Le Québec et ses déchets - À l'heure des comptes

À un an d'intervalle, les deux plus gros sites d'enfouissement de déchets du Québec (Lachenaie et Sainte-Sophie) sont en attente d'une décision du gouvernement du Québec au sujet du renouvellement de leur permis d'exploitation. Pendant ce temps, les centres de tri et de recyclage subissent directement les retombées de la baisse mondiale des prix des matières premières et cherchent à sortir de cette crise le plus vite possible, quitte à repenser leur modèle économique basé, en partie, sur le «spot market». Finalement, les municipalités réclament à l'unanimité le financement par Québec des usines de compostage nécessaires pour commencer enfin à collecter les matières organiques sur tout le territoire et faire en sorte que le Québec atteigne les objectifs de 60 % prévus pour 2008. Par la même occasion, elles demandent aussi au gouvernement de payer pour la construction d'usines thermiques qui vont, à terme, prendre la relève des sites d'enfouissement vers l'an 2020. Pour la seule région de Montréal, on prévoit des dépenses de 800 millions à ce chapitre. Finalement, tout le monde attend la nouvelle politique provinciale de gestion des matières résiduelles qui doit non seulement déterminer qui doit payer quoi, mais aussi quel cadre réglementaire et quels objectifs nationaux seront fixés pour les dix prochaines années à l'ensemble des parties prenantes à ce projet: les consommateurs, les citoyens, les industries de gestion des déchets, les producteurs industriels et commerciaux, les municipalités, etc.

On comprend que des décisions sur ces différents sujets devraient être prises en 2009 avec, à la clé, des réponses sur la forme de leadership que voudra prendre l'État. Compte tenu de ce qui s'est passé depuis une dizaine d'années, que peut-on prévoir pour l'avenir immédiat?

Les conditions gagnantes

En ce qui concerne le traitement des déchets, la réponse de Québec jusqu'à maintenant a été d'accorder des autorisations à long terme à des sites d'enfouissement existants, que ce soit à Saint-Thomas (± 2032), ou à Lachute (±2028). Actuellement, l'absence de solution de rechange à court et à moyen terme pour la région métropolitaine et l'effondrement récent du prix des matières recyclables devraient inciter le gouvernement à accorder le même traitement aux sites de Lachenaie et de Sainte-Sophie. D'autant plus que plusieurs sites d'enfouissement devront fermer leurs portes au 1er janvier 2009 parce qu'ils ne sont pas conformes aux nouvelles réglementations provinciales.

Dans ce contexte, un site d'enfouissement ne peut être considéré comme un problème à faire disparaître dans une région pendant que l'on en autorise de nouveaux ailleurs. Les solutions les plus appropriées et les plus économiques doivent être rigoureuses sur la santé et la sécurité publique, viser l'équité et impliquer le secteur privé. De plus, il faut absolument mettre sous le même chapeau et le même processus toutes les matières résiduelles produites par les individus et par les entreprises. Cela implique de mettre fin aux solutions qui séparent artificiellement les déchets résidentiels des déchets commerciaux et industriels qui représentent les deux tiers des déchets produits.

Pour ce qui est des centres de tri, environ 530 000 tonnes de matières recyclables ont transité dans les 36 centres de tri du Québec en 2006, et les deux tiers de cette quantité ont été traités dans un centre de tri de propriété privée. Si la finalité de cette filière est de réduire la pression sur les ressources naturelles, elle est actuellement perturbée pour raison de crise financière. Il faut qu'un modèle économique plus robuste soit mis en place, car ces infrastructures sont génératrices d'emplois dans toutes les régions du Québec, et elles sont sous-utilisées.

Par ailleurs, Québec devra proposer les incitatifs réglementaires nécessaires pour augmenter le recyclage et fournir un cadre financier répondant à la priorité de traiter les matières organiques. Car c'est l'un des moyens majeurs de réduire les quantités de matières enfouies et de redonner à la terre ce qui vient de la terre. Il est donc incontournable que la valorisation organique des matières putrescibles soit mise en place à grande échelle et sa collecte, financée adéquatement. Il n'y a pas, aujourd'hui, d'infrastructures en quantité suffisante pour traiter les quelques millions de tonnes de matières potentiellement valorisables. Il faut donc construire. Et au préalable trouver les terrains... et convaincre des populations d'accueillir ces usines à compost. En 2005, sur les 27 sites traitant 94 % du compost produit au Québec, 22 étaient de propriété privée.

L'autre moyen stratégique pour réduire les quantités astronomiques de matières mises au rebut, c'est évidemment d'inciter les producteurs de biens à récupérer et à recycler leurs produits. Cela n'est pas ce qu'il y a de plus populaire chez les commerçants et les industriels, mais c'est la seule solution efficace qui existe à moyen terme.

Finalement, si l'on parle beaucoup de valorisation énergétique à partir des déchets, il faut se rendre compte que certains sites d'enfouissement alimentent déjà le réseau de distribution de gaz naturel, chauffent directement une usine ou une serre à proximité ou produisent de l'électricité à partir du biogaz enfoui dans leurs sites. Le défi de cette filière c'est d'évaluer les besoins futurs en infrastructure d'élimination et de circonscrire rigoureusement les problèmes à résoudre compte tenu des installations actuelles.

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