Crise du logement - Quand le gouvernement se traîne les pieds

Je viens d'arriver à Montréal après 25 ans d'absence. 55 ans, personne seule (c'est-à-dire sans enfants), bon emploi, voiture... Beau profil, quoi. Arrivée en ville en septembre dernier et vivant en colocation chez une copine (impossible de trouver un appartement à Montréal à distance), ça m'a pris deux mois et demi avant de trouver un appartement potable à prix abordable. Et encore, je l'ai trouvé grâce à l'ami (propriétaire d'appartements à Montréal) d'un ami d'une amie qui me connaissait et qui a fortement recommandé ma «candidature». Sinon, je serais toujours chez ma copine à chercher un appartement.

J'ai vite compris en arrivant à Montréal que pour avoir accès à un logement dans cette ville, il faut être capable de se le payer. Autrement, c'est la misère noire. Les jeunes couples ne doivent pas avoir d'enfants. Les petites gens doivent se mettre à quatre pour partager un 5 1/2 bien ordinaire et payer les 700, 800 ou 900 $ par mois qu'il en coûte maintenant pour être locataire ici.

Le plan d'urgence du gouvernement pour aider les gens le 1er juillet serait donc un secret bien gardé, selon Le Devoir de samedi dernier. Mais il n'y a aucun plan d'urgence! Si c'était le cas, on le verrait déjà à l'oeuvre... La seule chose que l'on construise actuellement à Montréal, ce sont des condos, ces coquettes cages à poules que l'on vend à prix fort aux gens qui peuvent se les offrir, soit les DINK (double income, no kids) et autres bien nantis qui ont la mise de fonds pour payer les 800, 900 ou 1000 $ qu'il en coûte ensuite pour avoir un chez-soi. Mais pour le petit couple avec un revenu modeste et un bambin qui court ou pour l'étudiant qui arrive en ville, c'est le casse-tête chinois.

S'il y avait un plan d'urgence, on verrait des chantiers de construction de logements. Je n'aime pas l'expression «logements sociaux»; je dis simplement des logements. Mais la seule chose qui semble intéresser la Ville de Montréal, ce sont les condos: en effet, pour chacune de ces cages à poules, il y a un compte de taxes à encaisser. Une rue remplie de condos, ça profite plus qu'un îlot de quelques coopératives d'habitation.

J'ai finalement trouvé un 4 1/2 sur l'avenue Christophe-Colomb, en face d'une église que l'on doit démolir pour y construire, justement, des logements sociaux (l'église Saint-Étienne, dans la Petite Patrie). Je m'attendais, plan d'urgence oblige, à ce que le pic des démolisseurs arrive dès avril pour laisser place à un chantier de construction. Même si ça ne me réjouissait pas d'habiter en face d'un chantier de démolition et de construction pendant quelques mois en plein été, je m'y étais résignée puisque ces logements sont d'une absolue nécessité. Mais, surprise, rien de bouge. L'église est toujours là. Aucun chantier en vue.

Je suis donc étonnée qu'on parle de plan d'urgence. André Boisclair et le ministre Côté sont de petits culottés qui agissent en poltrons lorsqu'ils parlent du problème du logement à Montréal (j'oublie Québec et Gatineau). De plan d'urgence, il n'y en a aucun.

Je me suis jointe à un groupe de citoyens qui réclame des logements à prix abordable dans mon quartier. On me raconte avoir soumis un projet d'habitations dit social il y a 17 ans de cela, et rien ne bouge encore à ce sujet. Absolument rien. Le projet propose des logements pour des familles (quatre et demi, cinq et demi), des personnes seules (trois et demi, deux et demi), des jeunes, des vieux, un centre de la petite enfance, quelques commerces avoisinants, etc. Des logements sur le mode coopératif. Un pâté de maisons et de bâtiments dans la mixité des âges, des couleurs de peau, des revenus aussi afin d'éviter le ghetto des HLM ou des condos. Des équipes techniques existent et sont prêtes depuis longtemps à réaliser le projet.

Mais il n'y a strictement rien qui bouge, même pour les projets d'habitations qui ont déjà reçu l'approbation officielle, tel celui prévu en face de chez moi et annoncé dans le journal de quartier depuis l'automne. Avec, en vignette, les larges sourires des Boisclair, Dionne-Marsolais et autres pleutres qui nous servent de députés locaux et nous annoncent des plans d'urgence... mais pour plus tard, pour dans quelques semaines. Parions qu'il s'agit de la semaine des quatre jeudis.

Alors, plan d'urgence, mon oeil! Pour avoir accès à un logement à Montréal, il faut être capable de se le payer, qu'on se le dise!