L'économie allume les feux de détresse

Dernièrement, le président de la Banque nationale du Canada nous avertissait qu'il y avait un tsunami économique susceptible de nous éclabousser dans un avenir rapproché. Je partage la même inquiétude. Les gigantesques pertes de richesse engendrées par les diminutions de la valeur de capitalisation des Bourses du monde, de la valeur des actifs des institutions financières et de la valeur nette des actifs immobiliers vont percuter l'économie réelle de la planète comme rarement auparavant. Je vous soumets donc un scénario pessimiste pour 2009-10; mieux vaut être prévoyant.

Des clignotants rouges s'activent d'ores et déjà sur le tableau de bord de l'économie, et je ne parle pas des indicateurs normaux du cycle économique traditionnel centrés sur les variations dans les inventaires des entreprises, les profits et les prix, non, il s'agit de clignotants extrêmes qui font craindre le pire.

Primo, on prévoit une baisse dans la valeur des exportations mondiales pour 2009, une première depuis 1945. C'est l'envers de la médaille parce que, depuis une quarantaine d'années, le taux de croissance des exportations mondiales demeure plus élevé que le taux de croissance du PIB mondial, comme quoi la croissance économique des pays a été grandement alimentée par l'intensification des échanges entre eux. De plus, la décroissance des échanges dans le monde et la récession qui l'accompagne risque de raviver les intentions protectionnistes.

Secundo, le 9 décembre dernier, l'État américain a emprunté 30 milliards de dollars en émettant des bons du trésor à 28 jours, sans intérêt. Aussi, non seulement l'emprunt se fait à un taux zéro, mais le rendement est négatif puisque les créanciers ont acheté ces titres à un prix supérieur au capital échéant. Le Trésor américain, malgré une dette supérieure à 10 000 milliards de dollars trouve preneurs facilement. Les investisseurs cherchent la sécurité absolue. On revient au XVe siècle au début du système bancaire moderne où les détenteurs d'or déboursaient des frais à l'orfèvre pour la garde sécuritaire de leurs avoirs. À l'autre extrémité de la boucle du crédit, le consommateur paie 19,4 % d'intérêt pour des avances effectuées à même sa carte de crédit (Visa Desjardins, 1er octobre 2008). C'est un taux usurier, un véritable «subprime lending rate» propice à l'abus chez les gens qui se font offrir du crédit trop facile. Dans l'au-delà, Alphonse et Dorimène doivent bien se demander quelle folie s'est emparée de nous!

Tertio, le prix du baril de pétrole passe de 140 $ en juillet dernier pour se situer ces jours-ci dans les 40 $. Cette baisse spectaculaire et imprévue est tout simplement le reflet de l'ampleur de la baisse de la demande mondiale qui est à nos portes. 40 $, c'est le prix aux abords de la deuxième crise pétrolière à la fin des années 1970. En dollars d'aujourd'hui ça vaut plus de 90 $. Évidemment, les pays producteurs de pétrole ne vont pas se croiser les doigts pendant que passe le bateau: on devrait assister à une baisse de production concertée de leur part pour faire augmenter les prix et leurs revenus totaux malgré une baisse dérivée de la demande (l'élasticité-prix étant nettement inférieure à un).

La grande récession de 1980-81 nous rappelle les temps difficiles où le taux de chômage au Québec atteignait les 14 % et la baisse du PIB ayant été de l'ordre de 5 %. Voilà le genre de tempête qui nous attend en 2009, en pire.

Pour arriver à stopper ou du moins édulcorer la vague qui va déferler sur nous, les taux directeurs des banques centrales filent allégrement vers zéro (déjà fait pour les États-Unis) en vue de stimuler l'activité économique. À présent, il serait souhaitable de compléter la politique monétaire expansionniste par une politique fiscale appropriée lors du dépôt du budget par les conservateurs à la Chambre des communes à Ottawa, le 27 janvier prochain. Il faudrait un plan d'envergure, quelque chose qui puisse représenter des dépenses supplémentaires de l'ordre de 3 à 4 % du PIB canadien, soit des dépenses de quelque 50 milliards de dollars de plus, à la fois pour 2009 et 2010. Il n'y a que des mesures de cette envergure qui puissent vraiment être utiles pour soutenir une économie qui pourrait se faire happer par un tsunami. Même si l'on se trompe de scénario, il vaut mieux faire dans la prudence. Si le gouvernement Harper s'arc-boute contre ces mesures expansionnistes hors de l'ordinaire, la coalition PLC-NPD, appuyée par le Bloc québécois, aurait une raison sérieuse de considérer la défaite du gouvernement minoritaire en place.

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