Le retour du bipartisme au Québec

Traditionnellement, les élections permettent à la population de se débarrasser d'un gouvernement dont elle est insatisfaite. Parfois, le dévoilement de scandales influence les électeurs indécis par un faible pourcentage, mais néanmoins déterminant dans certaines circonscriptions. Cependant, la satisfaction envers le gouvernement est présentement élevée et il n'y a pas de scandales en vue.

Si la conjoncture politique ne se prête pas à de grands changements, il en va autrement de la structure des affiliations partisanes. Lors de l’élection du 26 mars 2007, un grand nombre d’électeurs insatisfaits du Parti libéral se sont tournés vers l’ADQ. Du coup, Mario Dumont a été propulsé chef de l’opposition officielle. Depuis, Mario Dumont n’a pas réussi à fidéliser ce nouvel électorat avec pour conséquence qu’une partie des fondations de l’ADQ ne résiste pas à l’épreuve de la présente élection. Car c’est probablement bien davantage le taux de satisfaction élevé envers le gouvernement Charest que la performance décevante de l’opposition officielle qui explique ce nouveau revirement.
Donc, le contexte politique a changé radicalement depuis 18 mois, ce qui a modifié le positionnement des partis. D’après les récents sondages, l’ADQ plafonne actuellement aux environs de 12-15 % des intentions de vote. Pourtant, il avait obtenu 30,8 % des suffrages exprimés à l’élection du 26 mars 2007. Il semble bien que l’heure du «retour au bercail» dans le giron libéral ou péquiste a sonné pour les électeurs transfuges de 2007. De plus, ils devraient revenir dans les mêmes proportions que furent les défections en 2007, soit de un tiers pour le Parti québécois et de deux tiers pour le Parti libéral.
À titre d’exemple, le sondage Léger marketing publié dans Le Devoir le 19 novembre accordait 44 % des intentions de vote pour le Parti libéral, 33 % pour le Parti québécois et 15 % pour l’ADQ. La projection obtenue par la régression selon le vote libéral et péquiste des pertes nettes de l’ADQ entre les suffrages exprimés en 2007 (30,8 %) et les intentions de vote de maintenant (15 %) est conforme aux résultats du sondage: 43,1 % pour le Parti libéral et 33,4 % pour le Parti québécois.
Voici une autre projection à partir du sondage CROP publié dans La Presse le 25 novembre et qui accordait 45 % des intentions de vote au Parti libéral,
32 % au Parti québécois et 12 % à l’ADQ. La projection obtenue pour ces nouvelles données est de nouveau conforme aux intentions de vote mesurées, et ce, malgré les différences imputables aux marges d’erreur de ces sondages: 45,1 % pour le Parti libéral et 34,4 % pour le Parti québécois.
Ces observations soutiennent l’hypothèse que les pertes d’appuis de l’ADQ au cours de la présente campagne électorale se répartissent presque linéairement entre le Parti québécois et le Parti libéral et que la déconfiture de l’ADQ profite surtout à ce dernier. Également, elle confirme que l’assiette électorale de l’ADQ s’effrite inexorablement selon une loi mathématique apparentée aux tables de mortalité utilisées en démographie. Une extinction d’ailleurs déjà commencée en 2007 et qui va reconduire le Québec vers le traditionnel bipartisme caractéristique des régimes parlementaires britanniques.

Une incertitude
Une incertitude demeure cependant: quel impact aura la crise politique fédérale sur l’issue de la présente élection québécoise alors que l’électorat était déjà en désaccord avec la tenue d’élections provinciales maintenant? Un effet «band wagon» en faveur du parti en position pour former un gouvernement majoritaire, soit le Parti libéral, ou une désaffection encore plus grande de la population envers la vie publique et la classe politique ?
Donc, selon toute éventualité, le Parti libéral détient un avantage qui devrait le ramener au pouvoir à la tête d’un gouvernement majoritaire. Quoique l’ADQ demeure en position de mener une «lutte à trois» dans certaines circonscriptions, ce qui diviserait les appuis de la droite en faveur du Parti québécois. Quant à «l’électorat volatil», peu galvanisé par le présent contexte se électoral, il aura tendance à rejoindre l’abstentionnisme chronique.
Mais plus fondamentalement, l’élection du 8 décembre 2008 sera une élection de «réalignement» où une forte proportion des électeurs de l’ADQ du 26 mars 2007 reviendra à ses affiliations partisanes antérieures. Ce qui marquera le retour du Québec au bipartisme.

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En faisant l’hypothèse que la régression des pertes de l’ADQ dans les intentions de vote entre avril 2007 et maintenant se répartisse selon le gradient de un tiers pour le Parti québécois et de deux tiers pour le Parti libéral, nous obtenons l’équation suivante:
P1 = a1X + V1 où :
P1 : la projection du vote du parti 1 pour l’élection du 8 décembre 2008.
a1 : le coefficient de régression pour le parti 1 (c’est-à-dire 0,666 pour le PLQ).
X: la perte du vote de l’ADQ entre le 26 mars 2007 et maintenant.
V1 : le vote obtenu par le parti 1 à l’élection du 26 mars 2007.