattu au sein du gouvernement.


J'aimerais savoir ce qu'aurait pu être la loi 101 si Camille Laurin et ses proches collaborateurs n'avaient pas eu à diluer leur projet. J'aimerais prendre connaissance du combat de Camille Laurin contre ses collègues qui avaient peur d'avoir peur.