Québec solidaire au pouvoir, et au plus vite!

La génération Passe-partout en a marre. Marre de voir les chefs des partis traditionnels de la génération des baby-boomers s'accrocher aux idées mornes des dernières décennies. Marre de constater que le Parti libéral, l'Action démocratique et le Parti québécois sont incapables d'expliquer les véritables raisons de la crise économique en toute vérité alors que l'Europe a, elle, mis le doigt sur le bobo. Marre de constater que les médias et les politiciens s'arrêtent davantage à l'image de Barack Obama qu'à la clairvoyance de ses idées, qui pourraient pourtant susciter de véritables échos politiques au Québec.

Ici, comme dans plusieurs autres pays, il y a des gens qui se plaisent à prêcher la prétendue bonne nouvelle selon laquelle la solution à tous les maux de la société serait d'injecter plus d'argent dans les coffres de l'État. Or tout cela est complètement faux. La preuve en a été faite au fédéral où, malgré des surplus importants dans les coffres, le gouvernement fédéral a tout simplement décidé de ne pas redistribuer les profits. Point final.

Les véritables raisons de la crise économique mondiale sont la déréglementation et la spéculation sur les denrées alimentaires, notamment. Or les propositions peu argumentées des principaux partis du Québec pourraient aggraver la situation économique québécoise plutôt que de l'aider. Et certains médias ont une large part de responsabilité lorsqu'ils donnent plus de place dans leurs pages aux entrepreneurs de l'Institut économique qu'à des intellectuels à l'argumentaire plus raffiné, comme les porte-parole de Québec solidaire par exemple. Si les médias faisaient leur travail, ils verraient que plusieurs engagements de Québec solidaire s'inscrivent dans le courant de pensée du populaire président élu des États-Unis. Mieux encore, ils seraient heureux de constater que Québec solidaire va évidemment plus loin que lui, notamment sur le plan de la nationalisation de l'énergie éolienne et de l'eau.

Comment voulez-vous qu'un jeune dans la mi-vingtaine s'intéresse à la politique québécoise lorsqu'il voit un premier ministre sans charisme déclencher des élections pour annoncer des nouvelles qu'il avait déjà annoncées: construire des routes alors que la population exige plus de transports en commun? Comment pouvons-nous nous identifier à un Duplessis n° 2 qui veut privatiser Hydro-Québec et qui ne comprend pas que cette entreprise est l'une des plus convoitées mondialement? Et comment pensez-vous qu'une chef de parti cachant son objectif principal (faire la souveraineté) comme la pire des maladies honteuses puisse susciter un rêve de pays chez les électeurs québécois?

Lucides et néolucides

Si les «lucides» ont tenté sans succès dans le passé de convaincre les Québécois de payer davantage pour leurs services, les trois chefs des principaux partis au Québec sont des «néolucides». À divers degrés, ce groupe constitué de personnes issues de toutes les allégeances politiques semble vouloir nous avoir à l'usure en nous présentant de nouveau le concept désuet ailleurs dans le monde «d'utilisateur-payeur».

D'abord, ces néolucides prônent une meilleure gestion de l'eau. Or, avant de demander aux contribuables québécois de payer pour leur eau, il faudrait, toujours selon leur logique d'utilisateur-payeur, faire payer ceux qui siphonnent l'eau du Québec, c'est-à-dire les compagnies privées. Prenons l'exemple de l'eau en bouteille. Depuis que Danone a acheté Patrimoine des eaux du Québec, il y a quelques années, Amaro est le seul embouteilleur québécois. Parmalat (Esker), Nestlé (Montclair), Pepsi (Aquafina), Dansani (Coca-Cola) possèdent notre eau. Quatre-vingts pour cent du marché de l'eau embouteillée au Québec est désormais entre les mains de multinationales étrangères. Le sacro-saint principe de l'utilisateur-payeur est indéfendable s'il ne tient pas compte de cette réalité.

Ensuite, les néolucides se servent de la situation d'Hydro-Québec pour justifier une hausse des frais d'électricité. Cela même si l'entreprise a fait des profits de 2,9 milliards l'an dernier et que les exportations de la société d'État étaient à la hausse en 2007. La comparaison avec l'éternelle moyenne canadienne des coûts d'électricité ne tient pas la route. La société d'État engrange des profits. Elle doit les redistribuer. Le concept d'utilisateur-payeur serait plus équitable si les grandes compagnies consommatrices payaient le véritable coût de l'électricité sur le marché qu'elles exploitent.

Ces néolucides reviennent aussi avec l'idée selon laquelle une hausse des droits de scolarité est nécessaire. Si les tenants d'une telle idée veulent à tout prix les augmenter pour renflouer les coffres de l'État et ainsi mieux redistribuer cet argent frais aux moins nantis de ce monde, pourquoi ne créent-ils pas un fonds? Ce fonds privé aiderait les plus pauvres à avoir accès à une éducation décente. Le concept d'utilisateur-payeur serait ainsi plus équitable.

Notons aussi chez les néolucides une envie puissante de retourner au péage. Or les citoyens du Québec se sont prononcés contre la prolongation de l'autoroute 25 et le métro de Laval connaît une popularité inespérée... En d'autres termes, la population demande davantage de moyens de transport alternatifs. Mais le message ne passe pas chez les néolucides. Ils évoquent leur concept d'utilisateur-payeur!

En ce qui a trait aux frais des services de garde, le jargon peu littéraire des néolucides étonne une fois de plus par sa simplicité. En effet, d'après eux, nous devrions «ajuster périodiquement la contribution des parents». Ici, la subtilité n'est même plus de mise, le gouvernement veut cesser de subventionner des garderies au moment même où le modèle est repris dans tout le Canada tellement il est efficace et équitable.

Le concept d'utilisateur-payeur est un leurre. Pour reprendre les termes de Joseph Facal, les néolucides auraient avantage à «faire oeuvre de pédagogie» eux-mêmes dans leur approche. À moins que ce ne soit pas la pédagogie qui leur fasse défaut mais plutôt l'exactitude des faits concernant la répartition de la richesse, qu'ils ignorent volontairement ou non. À ce sujet, l'Institut de la statistique du Québec offre des chiffres que certaines personnes jugent plus justes que ceux de l'Institut économique de Montréal. À eux de refaire leurs devoirs donc.

Québec solidaire a, quant à moi, fait ses devoirs. C'est pourquoi ce parti aura mon vote le 8 décembre prochain.