Crise financière - Petit guide de survie

La tourmente financière laisse des millions d'épargnants sans réponse, sème l'inquiétude et peut créer beaucoup de stress chez ceux qui dépendent d'une modeste rente ou qui ont peu d'options pour réagir. Dix spécialistes répondent aux questions les plus préoccupantes pour mieux faire face à la plus grave crise depuis 1929. Écrivez-nous si vous avez d'autres questions.

Plusieurs des questions suivantes seront soulevées ce soir, vendredi, à l'émission d'Une heure sur terre portant sur la crise financière, diffusée à 21h et rediffusée dimanche à 14 h sur la première chaîne de Radio-Canada (CBFT) et en rediffusion sur RDI dimanche, à 4 h et à 20 h. Les lecteurs trouveront une version longue de ce guide sur le site www.ledevoir.com/economie/guide_crise.html.

A - HABITATION

1. LOYER - La crise fera-t-elle tomber les loyers d'habitation?

Réponse - Tout à fait. Les loyers ont déjà perdu 20 $ par mois depuis septembre, lorsque se sont multipliées les offres avec un mois de louer gratuit, un déménagement gratuit ou des cadeaux de 300 $. Peu de propriétaires pourront imposer une augmentation de loyer cette année. Mais le pire est à venir, lorsque les loyers seront renouvelés, en juillet prochain. Je m'attends à une crise immobilière plus sévère encore que la dernière. - Florent Savoie, administrateur d'immeubles. Les Entreprises F Savoie Ltd.

2. PROPRIÉTÉ - Est-ce le temps d'acheter une propriété ou de vendre?

Réponse - La Chambre Immobilière du grand Montréal juge le marché encore favorable aux vendeurs. Malgré la hausse des inscriptions de maisons à vendre, on ne prévoit pas de baisse de prix importante, comme dans l'ouest canadien (>20 %). Les taux d'intérêt fixes ont récemment baissé et les taux variables reste attrayants. Pour l'achat d'une première maison, soyez prudent en diminuant vos dettes de consommation, d'auto, de cartes de crédit, au maximum. Assurez-vous d'avoir le minimum de mise de fonds requis par la Société d'hypothèque et de logement (SCHL) si vous devez utiliser leur garantie. Évaluez aussi les dépenses additionnelles des premières années. - Manon Saint-Cyr, planificatrice financière, représentante en épargne collective, assurance et rentes collectives et conseillère en sécurité financière

3. HYPOTHÈQUE - Devrais-je choisir un taux hypothécaire fixe ou un taux variable? Un prêt ouvert ou fermé?

Réponse - Le taux variable est présentement moins avantageux que par le passé. Choisir un taux fixe cause moins de souci car il n'y a pas de fluctuation du versement pendant le terme. Il est cependant possible de diversifier ce risque en prenant une portion de l'hypothèque en taux variable et l'autre portion en taux fixe. Ce n'est cependant pas toutes les institutions financières qui offrent cette possibilité. - Gilles Bouillon, courtage relatif à des prêts garantis par hypothèque immobilière, Services financiers Planipret

4. HYPOTHÈQUE - Devrais-je accélérer le remboursement de mon hypothèque ou l'étaler sur une période plus longue pour avoir plus de champ de manoeuvre? Choisir entre mon REER ou rembourser mon hypothèque?

Réponse - Une façon de réduire le nombre d'années d'amortissement est de choisir un remboursement accéléré hebdomadaire ou aux deux semaines. Par exemple, une hypothèque de 100 000 $ à 5,4 % pourrait être remboursé en 21,3 années au lieu de 25, et il en coûterait mensuellement le même prix, en assumant que chaque mois a quatre semaines fixes. Pour choisir entre son REER et son hypothèque, tenez compte de l'âge, du rendement sur les placements REER versus le taux hypothécaire, de la discipline de réinvestir son versement hypothécaire passé, etc. En théorie, la différence sur 30 ans est assez minime entre le montant accumulé si vous hâtez le paiement de votre hypothèque et celui que vous obtiendrez si vous faites la répartition entre l'hypothèque et vos REER. - Manon Saint-Cyr

B - REVENU

1. EMPLOI - J'ai peur de perdre mon emploi d'ici six mois. Comment amortir l'impact financier d'une mise à pied et accélérer ma recherche d'emploi?

Réponse - En dressant votre bilan, vous verrez ainsi si vous pouvez créer une petite réserve pour couvrir vos dépenses pendant la période où vous aurez moins de revenu. Envisagez de réduire votre rythme de vie. Vous pourrez voir quelles sont les dépenses variables (loisirs, vêtements, cadeaux, vacances et autres) pouvant être réduites ou remises à plus tard. Cet exercice vous permettra de dégager une marge de manoeuvre. Enfin, n'attendez pas d'être chômeur pour chercher un emploi. Faites votre bilan professionnel, mettez votre curriculum à jour et activez votre réseau. - Claire Harvey, rédactrice en chef du Service d'agence de presse d'Option consommateurs

2. RETRAITE - Quelles conséquences la crise aura-t-elle sur mon régime de retraite?

Réponse - La baisse des marchés boursiers aura un impact majeur pour les régimes. Il y a les régimes à cotisations déterminées (CD) et les régimes à prestations déterminées (PD). Dans les régimes CD, employés et employeur cotisent dans un fonds établi au nom de l'employé. Ce sont les employés qui choisissent la façon dont les cotisations sont investies parmi les différents fonds offerts. À la retraite, l'employé reçoit la valeur accumulée de son fonds. L'employé qui assume la totalité du risque de placement (risque fiduciaire) et son revenu de retraite dépend du montant accumulé. Les plus jeunes employés auront plus de temps pour se remettre de cette baisse que les employés qui sont près de la retraite.

Le revenu de retraite dans les régimes PD est calculé selon une formule souvent liée au salaire de l'employé plutôt qu'en fonction d'un montant accumulé. Le revenu de retraite est en quelque sorte garanti par le régime. Des rendements plus faibles ne devraient pas mettre en péril la prestation de retraite des employés et des retraités, car les déficits sont habituellement à la charge de l'employeur, qui doit combler le déficit sur une période de quelques années par des cotisations additionnelles. Si la situation financière de l'employeur se fragilise avec un régime en déficit, les prestations de retraite pourraient être menacées. La faillite de l'employeur empêcherait d'effacer le déficit et les prestations pourraient diminuer. - Jean Bergeron, actuaire, directeur et responsable du conseil en gestion d'actifs, Morneau Sobeco

C - PROTECTION

1. PLACEMENTS - J'ai des actions dans des fonds mutuels et mon régime d'épargne-retraite. Devrais-je les vendre pour garder plus de liquidités ou acheter des certificats de dépôt garanti (CDG) et des obligations?

Réponse - La pire chose que vous pourriez faire actuellement est justement de sortir des marchés et d'aller vers des placements à long terme et garantis. Quand la bourse se relèvera (et elle l'a toujours fait depuis plus d'un siècle), votre avoir ne pourra pas bénéficier de sa remontée. - Léon Lemoine

2. ASSURANCE-VIE - La plus grosse société d'assurance-vie au monde, AIG, a fait faillite et Manuvie, la plus grande au Canada, éprouve des difficultés. Dois-je faire confiance à mon assureur-vie ou liquider ma police?

Réponse - Les assureurs canadiens sont sujets à des conditions réglementaires et de supervision plus strictes qu'aux États-Unis mais comparables aux normes de solvabilité des grandes banques. L'assurance s'est inspirée de la prudence européenne et du dynamisme américain, créant ainsi un équilibre beaucoup plus sain. Les Canadiens disposent aussi de la solidarité d'Assuris, un fonds commun d'indemnisation en assurance-vie qui engage l'industrie à honorer les promesses non tenues — si votre assureur en fait partie. Les garanties supplémentaires (85 % des prestations d'assurance prévues ou 100 000 $ de valeur d'épargne auprès d'une institution donnée) suffisent habituellement à la plupart des besoins. - Claude Ferguson, directeur de l'actuariat, Croix-Bleue Médavie

D - PERSPECTIVES

1. TAUX D'INTÉRÊT - Quelle direction suivent les taux d'intérêt et comment cela peut-il m'affecter?

Première réponse - Pour contrecarrer la crise économique, la Banque du Canada baissera son taux de financement à un jour lors de ses prochaines réunions. Il est fort probable que toute la courbe des taux des obligations du Canada suivra ce mouvement baissier. La courbe des taux obligataires des société ne baissera pas autant que celle du Canada compte tenu de la rentabilité future incertaine des entreprises. Les écarts de rendement (différence de taux entre obligations de société et du Canada) pourraient augmenter au-delà de leurs niveaux records actuels. - Stéphane Corriveau, président directeur principal, AlphaFixe Capital inc.

Deuxième réponse - Un ralentissement économique entraîne une réduction du taux directeur de la banque centrale. Les taux des comptes dépôts s'ajustent en conséquence, à moins que les institutions ne soient à court de liquidités et veuillent augmenter leurs taux pour attirer l'épargne, ce qui est le cas. Les taux sur emprunts s'ajustent aussi à la baisse (prêt commercial, hypothécaire, automobile), sauf les crédits à la consommation, fixés en fonction des risques anticipés, qui demeurent plutôt stables et élevés. La crise actuelle a pour effet de limiter l'accès au crédit plutôt que de se refléter sur les taux. - Rosaire Couturier, membre de la Coalition pour la protection des investisseurs et ancien président de l'Institut des banquiers canadiens

2. SURVEILLANCE - Que font les gouvernements pour éviter une nouvelle crise, assurer une meilleure surveillance et mieux protéger les investisseurs?

Réponse - Les banques centrales ont pris les commandes, mais devant l'ampleur des enjeux, ont cédé toute ou en partie leur autorité aux gouvernements. Aux États-Unis, la Réserve Fédérale a abandonné toute indépendance pour revenir à 1951, quand son pouvoir était assujetti au département du Trésor. Au Canada, le flou règne: la Banque du Canada et les gouvernements n'ont dévoilé aucun plan de crise encore. On ignore si les autorités canadiennes de valeurs mobilières (ACVM) se sont concertées. Les autorités cherchent à éteindre l'incendie avant de réformer. La tendance sera de faire des banques centrales les gardiens des risques d'épidémie financière, appuyé par des autorités responsables d'assurer l'intégrité des marchés financiers et d'autres chargées de la protection des investisseurs. - Robert Pouliot, coordonnateur FidRisk et membre de la Coalition pour la protection des investisseurs

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